samedi 31 mai 2014

Le québécois standard illustré par l’exemple / 8


Le vendredi 30 mai 2014, j’entends sur Ici Radio-Canada Première (antenne de Québec) le journaliste Antoine Robitaille parler des « lignes du jour » du gouvernement libéral de Philippe Couillard. On en parle effectivement beaucoup depuis la veille : 

Une maladresse a porté la promesse de transparence du gouvernement de Philippe Couillard à un niveau inespéré : les « lignes du jour » ont été transmises à l'ensemble des journalistes de la tribune parlementaire.
Il s'agit du secret le moins bien gardé de l'Assemblée nationale. D'autant que ce genre d'impair s'est déjà produit. Mais les mêmes mots qui résonnent successivement dans la bouche de tous les ministres quotidiennement – souvent appelés des « cassettes » – ne sont pas le fruit d'une communauté d'esprit sans faille. Les lignes aseptisées sont d'abord élaborées et envoyées aux ministres pour éviter les fausses notes.
Simon Boivin, « Les ‘lignes’ envoyées par erreur à la presse parlementaire », Le Soleil, 29 mai 2014.


L’expression lignes du jour est une variante de lignes de presse. En français, cela s’appelle des éléments de langage (cliquer ici pour lire mon billet sur le sujet).


vendredi 30 mai 2014

Le québécois standard illustré par l’exemple / 7


Le 28 avril 2011, je publiais un billet portant ce titre et j’annonçais qu’il était le premier d’une série de textes qui paraîtraient de façon irrégulière. Le dernier remonte au 5 octobre 2012. Mais les infos que je viens d’écouter m’incitent à reprendre cette série.

Ce matin à Ici Radio-Canada Première, un journaliste a utilisé l’expression « salle de cour » pour parler de la salle d’audience d’un tribunal. Il s’agit bien sûr d’un calque de l’anglais court-room.


Une recherche rapide dans les pages canadiennes d’Internet m’a fait découvrir que l’expression salle de cour est fréquente.


Par exemple, dans le Journal de Québec du 25 novembre 2013, on lit qu’un prévenu « menace son ex-conjointe en pleine salle de cour ». Mais dans La Presse du 24 octobre 2013, malgré le titre « Une salle de cour à l’Ud’O » [= Université d’Ottawa], le journaliste utilise dans son article le terme salle d’audience.


mardi 27 mai 2014

Aréna


Dans mon billet du 16 mai, j’écrivais :

Le raisonnement de l’auteur de la fiche amphithéâtre dans le GDT est donc totalement faux : « L'emprunt est acceptable parce qu'il ne fait pas de réelle concurrence à d'autres termes synonymes en français. » L’emprunt est en concurrence réelle avec deux mots, aréna (en français québécois) et stade (en français standard).

Lionel Meney m’a depuis fait remarquer que le mot aréna, au féminin, commence à s’introduire en français européen pour désigner un stade couvert multifonctionnel. Mais il ne s’agit pas encore d’un nom générique courant.


On trouve en effet dans les pages françaises d’Internet un certain nombre d’attestations d’aréna au sens de complexe multifonctionnel. Par exemple :

1) À Liévin, dans le Nord Pas de Calais :
Implanté au sein de l'agglomération de Lens-Liévin (250.000 habitants), au cœur d'un pôle d'excellence sportif unique en son genre, ce complexe événementiel entièrement modulable de 31.200 m² a servi d'écrin à de nombreuses manifestations sportives, culturelles et économiques d'envergure régionale, nationale et internationale, qui constituent aujourd'hui de véritables références.

Doté d'une salle polyvalente pouvant accueillir jusqu'à 14 000 spectateurs en configuration spectacle/concert assis-debout et plus de 6.000 personnes lors de manifestations sportives ou économiques, d'un amphithéâtre de près de 300 places, de 4 espaces réceptifs et de 12 salles de réunion, dont une de 200 places, l'Arena Stade Couvert - Liévin constitue l'endroit idéal pour mettre en valeur, dans un cadre original et convivial, tous types d'événements publics et privés

2) À Bercy :
Plus grande, plus fonctionnelle, plus accueillante et mieux intégrée dans son environnement urbain, la Bercy Aréna ouvrira ses portes au public, artistes et athlètes en octobre 2015 au terme de 18 mois de travaux.
Plus grande, plus fonctionnelle, plus accueillante et mieux intégrée dans son environnement urbain, la Bercy Aréna ouvrira ses portes au public, artistes et athlètes en octobre 2015 au terme de 18 mois de travaux.

3) L’Aréna de Sorbiers, à 10 km de Saint-Étienne :
Cette salle est susceptible de recevoir 195 personnes et comprend :
·         une salle de sport
·         deux salles de réunion
·         une salle d’évolution
·         une salle commune
·         des locaux de rangement
·         des bureaux pour l’OMS et les associations sportives
L’Aréna est équipé d’un praticable pour la gymnastique et de tables de ping-pong car elle est réservée prioritairement à ces deux activités. La salle d’évolution reçoit les cours du FJEP (gym douce, step…). Elle accueille également le Tai Chi et les sports de combats du Centre Social Loiso.

4) À Orléans, on prévoit construire une aréna :

La ville d’Orléans a annoncé jeudi matin avoir choisi le groupe Bouygues pour la construction de sa future « Aréna », une salle multifonctions de 10.000 places qui devrait voir le jour, selon le maire Serge Grouard, à l’horizon 2015-16.


Ces données montrent qu’il est faux de prétendre que le mot amphithéâtre, au sens de complexe multifonctionnel (y compris sportif) « ne fait pas de réelle concurrence à d'autres termes synonymes en français. » Il est navrant de constater que nos endogénistes, qui n’ont que le mot de variation à la bouche, ne sont pas capables de voir la vraie variation lorsqu’ils la rencontrent dans leurs travaux.


dimanche 25 mai 2014

L'anglomanie


L’anglomanie est présente chez nous depuis les lendemains de la Conquête. En 1802, Joseph Quesnel écrivait L'Anglomanie ou Le Dîner à l'anglaise.


L’anglomanie sévit toujours. Dans son émission de vendredi dernier sur Ici Radio-Canada Première, René Homier-Roy a parlé à deux ou trois reprises des four last songs de Richard Strauss. En français, on dit plutôt les quatre derniers lieder. Et si on veut vraiment paraître prétentieux, on n’a qu’à dire vier letzte Lieder. Pourquoi donner un nom anglais à des œuvres allemandes ?


     
Elisabeth Schwarzkopf dans l’un des quatre derniers lieder de Richard Strauss. J’ai eu l’occasion d’entendre Elisabeth Schwarzkopf en récital lorsqu’elle a reçu un doctorat honorifique à Cambridge.

samedi 17 mai 2014

Le patinage comme activité lexicographique


J’ai reçu un commentaire fort intéressant à la suite de mon dernier billet sur la fiche amphithéâtre du Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF) :

Il est clair que la fiche du GDT est un exemple de plus de « patinage » sémantique. Ils sont les champions de l'« extension de sens »... quand ça les arrange !
[…]
Il est clair que Québec devrait suivre l'exemple du Stade olympique de Montréal, qui n'est pas un(e) aréna, ni un amphithéâtre, mais bien un stade, comme le Stade de France à Paris.



vendredi 16 mai 2014

Amphithéâtre / 2


Aujourd’hui je commente la fiche amphithéâtre, « bâtiment de grande dimension qui comprend une enceinte munie de gradins, etc. » du Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF). Rappelons que le mot amphithéâtre pour désigner le futur stade couvert de Québec est un anglicisme. Il est en effet recensé comme tel dans le Dictionnaire québécois‑français de Lionel Meney.

La fiche du GDT, qui admet que le sens donné au Québec au mot amphithéâtre vient bien de l’anglais, nous livre ce commentaire étonnant : « L'emprunt est acceptable parce qu'il ne fait pas de réelle concurrence à d'autres termes synonymes en français. » Fort curieusement, le GDT, qui va parfois jusqu’à la prolixité dans la mention des synonymes, n’en donne ici aucun. Il faut donc se mettre à la recherche des « termes synonymes en français » qui ne font « pas de réelle concurrence » à amphithéâtre. Pas besoin de chercher longtemps, deux viennent immédiatement à l’esprit : stade et aréna. Mais il est loin d’être assuré qu’ils ne font pas de réelle concurrence.

Regardons ce que le GDT nous dit d'aréna : « Bâtiment où se trouve une piste de patinage entourée de gradins ». Ce qui n’est pas éloigné, n’est-ce pas, du sens que le même GDT donne à amphithéâtre (« au Québec, l’amphithéâtre est le plus souvent associé à la pratique du hockey sur glace »). Une note ajoute : « L’aréna est parfois utilisé pour d’autres activités que le patinage. Il peut aussi être aménagé de façon à comprendre des locaux qui servent à diverses activités récréatives ou autres. » On n’est donc pas loin non plus du sens de « bâtiment multifonctionnel » que le GDT ajoute à amphithéâtre.

  
Malgré ce que dit le GDT, le mot stade est lui aussi en concurrence avec amphithéâtre. Je n’ai curieusement pas trouvé dans le GDT de fiche produite par l’Office portant sur le mot stade pour désigner un bâtiment où se produisent des activités sportives (il y a des fiches sur stade mais produites par des organismes autres que l’Office ou portant sur d’autres domaines – stade d’une maladie, par exemple). Cela n’est peut-être pas dû au hasard. En effet, comment aurait-on pu produire une fiche sur stade sans mentionner que dans l’usage français et québécois actuel le mot désigne un bâtiment pouvant accueillir non seulement des événements sportifs mais aussi des concerts et de grands spectacles ? Comme au Stade olympique de Montréal et au stade de France :

• On peut lire sur le site du Stade olympique de Montréal : « Rencontres sportives (dont celles de l’Impact de Montréal), salons, foires, spectacles, expositions, tournages de films, événements sociaux, etc. : le Stade olympique accueille bien des événements. »

• Dans Wikipédia, on lit à l’entrée stade de France : « Construit pour les besoins de la Coupe du Monde de football en France afin de remplacer le Parc des Princes jugé trop petit, il a également été conçu pour accueillir différents événements sportifs : football, rugby, athlétisme, courses automobiles. Il peut également abriter des concerts, des grands spectacles et des animations (rêve de neige et la plage au stade). Sa capacité évolue entre 70 000 (athlétisme) et 81 338 places (football, rugby, concerts et spectacles) grâce à des tribunes basses rétractables. »

Concerts de juin 2014 au stade de France


Le raisonnement de l’auteur de la fiche amphithéâtre dans le GDT est donc totalement faux : « L'emprunt est acceptable parce qu'il ne fait pas de réelle concurrence à d'autres termes synonymes en français. » L’emprunt est en concurrence réelle avec deux mots, aréna (en français québécois) et stade (en français standard).


jeudi 15 mai 2014

Amphithéâtre ?


On m’a fait remarquer aujourd’hui que le mot amphithéâtre pour désigner le futur stade couvert de Québec est un anglicisme. Il est en effet recensé comme tel dans le Dictionnaire québécois‑français de Lionel Meney. Mais le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF) l’accepte « parce qu'il ne fait pas de réelle concurrence à d'autres termes synonymes en français » ! Tout un raisonnement ! Je reviendrai là-dessus demain.



La vérification rapide à laquelle j’ai procédé m’a permis de trouver une grossière erreur d’équivalence dans le GDT. Celui-ci donne en effet arena comme équivalent anglais d’amphithéâtre, « salle d'enseignement disposée en gradins » ! En anglais, on dit plutôt lecture-room.


samedi 10 mai 2014

Un dictionnaire surnommé Usito


Une lectrice, qui connaît ses classiques endogénistes et qui, par conséquent, ne s’étonne plus de rien venant d’eux, a attiré mon attention sur la phrase suivante de la dernière Infolettre Usito :


Si l’arrivée d’avril s’accompagne traditionnellement de toute une série de plaisanteries, de tours et de canulars surnommés poissons d’avril, elle marque aussi le début de la saison de la pêche, ce qui fait frétiller bon nombre d’amateurs…


Des plaisanteries, des tours et des canulars qui ont un surnom… Rien d’étonnant à cela : Usito est doté d'« une très grande tolérance à l'erreur ».


vendredi 2 mai 2014

Usito, c’est réglo


Extrait d’un courriel de promotion envoyé récemment :

Le dictionnaire en ligne Usito a déjà un an! Et pour souligner cet anniversaire, nous vous offrons un abonnement de 12 mois au tarif exceptionnel de 23,99 $! Voilà une économie de plus de 40 % sur le prix régulier.


Prix régulier ? Consultons sur ce point la Banque de dépannage linguistique* de l’Office québécois de la langue française :

[…] lorsqu’on l’utilise dans le sens de « courant », « ordinaire », « usuel » ou « normal », l’adjectif régulier est un anglicisme sémantique, puisqu’on lui prête alors le sens de l’adjectif anglais regular. On peut alors le remplacer, selon le contexte, par des adjectifs comme ordinaire, normal, standard, habituel, courant et permanent.


Il fallait donc écrire : prix courant.


Ne soyez pas étonnés de trouver une faute dans la promotion du dictionnaire Usito. Après tout, dans la même pub, on affirme noir sur blanc qu’Usito est doté d’une très grande tolérance à l’erreur. Extrait du même courriel :


Qu’est-ce qui distingue Usito ?
[…]
• Il est doté d'un puissant moteur de recherche et d'une très grande tolérance à l'erreur.

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* Je profite de l’occasion pour dire que je trouve que la BDL est généralement plus sûre que le Grand Dictionnaire terminologique.

jeudi 1 mai 2014

Plus fort que Malherbe et Vaugelas !



Usito est bonifié continuellement par l'usage ainsi que par les commentaires et requêtes de ses utilisateurs.
Infolettre Usito, avril 2014


Malherbe et Vaugelas, qui ont cherché à définir le bon usage, n’auraient jamais pu concevoir un dictionnaire « bonifié continuellement par l’usage ». Tant il est vrai qu’on n’arrête pas le progrès.


Je crois l’avoir déjà écrit : Usito, un petit pas pour l’homme mais un grand pas pour la lexicographie.


P.S. : j’imagine que les auteurs de la phrase que je cite, s’ils avaient su écrire, l’auraient formulée à peu près comme suit : notre dictionnaire est constamment amélioré grâce aux commentaires de ses usagers.