J’entends ce matin à la
radio parler des compétitions de surf des neiges aux Jeux olympiques de
Milan-Cortina. Pour parler de cette discipline sportive, trois termes sont en
concurrence au Québec : surf des neiges, planche à neige, snowboard.
Sur le site du Comité olympique canadien et sur celui de France Info, on ne
trouve que snowboard. Radio-Canada utilise surf des neiges. Quant
au Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue
française (OQLF), après avoir privilégié surf des neiges il lui préfère
maintenant planche à neige.
J’ai écrit deux billets
critiquant la position de l’OQLF :
Samedi dernier, Le Devoir
publiait une critique de Macbeth, pièce actuellement à l’affiche du théâtre
du Nouveau Monde dans une traduction (vieille) de Michel Garneau et dans une
mise en scène de Robert Lepage. On a dit que c’était Macbeth chez les
motards criminels : « Les motos, les vêtements de cuir, les armes,
les chaînes et les crinières, ça sert essentiellement à déclencher quelques
fous rires, et ce, dès la scène d’ouverture, dans laquelle un homme est
malencontreusement entraîné au fond du fleuve par un bloc de béton» (Christian
Saint-Pierre, «’Macbeth’ : varser l’sang », Le Devoir,
23 janvier 2026).
Pour le critique du Devoir,
« […] le spectacle présente une sobriété (pour une création de Robert
Lepage) qui permet à la véritable vedette, la traduction limpide et truculente
de Garneau, inspirée du français colonial du XVIIe siècle, de
briller de tous ses feux. ‘ J’ai quasiment oublié l’goût d’la peur. Y
fut un temps où c’qu’des cris pareils m’ara’ent glaçé ’es sensses, qu’les
ch’feux m’a’ra’ent dressé su’a tête comme des couleuv’ en entendant hurler
d’même. Mé j’doés t’ête ben rassasié d’horreurs. Pardu dans mes pensées
meurtriéres, l’effrayant, l’épouvantabe arrivent pus à m’fére de quoé.’ »
Sur QUB radio, Richard
Martineau n’a pas aimé cette version en québécois datant de 1978. Il estime que
les Québécois sont aujourd’hui plus instruits et qu’ils doivent avoir accès à
une version en français contemporain. On peut entendre ses commentaires dans
cette vidéo:
Ce que je trouve le plus
curieux, c’est que les deux critiques cités font référence à l’humour de la
mise en scène. Pour celui du Devoir, « […] Dominique Quesnel
provoque certainement les plus grands rires d’une soirée qui démontre, pour le
meilleur et pour le pire, que Robert Lepage n’a rien perdu de sa propension au
gag, quitte à rendre la scène finale plus grotesque que tragique. » Peut-on
pousser l’appropriation culturelle et le non-respect de l’auteur jusqu’à introduire
des éléments de comique dans une tragédie ? À vrai dire, cela est une
question oiseuse dans un pays qui s’est doté d’une École nationale de l’humour.
Et où l’on prend au tragique la moindre déclaration du président Trump et au
sérieux celles de l’histrion Macron.
Dans plusieurs centres de
services scolaires (CSS) de la province, la réussite scolaire des élèves s’est
effritée l’an dernier, a constaté Le Devoir. […]
[…] le rapport annuel [du
CSS de Montréal] mentionne que « les taux de réussite en français ont
baissé, notamment chez les élèves du primaire ayant un plan
d’intervention », de même que chez ceux du secondaire ayant fréquenté une
classe d’accueil au cours des cinq dernières années.
Le taux de diplomation et de
qualification des élèves après sept ans a par ailleurs diminué de 2 % à
l’échelle du Québec entre 2023 et 2024. Une descente qui s’élève à 3,2 %,
en moyenne, dans l’ensemble du réseau montréalais.
— Zacharie Goudreault, « Les
taux de réussite des élèves préoccupent au Québec », Le Devoir,
7 janvier 2026.
Il est curieux que Le
Devoir présente la baisse de la réussite scolaire comme s’il s’agissait d’un
phénomène qui daterait de 2023. En 2024, il titrait : « Des résultats
à la baisse aux examens ministériels de français » et il expliquait :
« le taux de réussite à l’épreuve ministérielle d’écriture de 5e secondaire
se chiffre à 70,7 % dans l’ensemble de la province, une diminution de
quatre points de pourcentage [< percentage point, point, tout
court, en français] par rapport à 2023 (74,8 %). »
En 2000, le taux de réussite
était de 90 % en 5e secondaire. En 2024, il était tombé à
71 %.
Le Devoir a publié dimanche sur
son site le texte de la pétition concernant le congédiement du chroniqueur
Christian Rioux, avec la liste des 420 signataires. Rien, bien évidemment, dans
l’édition papier d’aujourd’hui.
Les personnes qui n’étaient pas prises par les festivités
de la nouvelle année ont eu hier la possibilité de faire des commentaires sur le
site du journal, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
La direction a réaffirmé sa position : « La
fin de cette collaboration n’est aucunement liée aux opinions exprimées par
M. Rioux. Elle s’inscrit plutôt dans un contexte où les conditions
nécessaires à des échanges professionnels respectueux et à un fonctionnement
harmonieux de la rédaction ne pouvaient plus être pleinement réunies. »
À 5 500 km de distance, Christian Rioux réussissait à empoisonner le
climat de travail à Montréal. Bravo l’artiste !
La gestion de la crise a été parfaite. Congédiement au
début de la période des Fêtes pendant que les gens étaient occupés ailleurs. Publication
de la pétition juste avant la reprise des activités normales. Où était l’urgence
de signer la lettre avant le 1er janvier à minuit ?
Pour l’instant, les pétitionnaires semblent les dindons
de la farce. À moins qu’il n’y ait une reprise de la mobilisation. Des dizaines
de personnes qui n’étaient pas au courant de la démarche ont manifesté leur
volonté d’y adhérer.
Daniel Turp indique sur sa page Facebook que « [p]lusieurs
signatures nous sont parvenues depuis lors et la liste complète et actualisée
des signatures est accessible à l’adresse : https://e4db1137-1275-470c-bd18-7eebcf33e2a9.usrfiles.com...
Il est possible d’ajouter d'autres noms à cette liste en faisant parvenir un
courriel aux adresses suivantes : daniel.turp (à) umontreal.ca et
ericouellet.avocat (à) gmail.com. »
C’est par sa page Facebook
que nous avons appris que Christian Rioux avait été congédié par le Devoir.
Le quotidien s’est déjà débarrassé de Normand Baillargeon, Lise Payette,
Antoine Robitaille de façon tout aussi élégante.
Sur la page Facebook de
Richard Martineau, Christian Rioux explique les raisons de son départ. Extraits :
« …depuis le changement de direction, je n’étais pas dans les grâces de
la nouvelle équipe. […] …la rédactrice en chef a décidé de resserrer son
contrôle sur les chroniqueurs. On m’a par exemple refusé une chronique sur le
changement de nom des Dix petits nègres d’Agatha Christie. C’était un
mois exactement avant que ce débat n’éclate au Québec avec la suspension de
Verushka Lieutenant-Duval à l’Université d’Ottawa. Il y a deux ans, ce contrôle
s’est encore resserré virant en une sorte de guérilla permanente. […] Ce
harcèlement s’est accentué avec la mise en place d’un groupe de « fact
checking » qui est aussi en partie un comité de censure destiné à remettre
les chroniqueurs dans la droite ligne. […] sous prétexte d’éthique, ce « fact
checking » s’exerce minutieusement sur tous les textes qui concernent
l’islam, l’immigration ou le genre, mais à peu près pas sur ceux qui concernent
la politique française, la culture ou l’Union européenne. »
Comme par hasard, une note
de service de la direction du journal a en partie fuité :
On notera que la direction
prévoyait qu’il y aurait « une petite tempête ». Ce genre de fuite est
typique de la gestion de crise et laisse supposer que la tempête est plus
grosse qu’on l’avait prévu. Il pouvait donc être utile d’instiller l’idée que
le comportement de Christian Rioux était de nature à nuire à « un
environnement de travail sain et respectueux pour l’ensemble du personnel du Devoir,
syndiqués et cadres compris ». Quelle est donc cette direction incapable
de gérer un chroniqueur basé à 5 500 km du siège social ?
La note de service mérite
quelques commentaires linguistiques. La datation est en anglais. L’appellation « groupe
pour la rédaction » est pour le moins bancale. « Un dernier texte de
salutation » : serait-ce donc que Christian Rioux avait l’habitude d’écrire
des textes de salutation ? On notera l’euphémisme : on n’ose pas dire
faire ses adieux. Je crois deviner l’identité de l’auteur (oserais-je dire
de l’autrice ?) de ce texte.
Plus de 200 personnalités
ont accepté de se joindre au mouvement lancé par le constitutionnaliste Daniel
Turp « pour interpeller Le Devoir afin qu’il soit fidèle à sa
propre exigence ». Il écrit sur sa page Facebook : « je vous
invite à me contacter directement par courriel à l’adresse daniel.turp(à)umontreal.ca
et vous ferai parvenir l’information relativement à cette mobilisation ».
Dans les années 1980, j’ai
participé à un colloque dans une fac de gauche, expression qui est rarement un
oxymore en France. Une linguiste communiste a tenu à commencer son
intervention en précisant son lieu de parole, comme c’était la mode alors :
je vous parlerai du lieu de la praxématique.
Aujourd’hui la mode a évolué.
Dans le monde anglo-saxon, on trouve maintenant des gens qui précisent les
pronoms que l’on doit utiliser pour parler d’eux (cliquer ici). On en a eu
récemment une illustration lors d’une assemblée au Royaume-Uni de Your Party, nouveau
parti qui rêve d’une alliance communiste, islamiste et trans. Un participant, j’use
du masculin parce que j’ai d’abord pensé que c’était un homme, a commencé son
intervention en disant « I use she pronouns » (voir la vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=ECMde0hTOpQ&t=551s).
Rêvons un peu et réécrivons
l’histoire. Imaginons le président Félix Faure expirant dans un boudoir à l’Élysée
en suçurant :
Les querelles intestines du
Parti libéral du Québec révélées par le Journal de Montréal/de Québec, nous
ont appris le sens argotique du mot brownie : « Ce que dit le
journal, c’est que dans le jargon populaire, un brownie peut vouloir dire un
billet de 100 $ » (Radio-Canada, mercredi 19 novembre 2025, « Le
PLQ en crise : Marwah Rizqy suspendue »). Pour Isabelle Porter du Devoir,
le mot aurait plutôt été utilisé dans une conversation en anglais : « l’une
des deux personnes affirme en anglais que les membres reçoivent un ‘ brownie ‘
pour voter. Cette expression est parfois utilisée pour faire référence à des
billets — bruns — de 100 $ ».
J’ai consulté Usito, notre
dictionnaire national (au sens qu’il est payé à même nos impôts), mais il n’est
d’aucune utilité dans ce cas, il n’enregistre brownie qu’au sens de « carré
au chocolat et aux noix ». L’intelligence artificielle est ici plus utile :
While "brownie" isn't a common Canadian
slang term for $100, the slang term "brown" or "brun"
is used, particularly in Quebec, to refer to a $100 bill due to its color.
"Brown": This slang term is used in both English and
French-speaking parts of Canada. For example, a Québécois person might say,
"ça va te coûter une coup' de bruns" (it will cost you a couple of
brown notes).
Québécois often refer to the 100$ note as "un
brun".
Dans Usito, vous ne trouverez
pas brun au sens de « billet de 100 dollars ». C’est de l’argot
québécois.
L’entrée brun dans
Usito est particulièrement déficiente. On n’y trouve que deux sens : « couleur
brune » et « matière colorante brune ». Aucune mention d’un beau
brun ni d’une belle brune. Ni de brune pour désigner une
cigarette ou une bière. Acceptions que l’on trouve dans le Dictionnaire
québécois d’aujourd’hui (le Robert québécois).