samedi 18 avril 2026

Hypocrite lectorat, mon semblable, mon frère!


La toute nouvelle édition du Bescherelle québécois, aux éditions Hurtubise, présente pour la première fois la réforme des accords du participe passé. Page 159, l’ouvrage « recommande l’invariabilité du participe passé conjugué avec avoir ». Une mention « que jamais un étudiant ne va lire pendant ses devoirs », selon Isabelle Laberge, d’Hurtubise, mais qui provoque la liesse des spécialistes de la langue du Québec, autant que des courriels inquiets de lecteurs à la maison d’édition.

Le Devoir, 18 avril 2026

Eh oui ! il y a un Bescherelle québécois distinct du Bescherelle français. Mon Bescherelle, que j’ai acheté en 1997 à Paris, précise que ouatcher, dérincher et clutcher se conjuguent comme aimer. Cela a fait jaser par ici et l’édition a été retirée du commerce. Peut-être est-ce la raison pour laquelle l’éditeur teste maintenant ses innovations sur un segment limité de son marché.

La journaliste parle de « la liesse des spécialistes de la langue du Québec » à cette annonce. Je confesse que je ne l’ai pas perçue (perçuE). L’article ne donne la parole, en tout et pour tout, qu’à deux enthousiastes de la réforme, « les spécialistes interviewées », une doctorante et une chroniqueuse estivale du Devoir (dont j’ai critiqué plusieurs textes ces deux dernières années). On aimerait connaître l’opinion des traducteurs, réviseurs et autres langagiers. Sans compter celle du tout-venant (majoritairement négative à en juger par les commentaires publiés sur le site du journal).

J’ai déjà présenté le projet de réforme de l’accord des participes passés dans un billet en 2014 (cliquer ici).

L’enthousiasme du Devoir pour ce genre d’innovations s’inscrit dans le virage woke qu’il a pris depuis quelques années. On en a eu un nouvel exemple aujourd’hui même dans une critique littéraire du supplément Le D Magazine : « Les phénomènes psychologiques et les réactions émotives en présence se trouvent si explicitement déchiffrés que l’ouvrage en devient explicatif, ne laissant qu’un rôle passif au lectorat. » Je me serais attendu à lire : au lecteur. Cette tournure est conforme aux recommandations sur l’écriture inclusive. Au moins nous a-t-on épargné la formulation un rôle passif aux personnes liseuses.

 

 

 

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