mercredi 21 août 2019

Les fautes d’orthographe


Lors d’un colloque en 2002, je m’étais fait reprocher d’avoir utilisé l’expression « fautes de français ». Pour les deux professeurs d’université qui me critiquaient, les fautes de français n’existaient pas, il n’y avait que des « écarts »… J’en ai déjà parlé dans ce blog et on pourra lire mon texte en cliquant ici.


L’incident m’est revenu en mémoire lorsque je suis tombé sur ce petit commentaire de Michel Onfray mis en ligne il y a quelques jours (pour aller plus vite, je vous suggère de cliquer tout de suite à la 8e seconde) :


(La vidéo est disparue de Youtube. Mais on peut écouter
 le commentaire de Michel Onfray en cliquant ici)

samedi 3 août 2019

Campivallensien


Le président-fondateur de l’Asulf (Association pour le soutien et l’usage de la langue française) aimerait que les habitants de Salaberry-de-Valleyfield s’appellent des Salaberriens plutôt que des Campivallensiens, gentilé approuvé par la Commission de toponymie. C’est en essayant de comprendre l’origine de ce mot que j’ai découvert que le latin de la Commission ne valait guère mieux que celui du Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF).


Le mot français campivallensien trouve son origine dans un bref apostolique (en latin) du 5 avril 1892 du pape Léon xiii. Je n’ai pas réussi à trouver ce bref dans les Acta Sanctae Sedis* mais j’ai découvert deux documents où le mot Campivallensis est utilisé :

• À l’occasion de la nomination d’un évêque auxiliaire : « Percival Caza, Auxiliarem R. P. D. Iosephi Alphridi Langlois, Episcopi Campivallensis » (Acta 1949, p. 124).

• À l’occasion de l’élévation au titre de basilique mineure de la cathédrale Sainte-Cécile : «  Quoniam igitur Venerabilis Frater Robertus Lebel, Episcopus Campivallensis, votis denuntiatis cleri et populi catholici, ab hac Apostolica Sede petivit ut cathedralis Ecclesia Sanctae Caeciliae Virgini et Martyri dicata titulo ac dignitate Basilicae Minoris ornaretur,  […] Qua re cathedralem Ecclesiam Campivallensem, Sanctae Caeciliae Virgini et Martyri dicatam, titulo et dignitate Basilicae Minoris decoramus, […] (Jean-Paul ii, lettre apostolique du 9 février 1991).


Ces exemples n’apportent pas grand-chose sauf d’attester l’usage en latin du calque Campivallensis pour désigner le diocèse de Valleyfield.


En revanche, l’explication fournie par la Commission de toponymie est plus intéressante pour les erreurs qu’elle contient : « Campivallensis, transposition en latin des éléments constitutifs du toponyme Valleyfield, à savoir valley, « vallée » (latin val, diminutif vellensis, « petite vallée ») et field,  « terrain; champ » (latin campus, au pluriel campi). »


Cette explication est reprise sur le site de la ville de Salaberry-de-Valleyfield et dans le Wiktionary. Elle contient trois erreurs.


Le mot val n’existe pas en latin. Pour désigner la vallée, on ne trouve dans les dictionnaires latins que vallis ou valles. Val est absent des dictionnaires latins que j’ai consultés (il est vrai que le Thesaurus Linguae Latinae, pourtant commencé en 1893, n’est toujours pas rendu à la lettre V, il s’en faut de beaucoup : et dire que l’on parle de la lenteur des académiciens français à produire leur dictionnaire !).


Deuxième erreur, vallensis n’est pas un diminutif, mais un dérivé adjectival (en d’autres termes, un adjectif formé à partir du mot vallis). On ne trouve pas cet adjectif dans le Gaffiot ni dans le Glossarium mediae et infimae latinitatis de Du Cange. En fait, je ne l’ai trouvé que dans le Quicherat (dictionnaire français-latin) et il n’est pas attesté dans la langue littéraire mais seulement dans des inscriptions.

 
Source: Quicherat, Dictionnaire français-latin

Troisième erreur : en latin, petite vallée ne se dit pas vallensis mais vallicula.


C’est la première fois que je fais une incursion dans le fichier des gentilés de la Commission de toponymie. Je ne m’attendais pas à y trouver autant d’erreurs dès ma première visite.
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* Il y est sans doute mais les actes ont été numérisés sans véritable relecture, de sorte qu’y abondent les erreurs typographiques.