jeudi 31 octobre 2019

Usito et l’usage actuel du français au Québec


Un dictionnaire ancré en Amérique
Usito comble les lacunes des dictionnaires français (conçus par et pour des Européens) en présentant une description du monde à laquelle les Québécois et les autres francophones de l’Amérique du Nord peuvent s’identifier d’un point de vue culturel et linguistique.
 Extrait du site Internet d’Usito

Que penser de la description du français québécois qu’on trouve dans Usito ? Ce dernier comble-t-il vraiment les lacunes des dictionnaires français ? Pour répondre à ces questions, prenons quelques exemples :

Les résidents de la Ville de Montréal, ainsi que de certaines villes liées, ont jusqu’au 29 septembre pour profiter de la campagne automnale, Un arbre pour mon quartier. (Le Devoir, 31 août 2019)

Les résidents de la ville de Québec devront s’habituer à une forte présence policière pour les prochains jours. (Le Devoir, 7 juin 2018)


Sans doute parce que le mot habitant peut avoir le sens de « rustre », son usage est fortement concurrencé au Québec par le mot résident. Le tableau suivant a été produit le 31 octobre 2019 et se base sur toutes les pages Internet publiées en français (pas seulement les pages canadiennes) :


Résidents de Québec
523 000
Habitants de Québec
234 000
Résidents de Montréal
175 000
Habitants de Montréal
381 000
Résidents de Sherbrooke
32 500
Habitants de Sherbrooke
44 800
Résidents de Rimouski
13 900
Habitants de Rimouski
18 500
Résidents de Gatineau
24 800
Habitants de Gatineau
19 000
Résidents de Trois-Rivières
36 700
Habitants de Trois-Rivières
67 600
Résidents de Saguenay
7 940
Habitants de Saguenay
8 560
Résidents de Baie-Comeau
6 390
Habitants de Baie-Comeau
5 420
Résidents de Rouyn-Noranda
6 240
Habitants de Rouyn-Noranda
5 000
Résidents de Sept-Îles
10 400
Habitants de Sept-Îles
21 500

Le tableau présente les occurrences des expressions « résidents (de telle ville québécoise) » et « habitants (de telle ville) ». Dans le cas de Québec, de Gatineau, de Baie-Comeau et de Rouyn-Noranda, on préfère le mot résident au mot habitant. Pour les autres villes, c’est le contraire. Pour Québec, on préfère à 70 % parler de ses résidents. Pour Montréal, la proportion est aussi de 70 % mais en faveur du mot habitants. Quoi qu’il en soit du détail des résultats, une évidence saute aux yeux : les mots résident et habitant sont en concurrence dans l’usage québécois pour désigner une personne qui vit dans un lieu. Usito rend-il compte de cette réalité ? Non. Pour habitant, il donne les exemples habitant d’une ville, d’un village, d’un quartier. Pour le mot résident, il donne comme exemple « les résidents d’une maison de retraite », mais il ne mentionne pas les résidents d’une ville, d’un village, d’un quartier.


Prenons maintenant l’exemple du mot communauté que j’ai déjà traité dans ce blog en 2014 («Communauté ou collectivité?»). Au Québec, sous l’influence de l’anglais, on donne à communauté un sens qui est plutôt celui de collectivité, c'est-à-dire un ensemble organisé de la population coïncidant avec une subdivision du territoire, jouissant de la personnalité morale et ayant le pouvoir de s'administrer par un conseil élu. L’anglicisme sémantique communauté est généralisé dans le français du Québec, il a même fait l’objet d’une rubrique dans la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française. Cet usage est absent de la description du français québécois que prétend offrir Usito.


Troisième exemple : personne d’intérêt. Ce calque est en voie de faire disparaître le mot suspect. On peut le lire dans la presse (cf. mon billet « Le français québécois standard illustré par l’exemple / 20 ») et on peut très souvent l’entendre dans l’émission culte District 31. Cet usage n’a pas non plus été enregistré.


Quatrième et dernier exemple pour aujourd’hui : payer une visite (< to pay a visit). Encore une expression qu’on peut entendre fréquemment dans District 31. Autre calque absent d’Usito.


On me dira qu’il ne suffit pas que de quatre exemples pour affirmer qu’Usito rend mal compte de l’usage québécois contemporain. Mais avec ma flopée de billets sur ce dictionnaire et son ancêtre Franqus, avec en plus la critique de Claude Poirier, cela devrait être assez pour susciter des doutes.


mardi 29 octobre 2019

Un dictionnaire qui manque de cran


Usito et les québécismes (suite)

Je poursuis ma critique du traitement des québécismes dans le dictionnaire en ligne Usito. Rappelons que je ne m’occupe que des québécismes communs.


Mes arrière-grands-parents assis avec leurs enfants sur les crans à Kamouraska (vers 1895)


Huitième exemple : cran. Introduisons le mot par deux citations :

François-Magloire Derome, poète, journaliste, protonotaire né à Montréal et établi à Rimouski en 1857 […] évoque […] l’exceptionnelle hospitalité de Pascal Taché, seigneur de Kamouraska, qui l’invita sans façon à sa table dès leur première rencontre, alors qu’il contemplait le point de vue depuis la grève devant le manoir : « J’étais, au bout de quelques minutes, installé dans les genévriers d’un massif de crans à position verticale, en deçà du point où la vague allait se rompre : je regardais la mer. Ce spectacle nouveau me charmait : le coup d’œil était ravissant. » (Claude La Charité, « Le Bas-du-Fleuve, berceau de la littérature québécoise »)


On lit sous la plume du frère Marie-Victorin : « Devant nous, au ras des crans couverts de varech gluant, s’incline le vol noir des corneilles en maraude » (1920 ; cité par Vigh, 484).


Pour Bélisle, le cran est une « roche stratifiée ». Le Trésor de la langue française (de Nancy) signale ce sens technique sans indiquer que c’est un québécisme tout en faisant référence au lexicographe québécois Alexandre Bélisle.


Le mot, relevé aussi dans le Glossaire du parler français au Canada et par Gaston Dulong (Vigh, p. 482), attesté dans des textes littéraires depuis le xixe siècle, est absent de la nomenclature d’Usito.


Neuvième exemple : encanter. Le Trésor de la langue française (toujours celui de Nancy) offre la remarque suivante sous le mot encan : « On rencontre ds la docum. le régionalisme encanter, verbe. Vendre à l'encan (Canada 1930). Acheter à l'encan ». La référence est au Glossaire du parler français au Canada. Le mot a aussi été relevé par Sylva Clapin (1913) et Gaston Dulong (1989). Il est absent de la nomenclature d’Usito.


Dixième exemple : (s’)encanter. Le verbe signifie (s’)installer à son aise (Vigh, p. 553) : « on encanta le marmot dans son ber » (Sylva Clapin, 1925), « Didace […] se laissa encanter dans le lit, parmi les oreillers » (Germaine Guèvremont, Marie-Didace, 1947). Autre mot absent de la nomenclature d’Usito et pourtant encore courant.


Onzième exemple : engagère. On peut entendre le mot dans la populaire télésérie Le temps d’une paix, diffusée de 1980 à 1986 puis reprogrammée régulièrement depuis. Ainsi, dans l’épisode 2, Rose-Anna déclare :

[…] ici sur la terre, nous autres, il faut se suffire en tout. Pour le manger, le chauffage pis l'habillement. Juliette pis moi, on va faire une cenne ou deux en travaillant chez le notaire Fournier, pendant les vacances, comme engagères. (Cité par Benjamin Mathieu, Les relations intergénérationnelles dans Le Temps d’une paix, mémoire de maîtrise, UQTR, 2015, p. 45)


Usito a bien engagé, engagée « personne employée comme domestique de maison, comme aide sur la ferme » mais il n’a pas le féminin engagère.


Douzième exemple : habitant et colon. Usito définit habitant comme une « personne qui manque de goût, de raffinement, d’éducation », indique que le mot est péjoratif et que son emploi relève de la langue familière. Il renvoie aux mots fruste et rustre. De même il définit le colon comme une « personne qui ignore les bonnes manières, manque d’éducation, de savoir-vivre » ; le mot est familier et péjoratif, il y a un renvoi à rustre. Aucun renvoi entre colon et habitant, tout passe par des synonymes en français standard qui n’ont pas de connotation péjorative. Et dire que l’équipe d’Usito se plaint des dictionnaires français « conçus d’abord et avant tout en fonction du public francophone européen et notamment du public français. Leur description de la langue est principalement basée sur l’usage européen du français[1] ».


Conclusion. Claude Poirier a intitulé sa critique du dictionnaire Usito « Un pas en avant, un pas en arrière ». Il est difficile de voir en quoi cette entreprise lexicographique constitue un pas en avant (sauf au plan informatique). Il est plus facile d’affirmer qu’il s’agit d’un pas en arrière au plan lexicographique. Bien des québécismes lexicaux et des québécismes de sens relevés par des prédécesseurs, anciens ou récents, d’Usito sont absents de cet ouvrage.


En cliquant ici, vous pourrez lire un billet de Lionel Meney sur le traitement du mot raquetteur dans Usito. Ce texte a été écrit en 2016 et l’équipe d’Usito n’a toujours pas tenu compte de cette remarque.


lundi 28 octobre 2019

Usito et les québécismes


Le dictionnaire en ligne Usito est désormais offert gratuitement. Son équipe de rédaction en fait la promotion en insistant sur le portrait qu’il fait du « français en usage au Québec » :

Avec ses 60 000 mots traités, Usito est le premier dictionnaire qui, tout en dressant un portrait global et actuel du français, ouvre une aussi large fenêtre sur l’expérience nord-américaine de cette langue, et tout particulièrement sur la place qu’elle occupe dans la société et la culture québécoises.
Ce nouveau dictionnaire se démarque des autres ouvrages par une plus grande ouverture aux mots français dont on ne peut se passer quand il s’agit de nommer les particularités des contextes québécois, canadien et nord-américain dans tous les domaines de la vie courante et professionnelle (sociopolitique, droit, faune et flore, environnement, sport, éducation, alimentation, médecine, culture, informatique, etc.).
Source : https://www.usherbrooke.ca/actualites/nouvelles/sur-les-campus/sur-les-campus-details/article/21501/


Dans ce billet, je me baserai sur plusieurs exemples pour montrer que le portrait du français québécois fait par Usito est plus que lacunaire et qu’il constitue même parfois un recul par rapport au traitement des québécismes dans d’autres dictionnaires. Mes exemples relèvent de ce que l’on pourrait appeler le français québécois commun. Ce ne sont donc pas des régionalismes internes au Québec : j’ai déjà donné des preuves des faiblesses d’Usito sur ce point (cf. « En deçà des promesses /8 » et « Faire de la lexicographie à la mitaine »).


Premier exemple : étoffe du pays. L’expression désigne un « tissu de laine épais fabriqué à la maison » selon la définition qu’en donne Árpád Vigh dans son Bon Usage des québécismes. Ce dernier, qui a étudié tous les romans québécois publiés jusqu’en 1960, ajoute que l’expression est courante dans ce corpus (p. 576). Ce terme bien présent dans notre tradition littéraire ne figure pas dans Usito mais il n’a pas échappé à l’attention de l’auteur du Dictionnaire québécois d’aujourd’hui (Dictionnaires Le Robert, 1992) : « qqch. en étoffe du pays, en laine et de fabrication domestique » (p. 445).


Deuxième exemple : étriver. Árpád Vigh précise ainsi le sens québécois : « agacer, railler, taquiner ». Il ajoute : « Cet usage canadien figurait déjà dans le Supplément du Dictionnaire des dictionnaires (1895) par les soins de Napoléon Caron, et surgit aussi récemment dans l’Acad. 1992 comme canadianisme » (p. 577). Un québécisme attesté depuis au moins 1895, enregistré dans la dernière édition du dictionnaire de l’Académie française et qui est absent de la nomenclature d’Usito ! Et dire que l’équipe d’Usito reproche aux dictionnaires publiés en France « leur description de la langue […] principalement basée sur l’usage européen du français ».


Troisième exemple : berlot. Définition : « voiture d’hiver, traîneau court » (Vigh, p. 260). Le mot a été relevé par plusieurs lexicographes québécois depuis les dernières décennies du xixe siècle (Dunn, Clapin, Glossaire du parler français au Canada, Bélisle, Bergeron, Dulong, Juneau). Usito n’a pas le mot, il n’est même pas capable de copier ses prédécesseurs.


Quatrième exemple : haut-coté. On peut dire que le mot fait partie de la culture populaire des Québécois, on l’a entendu maintes fois dans la série Les Belles histoires des pays d’en haut, dont les épisodes sont programmés à la télévision publique année après année depuis 1956. Pourtant, haut-côté (« les pièces principales comme la salle à manger et le salon », Vigh, p. 237) a été négligé par Usito.


Cinquième exemple : bas-côté. Si le mot figure bien dans Usito, il n’a pas le sens québécois de « petite construction adossée à une maison avec laquelle elle communique » (Vigh, p. 237) mais uniquement les sens du français européen. Le sens québécois est ancien puisqu’on le trouve déjà dans notre premier roman, L’influence d’un livre de Philippe Aubert de Gaspé fils (1837). On le rencontre aussi chez Fréchette, le chanoine Groulx, Claude-Henri Grignon, Germaine Guèvremont. Comme Usito ne donne que les sens du français européen de ce mot, la critique formulée par un de ses responsables à l’endroit des dictionnaires français peut donc s’appliquer à Usito lui-même : « Dans les dictionnaires provenant de France, la mise en contexte est européenne. La littérature québécoise est absente, tout comme les mots spécifiquement utilisés chez nous […]. C'est acculturant » (La Croix, 5 juillet 2008). Usito nous acculture au lieu de nous décoloniser !


Sixième exemple : bureaucrate. Il s’agit ici d’un mot relevant de notre histoire nationale : il désigne un anti-patriote, un partisan du gouvernement impérial anglais lors de la Rébellion de 1837-1838 (Vigh, p. 339). Ce sens a été oublié par Usito.


Septième exemple : défaite. En québécois, le mot a encore le sens d’« échappatoire, moyen de se tirer d’embarras, prétexte » (Vigh, p. 410). Courant en France dans le langage classique, il figure au dictionnaire de l’Académie jusqu’à l’édition de 1935. Il est aujourd’hui sorti de l’usage en France. Georges Straka (cité par Vigh) estimait qu’il faisait partie du « vocabulaire régional du Québec ». Relevé par le Glossaire du parler français au Canada, Bélisle, Bergeron, Dulong, le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, le sens québécois de ce mot est ignoré d’Usito.


À SUIVRE


dimanche 27 octobre 2019

L’OQLF continue de débiter de la réalité


Le 7 mars 2014, je critiquais la fiche « croustilles / chips » du Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF). On y lisait la remarque suivante :

Les termes qui désignent cette réalité, laquelle est vendue en sacs, en sachets ou en boîtes, sont le plus souvent utilisés au pluriel […]


Je notais que l’OQLF est prêt à tout pour accommoder le client, même à vendre de la réalité en sacs. La fiche critiquée avait été rédigée en 2001. Elle a été refaite en 2017 puisque, dorénavant, « chips est acceptable parce qu’il est légitimé en français au Québec » (on ne sait par qui). Celui ou celle qui a refait la fiche ne s’est même pas rendu compte de la formulation absurde de la remarque dont la formulation n’a pas changé.


La fiche de 2001

La fiche de 2017

lundi 21 octobre 2019

Un dictionnaire qui n’a pas un écu vaillant


Depuis leur première diffusion le 8 octobre 1956, il n’y a guère d’années où Les Belles Histoires des pays d’en-haut n’ont pas été présentées à la télévision, en diffusion originale d'abord puis en reprise. Le prénom du personnage principal de la série, Séraphin, est devenu au Québec synonyme d’avare et le mot est à ce titre enregistré dans le dictionnaire en ligne Usito. On m’a raconté qu’il a même fait fortune au Mexique où, dans certaines stations balnéaires, l’appellation los serafinos, de concert avec los tabarnacos, sert à désigner les Québécois.


L’autre jour, j’écoutais un épisode des Belles Histoires où un personnage payait avec une pièce d’un écu (une pièce de cinquante cents). Ce sens n’a pas été enregistré dans Usito. On me dit que le mot écu reparaît dans plusieurs épisodes de la série. Terme vieilli certes, mais mot utilisé fréquemment dans une émission dont la popularité ne se dément pas depuis plus de six décennies et qui est reprogrammée année après année : comment a-t-il pu réussir à échapper à l’attention des rédacteurs d’Usito ? Ils montrent, une fois de plus, qu’en dépit de toutes leurs prétentions ils décrivent bien mal les usages du français au Québec. Comment un jeune d’aujourd’hui peut-il apprendre la signification de ce mot ? Il n’apparaît ni dans la nomenclature d’Usito ni dans celle du Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française (à juste titre d’ailleurs, car le GDT n’est pas un dictionnaire historique du français au Québec malgré les essais de certains de ses rédacteurs de se lancer dans cette voie, cf. le traitement réservé à vidanges dans la fiche « ordures ménagères »). Mais, à force de chercher, on finira par trouver écu dans la Base de données lexicographiques panfrancophone.


Dans le domaine monétaire, notre dictionnaire national a pourtant enregistré le désuet chelin (shilling), le trente sous (pièce de vingt-cinq cents) en nette perte de vitesse et même l’archaïque centin (« centième partie du dollar ») et une ancienne monnaie française, le liard (« quart d’un sou »), mot qui n’est plus utilisé de nos jours que dans des expressions qu’Usito ne mentionne même pas.


vendredi 18 octobre 2019

Textes refusés


Je viens de découvrir que Le Devoir archive les commentaires en ligne de ses abonnés, y compris les commentaires refusés. Voici donc mes commentaires refusés et, à la relecture, je ne vois pas quels pourraient être les motifs de cette censure (sauf pour un qu’on a dû interpréter comme un crime de lèse-majesté) :

4 mars 2010 :
Vérifier ses sources
Normand Rousseau écrit : «Pierre, qui a assassiné Ananie et Zaphyre.» Or, on lit dans les Actes : «Mais un homme nommé Ananias, avec Saphira sa femme, vendit une propriété, et retint une partie du prix, sa femme le sachant; puis il apporta le reste, et le déposa aux pieds des apôtres. Pierre lui dit: Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton coeur, au point que tu mentes au Saint Esprit, et que tu aies retenu une partie du prix du champ? S'il n'eût pas été vendu, ne te restait-il pas? Et, après qu'il a été vendu, le prix n'était-il pas à ta disposition? Comment as-tu pu mettre en ton coeur un pareil dessein? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu. Ananias, entendant ces paroles, tomba, et expira.» Peut-on vraiment dire que Pierre a assassiné Ananias?

27 avril 2012
Autre erreur historique?
Le «ministère du Saint-Sulpice à Paris»? Serait-ce une autre erreur historique? J'ai beau chercher, je ne trouve pas d'explication. Et Mgr Latigue n'était pas en 1821 évêque DE Montréal mais évêque À Montréal. En effet, pendant les premières années (de 1821 à 1836), il était auxiliaire de l'évêque de Québec (il était évêque in partibus infidelium: Telmesse en Lycie). Un détail, mais qui s'inscrit dans la longue rivalité entre Québec et Montréal.

11 septembre 2014
Précédent royal
Être tampon, n'était-ce pas le rêve de Charles? Cf. Libération du 9 avril 2005. http://www.liberation.fr/monde/2005/04/09/charles-et-camilla-enterrent-leur-vie-d-adultere_515853

26 janvier 2016
Pour autant que je sache, la politique officielle du Québec sur l’immigration est celle qui a été adoptée en 1990. Elle reconnaît que les institutions publiques anglophones – dont les établissements des réseaux de la santé et des services sociaux – continueront à jouer un rôle dans l’intégration des immigrants : « Cependant, il est probable — et somme toute compréhensible — que certains de ces immigrants continueront de privilégier l’intégration à la communauté anglophone, surtout à la première génération. Par la suite, l’impact de la fréquentation de l’école française par leurs enfants devrait favoriser leur intégration progressive à la communauté francophone. Le Gouvernement reconnaît donc le rôle qu’ont à jouer certaines institutions anglophones — notamment celles du réseau de la santé et des services sociaux — dans l’intégration d’une partie des nouveaux arrivants ainsi que dans le soutien à la pleine participation des Québécois des communautés culturelles plus anciennes qu’elles ont accueillis dans le passé. C’est pourquoi, même si la priorité sera accordée à l’adaptation à la réalité pluraliste des institutions francophones où le rattrapage à effectuer est plus important, le Gouvernement soutiendra également, dans le cadre de sa politique d’intégration, les institutions anglophones » (Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, Au Québec pour bâtir ensemble, Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration, 1990, page 15, note 8.) Cette note, dissimulée en bas d’une page, le ministère de l’Immigration se garde bien de la brandir. À preuve, lors d’un séminaire au Conseil de la langue française dans les mois qui ont suivi la publication de l’énoncé de politique, j’ai posé une question sur cette note à une directrice du MICC. Elle m’a dit que je me trompais, qu’il n’y avait rien de tel dans la politique gouvernementale. Malheureusement, je n’avais pas sous la main mon exemplaire annoté. 

25 février 2019 :
Nuances
[Ce texte a été publié sous le titre « Les linguistes à l’Académie » après que j’eus changé le début pour la formulation suivante : « À mon avis, il est faux d’écrire que l’Académie n’a pas eu… » On comprend qu’il fallait ménager la susceptibilité du chroniqueur.]
Il est un peu court, pour ne pas dire simpliste, d’écrire que l’Académie n’a pas eu de « vraies pointures parmi les lexicographes, les grammairiens et les linguistes renommés. » L’académicien Claude Lévi-Strauss avait étudié les travaux du linguiste-anthropologue américain Boas et avait collaboré avec le linguiste (et prince) russe Nicolas Troubetzkoï. L’académicien Georges Dumézil « maniait » une trentaine de langues et en maîtrisait dix-huit. Ce sont eux qui ont contribué à définir la position de l’Académie en matière de féminisation. Position tout à fait défendable mais uniquement du point de vue grammatical ou syntaxique (c’est-à-dire les règles d'accord: le terme non marqué, qu'il s'agisse du genre, du nombre ou du temps, peut toujours s'employer à la place du terme marqué). Leur esprit de système leur a malheureusement fait étendre cette règle à la désignation des personnes, ce qui heurtait de plein fouet le mouvement d’émancipation des femmes. En gros, on aurait dû se contenter d’intervenir uniquement dans le domaine des accords et proposer la manière suivante de dire: «la secrétaire perpétuelle était alors enceinte» mais: «il y aura une réunion des directeurs» (incluant donc les directrices) même si on peut préférer d'autres formulations: «réunion des directeurs et directrices, réunion de la direction». On écrira aussi: «la présidente et le directeur sont venus» (accord selon le terme non marqué, ici le masculin). Ça, c'est la base. Reste à voir jusqu'où l'idéologie parviendra à l'ébranler. Peut-être finira-t-on par accepter l'accord de proximité, comme d’aucuns le proposent à l’heure actuelle. On cite des exemples anciens de cet accord: mais, à l'époque, les gens n'écrivaient pas leurs textes eux-mêmes à la main: César, Cicéron avaient des esclaves (scribes), Napoléon des secrétaires à qui ils dictaient et, dans la langue parlée, on est plus enclin à faire l'accord selon la proximité.


mercredi 16 octobre 2019

Gran Germà


Cat 3 Telenotícies vespre - 15/10/2019



El Gran Germà és un personatge de ficció de la novel·la de George Orwell (Wikipedia)


Pendant l’actuelle campagne électorale espagnole, il est interdit aux médias catalans, depuis le mardi 15 octobre jusqu’au jour des élections le dimanche 10 novembre, d’utiliser les mots « prisonniers politiques », « exil », « président en exil ». Ils ne pourront parler du Conseil de la République mais uniquement du Conseil autoproclamé. Victoire de la liberté d’expression : on pourra toujours parler de la « répression policière » et du « référendum du 1er octobre »!

Sources :

mardi 15 octobre 2019

Cercle vicieux


Dans les fiches du Grand Dictionnaire terminologique (GDT) que l’Office québécois de la langue française met en vedette chaque mois, il y a souvent matière à billet de blog. Ainsi en est-il encore ce mois-ci. Dans la fiche « directissime », de 2019, on peut lire la note :

L'emprunt intégral adapté directissime, de l'italien direttissima qui signifie « la plus directe », est acceptable puisqu'il est légitimé en français au Québec et ailleurs en francophonie. 


Dans la mesure où un emprunt est adapté, on peut se demander s’il s’agit encore d’un emprunt intégral. Mais cette subtilité sémantique aura échappé au rédacteur de la fiche.


L’OQLF ressort aussi une idée-phare de la dernière Politique de l’emprunt linguistique, la légitimation. On n’a jamais su comment se faisait au juste cette légitimation. L’hypothèse de Nadine Vincent, dans un texte publié le 29 septembre 2017 dans Le Devoir, est la plus vraisemblable :

[…] la nouvelle politique de l’emprunt de l’OQLF étonne. Elle prétend qu’elle opte maintenant pour une « stratégie d’intervention réaliste », qu’elle va tenir compte de la « légitimité » des usages et de leur traitement dans des « ouvrages normatifs ». Or, sur qui se basent les ouvrages normatifs pour accepter ou critiquer un emploi : bien souvent sur l’OQLF !

Je viens de trouver une illustration on ne peut plus claire de ce cercle vicieux dans la note accompagnant la fiche « cyberdépendance » qui date de la même année (2017) que la Politique de l’emprunt linguistique :

L'emprunt intégral à l'anglais addiction, surtout en usage en Europe francophone, ne s'inscrit pas dans la norme sociolinguistique du français au Québec; il est notamment critiqué dans les principaux ouvrages de référence québécois.


Les ouvrages normatifs se basent sur l’OQLF et l’OQLF sur les ouvrages normatifs. Et voilà comment s’édifie la norme du « français standard en usage au Québec »!


vendredi 11 octobre 2019

L’influence d’un blog / 12

Changement de venue = dépaysement 

En 2011, pour fêter le cinquantième anniversaire de l’Office (québécois) de la langue française, j’avais fourni les matériaux pour combler une lacune du Grand Dictionnaire terminologique (GDT). En effet, celui-ci n’avait pas relevé le calque changement de venue, expression qui signifie qu’un procès sera jugé dans un autre district judiciaire. Il aura fallu huit ans pour que l’OQLF finisse par accepter ce cadeau et mette en ligne une fiche « dépaysement », équivalent français standard de change of venue.


Malheureusement la fiche s’accompagne d’une note qui appelle deux réserves :

L'emprunt changement de venue est déconseillé parce qu'il ne s'intègre pas au système linguistique du français. En effet, le mot venue, en français, a le sens d'« action, fait de venir », alors qu'en anglais, il désigne plutôt un lieu de rencontre ou de réunion. L'emprunt changement de venue est par ailleurs peu fréquemment employé au Québec.


Le calque changement de venue, comme tous les calques d’ailleurs, s’intègre parfaitement au système linguistique du français, c’est ce qu’on ne parvient pas à comprendre à l’OQLF. Il suffisait simplement de signaler que le mot venue n’a pas en français le sens qu’il a en anglais : est-ce trop difficile à dire ?


Par ailleurs, changement de venue est un terme technique. Quand on fait de la lexicographie générale comme on le fait à l’OQLF sous couvert de faire de la terminologie, il est normal qu’on trouve que ce terme est peu fréquent au Québec. Mais quand on prend la peine de faire la terminologie d’un domaine particulier, dans ce cas-ci le droit, on se rend compte que le calque en question est autrement plus fréquent, comme je l’ai montré dans mon billet de 2011. En tout état de cause, il était si peu fréquent, n’est-ce pas, qu’il figurait déjà dans Le parler populaire des Canadiens français de Narcisse–Eutrope Dionne (1909).


jeudi 10 octobre 2019

Dans les écoles du Québec, des abreuvoirs au lieu de fontaines



Trois chercheurs ont claqué la porte du projet VisezEau à l’école, qui encourage les élèves à utiliser les abreuvoirs et à laisser tomber les boissons sucrées, après l’abolition par Québec du volet visant à vérifier la qualité de l’eau.
‑ Annabelle Caillou et Brigitte Tousignant, « Québec ne voulait pas d’une étude sur l’eau dans les écoles », Le Devoir, 10 octobre 2019

Au Québec, on traite donc les élèves comme du bétail, on les fait boire à des abreuvoirs. Il est vrai que nos endogénistes (partisans d’une norme propre au Québec) ont réussi à faire introduire le mot dans l’édition 2012 du Petit Robert. Dans un billet rédigé à l’époque, avec les données dont je pouvais disposer, j’ai montré que l’usage au Québec avait évolué et qu’on préférait maintenant fontaine.


Dans une fiche de 1979 qui a échappé au rouleau-compresseur de l’idéologie endogéniste qui le domine depuis une vingtaine d'années, le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF) indique qu’abreuvoir est un « terme déconseillé ».


Voici ce qu’en dit le dictionnaire Usito, s.v. abreuvoir :

 2 Q/C par ext. Fontaine d'eau potable installée dans des bureaux, des établissements publics. L’abreuvoir de l’école.REM. L'emploi par extension de abreuvoir est parfois critiqué comme synonyme non standard de fontaine.


Dans sa version provisoire en ligne, le dictionnaire Franqus, ancêtre d’Usito, signalait déjà que l’emploi d’abreuvoir est parfois critiqué : « le mot fontaine est perçu comme standard en ce sens ».