Ces jours
derniers, sur la page Facebook d’un membre de l’Asulf (Association pour l’usage
et le soutien de la langue française), il y a eu quelques échanges sur le
bien-fondé d’appeler dépanneur un commerce de proximité. Rappelons que
dans les années 1970 l’habitude avait commencé à se répandre d’appeler ces
commerces des accommodations (« je vais à l’accommodation acheter
du lait, de la bière »). Dans les premières années de cette décennie, sous la direction
linguistique de Jean-Claude Corbeil, l’Office de la langue française avait
proposé l’appellation dépanneur alimentaire (je me rappelle qu’une
terminologue de l’époque, Thérèse Villa, tenait fermement à l’adjonction de l’adjectif).
La proposition a été bien acceptée mais l’usage l’a immédiatement tronquée pour
ne conserver que dépanneur. C’est sans doute la proposition de l’Office
qui s’est répandue le plus rapidement. Le mot s’est même intégré très tôt non
seulement dans l’anglais parlé à Montréal, où il a été réduit à dep,
mais aussi dans la langue écrite. Dans le Montreal Star du 15 novembre
1973 on pouvait lire : « Business Opportunities... grocery
licenced, butcher, fruit and vegetables. Near Verdun metro. Ideal for
‘depanneur’. » Même le Trésor de la langue française au Québec (TLFQ) n’a
pas d’attestation plus ancienne en français. Dans la McGill Tribune du 28 novembre
2017: « Deps are ubiquitous all over Quebec, especially near McGill’s
Downtown campus. » On peut trouver aussi des attestations dans la presse
anglophone hors Québec.
Dépanneur a
été normalisé par l'Office de la langue française en 1983. Il est entré en 2015
dans l’Oxford English Dictionary sous la forme depanneur :
Canadian.
Esp. in Quebec: a small local shop selling goods such
as groceries, newspapers, cigarettes, beer, and wine; a convenience store.
Also shortened to dep.
Je ne
vois pas ce qu’on peut reprocher à cette proposition de l’Office. Pour une
fois, à l’époque contemporaine, que le Québec exporte un mot dans la langue
majoritaire de l’Amérique du Nord (exception faite, évidemment, des noms
propres : Cirque du Soleil, Céline, etc.).

