J’entends de temps à autre, tant sur les ondes québécoises que françaises, l’expression à la fin de la journée pour signifier « en fin de compte, finalement, au bout du compte, tout compte fait, tout bien pesé, au final, en définitive ». Comme on le voit, ce ne sont pas les équivalents qui manquent pour rendre l’expression anglaise « at the end of the day ».
Linguistiquement correct
lundi 30 mars 2026
dimanche 29 mars 2026
La foire aux pronoms de Winnipeg
| On notera la présence d'un drapeau palestinien et l'absence de drapeau canadien |
Le congrès du NPD pour élire un nouveau chef s’est terminé aujourd’hui dimanche à Winnipeg. À en juger par le peu que j’en ai vu sur Internet, le parti surpasse en absurdité (involontaire, car tout ce monde se prend au sérieux) le Parti Rhinocéros fondé en 1963 par le médecin et écrivain Jacques Ferron.
Le
wokisme était à l’ordre du jour du congrès. J’ai entendu la chaise qui
présidait (en anglais contemporain ce serait un pléonasme de dire qu’une chaise
préside) faire ce rappel à l’ordre : « I’ll again thank delegates not
to call me Madam Chair or Madame la Présidente. I’m a non-binary person. My pronouns are they, them,
and their. Chair is sufficient ». Elle n’a pas précisé s’il
fallait l’appeler Chaise en français.
Je
ne croyais pas que cette mode des pronoms pouvait avoir atteint la langue
parlée. Quelques extraits de la façon dont quelques personn·e·s (sic) se sont
présenté·e·s :
Point of order. R*** A***. He
they.
B*** N*** S***. Pronouns he him.
Hi A*** from Pong. Pronouns she
her.
My name is M*** T***. My pronouns
are she they.
My pronouns are she, her and elle
en français.
Il
est malheureux que ces activistes n’aient pas creusé davantage la notion de
non-binarité en s’inspirant des langues qui connaissent le duel ou le triel. Il y a encore du pain sur la planche pour les chercheurs en tétracapillectomie.
Comme
parti lunatique, le NPD va peut-être surpasser l’Official Monster Raving Loony
Party de Grande-Bretagne :
La Hongrie a aussi un candidat de taille à présenter dans ce groupe, le Parti hongrois du chien à deux queues (Magyar Kétfarkú Kutya Párt, une de mes anciennes étudiantes en fait partie). Vous n’avez pas besoin de comprendre le hongrois pour suivre l’interview que le chef de ce parti a donnée à la télévision nationale :
dimanche 22 mars 2026
Des deps au pays des Kebs
Ces jours
derniers, sur la page Facebook d’un membre de l’Asulf (Association pour l’usage
et le soutien de la langue française), il y a eu quelques échanges sur le
bien-fondé d’appeler dépanneur un commerce de proximité. Rappelons que
dans les années 1970 l’habitude avait commencé à se répandre d’appeler ces
commerces des accommodations (« je vais à l’accommodation acheter
du lait, de la bière »). Dans les premières années de cette décennie, sous la direction
linguistique de Jean-Claude Corbeil, l’Office de la langue française avait
proposé l’appellation dépanneur alimentaire (je me rappelle qu’une
terminologue de l’époque, Thérèse Villa, tenait fermement à l’adjonction de l’adjectif).
La proposition a été bien acceptée mais l’usage l’a immédiatement tronquée pour
ne conserver que dépanneur. C’est sans doute la proposition de l’Office
qui s’est répandue le plus rapidement. Le mot s’est même intégré très tôt non
seulement dans l’anglais parlé à Montréal, où il a été réduit à dep,
mais aussi dans la langue écrite. Dans le Montreal Star du 15 novembre
1973 on pouvait lire : « Business Opportunities... grocery
licenced, butcher, fruit and vegetables. Near Verdun metro. Ideal for
‘depanneur’. » Même le Trésor de la langue française au Québec (TLFQ) n’a
pas d’attestation plus ancienne en français. Dans la McGill Tribune du 28 novembre
2017: « Deps are ubiquitous all over Quebec, especially near McGill’s
Downtown campus. » On peut trouver aussi des attestations dans la presse
anglophone hors Québec.
Dépanneur a
été normalisé par l'Office de la langue française en 1983. Il est entré en 2015
dans l’Oxford English Dictionary sous la forme depanneur :
Canadian.
Esp. in Quebec: a small local shop selling goods such
as groceries, newspapers, cigarettes, beer, and wine; a convenience store.
Also shortened to dep.
Je ne
vois pas ce qu’on peut reprocher à cette proposition de l’Office. Pour une
fois, à l’époque contemporaine, que le Québec exporte un mot dans la langue
majoritaire de l’Amérique du Nord (exception faite, évidemment, des noms
propres : Cirque du Soleil, Céline, etc.).
jeudi 19 mars 2026
C'est gonflé!
L’Organisation
internationale de la Francophonie vient de publier, comme elle le fait tous les
quatre ans, son rapport sur La langue française dans le monde. Ses
chiffres sont basés sur les travaux de l’Observatoire démographique et
statistique de l’espace francophone (ODSEF).
Mon
feu ami Robert Chaudenson a souvent critiqué les travaux de l’ODSEF et ses
chiffres qu’il jugeait gonflés, en particulier dans son blog de Mediapart (pour
des exemples, cliquer ici et ici) : « D’où sortent de tels chiffres…
sinon du chapeau francophone ? On s'abstient naturellement soigneusement
de dire selon quelles méthodes on est arrivé à de telles conclusions absurdes
et qui l’a fait. »
Dans
un texte publié aujourd’hui dans Le Devoir, le directeur de l’ODSEF, Richard Marcoux, proteste parce que, dans la préface du rapport, on a… gonflé les statistiques
qu’il avait lui-même fournies : « l’ODSEF a pu estimer à
348 millions le nombre de francophones en 2025. Cette estimation se trouve
ignorée dans la préface et l’avant-propos du rapport [...] au profit
d’un nombre, 396 millions, qui s’appuie pour sa part sur ce qu’on nous
présente comme une nouvelle approche, mal documentée et qui, à l’encontre de
nos avis, ajoute 48 millions de personnes. »
mercredi 25 février 2026
Mais que (locution conjonctive)
L’autre jour, j’entendais, dans une série télévisée, la locution conjonctive mais que signifiant « quand, lorsque, dès que ». Le Trésor de la langue française au Québec (TLFQ) en a enregistré 36 attestations de 1538 (Jacques Cartier) à 2000.
On trouve dans le supplément
du Littré :
Mais que, ancienne conjonction qui est
aujourd'hui hors d'usage, et qui signifiait dès que. Vous pouvez penser
comme il fera, mais qu'il soit [dès qu'il sera] doyen des cardinaux, Malherbe,
Lexique, éd. L. Lalanne. L'affection avec laquelle j'embrasserai votre
affaire, mais que je sache [dès que je saurai] ce que c'est, vous témoignera…, Malherbe,
ib. Cette conjonction est encore très usitée dans les campagnes normandes.
Cet
usage a aussi été relevé dans le Glossaire du parler français au Canada :
L’emploi de mais que au sens de « lorsque » n’est pas sorti de l’usage au Québec, du moins dans la langue parlée, puisqu’on peut l’entendre à la télévision. Pourtant, cette locution conjonctive ne figure pas dans Usito. Le dictionnaire en ligne se vante de rendre compte de l’usage québécois qu’il connaît pourtant bien mal, je l’ai souvent montré.
lundi 16 février 2026
Gunperson, la neutralisation du genre en anglais
Pour
les Linguistes atterré·e·s, « l’anglais ne connaît pas de genre
grammatical » (Le français va très bien, merci, Gallimard, coll.
« Tracts », 2023). Pourtant, nombre d’anglophones, surtout des
universitaires semble-t-il, signent leurs courriels en faisant suivre leur nom
des pronoms que l’on doit utiliser pour s’adresser à eux/elles/ielles. Si l’anglais
ne connaît pas de genre grammatical, on se demande pourquoi, depuis des années,
on sent la nécessité de remplacer « chairman » par « chairperson »,
voire « chair » tout court. Une police locale de Colombie britannique
en parlant de « gunperson » plutôt que de « gunman » (ou « gunwoman »)
vient de nous offrir un nouvel exemple de ce dégenrement à la suite de la
récente tuerie dans une école :
‘Gunperson’ in
a ‘dress’ behind Canada’s deadliest school shooting in decades, horrified
Tumbler Ridge students reveal
By
Chris Bradford
[…]
The identity
of the shooter has not been released.
An initial
alert issued about an active shooter at the school Tuesday afternoon described
the suspect as a “female in a dress.”
The police
superintendent later described the shooter as a “gunperson” in a press
briefing, the Telegraph reported — fueling speculation that they may have been
transgender.
—New
York Post, Feb. 11, 2026, 4:03 a.m. ET
CNN a été plus spécifique quant au genre : « an
18-year-old woman killed at least eight people and wounded dozens. »
Le Devoir
du 12 février décrit l’auteur de la tuerie comme « une femme de 18 ans ».
Aux infos d’Ici Première (Radio-Canada), on ne parlait que d’une jeune fille
même si une personne interviewée dans le reportage faisait référence à un « him ».
Pour Sky News Australia, dont le moins qu'on peut dire est qu’il
est loin d'être woke, le tireur est un homme : « A deranged transgender
high-school dropout went on a shooting spree at a British Columbia high school
killing eight including his mother and
stepbrother before turning the gun on himself. »
Dans
une entrevue qu’il a donnée récemment à Stephan Bureau, Christian Rioux nous
apprenait que, si Normand Baillargeon avait quitté le Devoir, c’est qu’il
refusait les changements qu’on voulait lui imposer dans un article qu’il avait
écrit sur la question trans.
Depuis
que j’ai créé ce blog, je crois que c’est la première fois que j’aborde un cas
aussi chimiquement pur de linguistiquement correct (et qui est aussi
politiquement correct).
mercredi 11 février 2026
Avoir de la neige sur la planche
J’entends ce matin à la
radio parler des compétitions de surf des neiges aux Jeux olympiques de
Milan-Cortina. Pour parler de cette discipline sportive, trois termes sont en
concurrence au Québec : surf des neiges, planche à neige, snowboard.
Sur le site du Comité olympique canadien et sur celui de France Info, on ne
trouve que snowboard. Radio-Canada utilise surf des neiges. Quant
au Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue
française (OQLF), après avoir privilégié surf des neiges il lui préfère
maintenant planche à neige.
J’ai écrit deux billets
critiquant la position de l’OQLF :
La victoire des endogénistes, une victoire à la Pyrrhus

