La Presse a
révélé jeudi [23 août] que le candidat dans Charlevoix–Côte-de-Beaupré
avait utilisé le mot « squaw » pour parler des femmes autochtones
dans un balado appelé Les podcasts de garage, en avril 2022. Il
racontait alors que sa mère, qui a eu une carrière de sage-femme, « a
accouché des squaws à Maria, en Gaspésie, qui ne se rendaient pas à
l’hôpital ».
La
Presse, 7 septembre 2026
Il n’en fallait pas plus pour que les prêtres, prêtresses
et autres chaisières du politiquement correct montent aux barricades.
On
peut écouter sur Youtube l’opinion sur ce sujet du journaliste Christian Rioux,
chassé du Devoir dans des circonstances déplorables et qui travaille
maintenant au Journal de Montréal/Québec :
Christian
Rioux a aussi mis en ligne sur la plate-forme Substack un article (cliquer ici)
dont j’extrais ce passage :
[…] ce
mot est utilisé par des auteurs aussi connus que Serge Bouchard (Ils ont
couru l’Amérique — Boréal) et Jacques Poulin (Volkswagen Blues —
Leméac). En France, on le retrouve chez François de La Rochefoucauld-Liancourt,
qui fut un grand pourfendeur de l’esclavage colonial. Jules Verne l’utilise
aussi, cette fois pour plaindre la condition des femmes autochtones.
Même
le chroniqueur originaire de Wendake Louis-Karl Picard-Sioui l’utilise à
plusieurs reprises. Dans l’une de ses chroniques, il évoque notamment ces «
squaws qui se démarquaient du lot par leur gracilité et la finesse de leurs
traits » (Chroniques de Kitchike : la grande débarque publié par la
maison d’édition autochtone Hannenorak, 2017).
Voyons
rapidement comment le mot est traité dans la lexicographie québécoise.
Le Dictionnaire
du français Plus (CEC, 1988) dit que ce « mot amérindien transmis par
l’américain » est vieilli. Il ne mentionne pas de connotation négative.
Pour
le Robert québécois (Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, 1992), c’est
un anglicisme, un « mot amérindien transmis par l’américain ».
Le
Multidictionnaire de la langue française (2021) se contente de noter que le mot
est vieilli.
Citons
maintenant le dictionnaire en ligne Usito qui fait bande à part :
Squaw :
vieilli, souvent péj. Femme autochtone d'Amérique du Nord. REM. L'emploi
du mot squaw est aujourd'hui perçu comme fortement péjoratif, voire raciste.
Des squaws.
Usito
se trouve à reprendre en français le traitement lexicographique du mot squaw en
anglais américain contemporain :
squaw, « now often offensive : an American Indian woman »
(Webster).
La
connotation négative n’existait pas lorsque l’anglais a emprunté le mot aux
langues amérindiennes :
Until relatively recently, the word squaw was used
neutrally in anthropological and other contexts to mean a North American Indian
woman or wife. With changes in the political climate in the second half of the
20th century, however, the derogatory attitudes of the past toward American
Indian women mean that the word cannot now be used in any sense without being
regarded as offensive
(Oxford English Dictionary).
Comme l’a déclaré naguère à La Croix
une des responsables d’Usito, « Dans les dictionnaires provenant de France, la mise en contexte est
européenne. […] C'est acculturant » (5 juillet 2008). N’est-il pas
plus acculturant d’emprunter à des dictionnaires de la langue anglaise la connotation d'un mot ?