La
toute nouvelle édition du Bescherelle québécois, aux éditions Hurtubise,
présente pour la première fois la réforme des accords du participe passé.
Page 159, l’ouvrage « recommande l’invariabilité du participe passé
conjugué avec avoir ». Une mention « que jamais un étudiant ne va
lire pendant ses devoirs », selon Isabelle Laberge, d’Hurtubise, mais qui
provoque la liesse des spécialistes de la langue du Québec, autant que des
courriels inquiets de lecteurs à la maison d’édition.
—Le Devoir, 18
avril 2026
Eh
oui ! il y a un Bescherelle québécois distinct du Bescherelle français. Mon
Bescherelle, que j’ai acheté en 1997 à Paris, précise que ouatcher,
dérincher et clutcher se conjuguent comme aimer. Cela a fait
jaser par ici et l’édition a été retirée du commerce. Peut-être est-ce la
raison pour laquelle l’éditeur teste maintenant ses innovations sur un segment
limité de son marché.
La journaliste
parle de « la liesse des spécialistes de la langue du Québec » à
cette annonce. Je confesse que je ne l’ai pas perçue (perçuE). L’article
ne donne la parole, en tout et pour tout, qu’à deux enthousiastes de la
réforme, « les spécialistes interviewées », une doctorante et une
chroniqueuse estivale du Devoir (dont j’ai critiqué plusieurs textes ces
deux dernières années). On aimerait connaître l’opinion des traducteurs,
réviseurs et autres langagiers. Sans compter celle du tout-venant
(majoritairement négative à en juger par les commentaires publiés sur le site
du journal).
J’ai
déjà présenté le projet de réforme de l’accord des participes passés dans un
billet en 2014 (cliquer ici).
L’enthousiasme
du Devoir pour ce genre d’innovations s’inscrit dans le virage woke qu’il
a pris depuis quelques années. On en a eu un nouvel exemple aujourd’hui même dans
une critique littéraire du supplément Le D Magazine : « Les
phénomènes psychologiques et les réactions émotives en présence se trouvent si
explicitement déchiffrés que l’ouvrage en devient explicatif, ne laissant qu’un rôle passif
au lectorat. » Je me serais attendu à lire : au lecteur. Cette tournure est conforme aux
recommandations sur l’écriture inclusive. Au moins nous a-t-on épargné la formulation
un rôle passif aux personnes liseuses.