dimanche 20 septembre 2026

Archevêchesse in partibus infidelium

 


The Archbishop of Canterbury is facing calls to resign after presenting an interfaith award to a Muslim cleric who had previously praised Osama bin Laden.

Talk TV, 18 septembre 2026

 

Les dictionnaires courants du français n’indiquent pas que le mot évêque est maintenant devenu épicène, même si l’on peut aussi dire femme évêque. Le Wiktionnaire consigne la forme rare évêchesse. Dans l’Antiquité et le Haut-Moyen-Âge, il désignait la femme d’un évêque (les règles sur le célibat ecclésiastique étaient moins strictes). Je n’ai rien trouvé sur une possible archevêchesse. Nos lexicographes n’ont pas abordé les conséquences linguistiques de cette nouveauté. Par exemple, j’ai trouvé cette phrase : « Mgr Mary Irwin-Gibson est devenue hier soir la 12e évêque du diocèse anglican de Montréal. » Peut-on dire Monseigneur en parlant d’une femme ? Maseigneuresse?

En anglais, l’Oxford English Dictionary (OED) nous apprend que « [t]he earliest known use of the noun bishopess is in the late 1600s. OED's earliest evidence for bishopess is from 1699… » Le dictionnaire Collins donne deux sens à bishopess: 1. a bishop's wife, 2. informal a female bishop. Pour le Webster, le mot ne désigne que la femme d’un évêque. Archbishopess est très rare mais le manque de jugement de l’actuelle titulaire du poste de Cantorbéry pourrait le populariser.

lundi 14 septembre 2026

Pisa 2025


La cuvée 2025 des tests PISA vient d’être débouchée [on débouche une bouteille, mais une cuvée ?] […] Dans ce portrait morose, le Québec et le Canada se taillent une place au haut du palmarès des meilleurs pays de l’OCDE, mais les résultats des élèves sondés sont eux aussi en baisse.

Marie-Andrée Chouinard, « Le parent, facteur de la réussite scolaire », Le Devoir, 11 septembre 2026.

Vous n’en saurez pas plus sur les résultats scolaires, le reste de l’éditorial est consacré au rôle des parents

Les tests PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) relèvent de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui sonde périodiquement des élèves de 15 ans dans environ 90 pays pour mesurer l’efficacité des différents systèmes d’éducation.

Selon la presse québécoise, voici les points saillants de l’édition 2026. En mathématiques, le Québec arrive le premier des provinces canadiennes, avec des résultats au-dessus de la moyenne de l'OCDE. En lecture, le Canada se classe au 12e rang mondial, mais le Québec se situe légèrement sous la moyenne canadienne.

J’ai trouvé le classement des pays dans une vidéo (de CNews) sur Youtube :

 


Attardons-nous à la situation de la France. Elle reste globalement dans la moyenne des pays de l'OCDE, mais atteint ses niveaux les plus bas depuis 2000. Elle est au vingt-septième rang, loin derrière le Canada (neuvième). Certains commentateurs ont attribué ces mauvais résultats au système du collège unique mis en place en 1975. L’objectif était de regrouper tous les élèves du secondaire dans un même type d'établissement et de leur dispenser un enseignement commun, supprimant ainsi les filières séparées.

À l’heure où les critiques fusent sur le système scolaire québécois « à trois vitesses », il vaut sûrement la peine d’étudier les conséquences de l’imposition du collège unique en France. Dès le départ, des parents ont perçu de possibles conséquences néfastes. C’est ainsi qu’une linguiste parisienne m’avait à l’époque confié qu’avec d’autres parents elle avait fait le choix pour son fils de l’allemand et du russe comme langues vivantes plutôt que de l’anglais et de l’espagnol comme la majorité des autres parents. Le rejeton était ainsi assuré de se trouver dans une classe d’élèves brillants. Et elle ajoutait : aujourd’hui, il travaille aux États-Unis. Quand on maîtrise déjà l’allemand et le russe, l’acquisition de l’anglais n’est pas un problème insurmontable.

On raconte souvent que le Québec se distingue des autres provinces par le grand nombre de ses écoles privées. C’est vite oublier que le choix de l’immersion française créait de fait une filière d’excellence au sein des écoles publiques du reste du pays – comme les programmes sports-études ou musique-études le font dans les écoles québécoises.

 

 

lundi 7 septembre 2026

Squaw est-il un mot raciste?


La Presse a révélé jeudi [23 août] que le candidat dans Charlevoix–Côte-de-Beaupré avait utilisé le mot « squaw » pour parler des femmes autochtones dans un balado appelé Les podcasts de garage, en avril 2022. Il racontait alors que sa mère, qui a eu une carrière de sage-femme, « a accouché des squaws à Maria, en Gaspésie, qui ne se rendaient pas à l’hôpital ».

La Presse, 7 septembre 2026

Il n’en fallait pas plus pour que les prêtres, prêtresses et autres chaisières du politiquement correct montent aux barricades.

On peut écouter sur Youtube l’opinion sur ce sujet du journaliste Christian Rioux, chassé du Devoir dans des circonstances déplorables et qui travaille maintenant au Journal de Montréal/Québec :

 


Christian Rioux a aussi mis en ligne sur la plate-forme Substack un article (cliquer ici) dont j’extrais ce passage :

[…] ce mot est utilisé par des auteurs aussi connus que Serge Bouchard (Ils ont couru l’Amérique — Boréal) et Jacques Poulin (Volkswagen Blues — Leméac). En France, on le retrouve chez François de La Rochefoucauld-Liancourt, qui fut un grand pourfendeur de l’esclavage colonial. Jules Verne l’utilise aussi, cette fois pour plaindre la condition des femmes autochtones.

Même le chroniqueur originaire de Wendake Louis-Karl Picard-Sioui l’utilise à plusieurs reprises. Dans l’une de ses chroniques, il évoque notamment ces « squaws qui se démarquaient du lot par leur gracilité et la finesse de leurs traits » (Chroniques de Kitchike : la grande débarque publié par la maison d’édition autochtone Hannenorak, 2017).

Voyons rapidement comment le mot est traité dans la lexicographie québécoise.

Le Dictionnaire du français Plus (CEC, 1988) dit que ce « mot amérindien transmis par l’américain » est vieilli. Il ne mentionne pas de connotation négative.

Pour le Robert québécois (Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, 1992), c’est un anglicisme, un « mot amérindien transmis par l’américain ».

Le Multidictionnaire de la langue française (2021) se contente de noter que le mot est vieilli.

Citons maintenant le dictionnaire en ligne Usito qui fait bande à part :

Squaw : vieilli, souvent péj. Femme autochtone d'Amérique du Nord. REM. L'emploi du mot squaw est aujourd'hui perçu comme fortement péjoratif, voire raciste. Des squaws.

Usito se trouve à reprendre en français le traitement lexicographique du mot squaw en anglais américain contemporain :

squaw, « now often offensive : an American Indian woman » (Webster).

La connotation négative n’existait pas lorsque l’anglais a emprunté le mot aux langues amérindiennes :

Until relatively recently, the word squaw was used neutrally in anthropological and other contexts to mean a North American Indian woman or wife. With changes in the political climate in the second half of the 20th century, however, the derogatory attitudes of the past toward American Indian women mean that the word cannot now be used in any sense without being regarded as offensive (Oxford English Dictionary).

Comme l’a déclaré naguère à La Croix une des responsables d’Usito, « Dans les dictionnaires provenant de France, la mise en contexte est européenne. […] C'est acculturant » (5 juillet 2008). N’est-il pas plus acculturant d’emprunter à des dictionnaires de la langue anglaise la connotation d'un mot ?

 

 

 

mardi 1 septembre 2026

Cabouron

 

 

« Nos règlements n’auraient jamais permis ça. » C’est la consternation, au Kamouraska, devant le dynamitage qui a éventré une partie du cabouron de Saint-Denis-de-la-Bouteillerie, face au fleuve.

Le Soleil, 1er septembre 2026

 

Le Cap-au-Diable de Saint-Denis-de-la-Bouteillerie arbore maintenant une profonde cicatrice. Des travaux ont laissé un trou béant à même le roc de la colline.

Radio-Canada Info, 31 août 2026

 

Les médias « de grand chemin » (mainstream) seraient-ils à la traîne ? Le Placoteux, gazette du Kamouraska, avait publié la nouvelle le 25 août.

Qu’est-ce qu’un cabouron ? Le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF) le définit ainsi : « [Québec] Inselberg de forme relativement arrondie, caractéristique des paysages de la région du Kamouraska, au Bas-Saint-Laurent. » Une note précise : « D'un point de vue topographique, les cabourons pourront être catégorisés notamment comme des buttes ou des collines, voire des monts, selon la proéminence de leur sommet.»

Il y a une seconde note :

Le terme cabouron, que certaines sources rattachent à cap « tête », pris au sens figuré de « sommet », était courant un peu partout au Québec avant de tomber en désuétude vers les années 1970. Il a été repris par des associations de citoyens du Kamouraska dans les années 1990 pour référer à diverses élévations rocheuses de la région jusqu'alors désignées par des termes distincts (butte, colline, inselberg, monadnock), mais qui présentaient des similarités dans leur aspect.

Le vieux Glossaire du parler français au Canada (1930) ajoute deux autres sens :

 


Les mots cabouron et monadnock sont absents du dictionnaire en ligne Usito. Je l’ai déjà fait remarquer, Usito rend mal compte des usages régionaux du français au Québec.

 

Photo: Pierre Trudel

 

dimanche 30 août 2026

Salade de fin d’été


Samedi passé paraissait dans Le Devoir la dernière chronique de la « bien-aimée rubrique Point de langue ». Elle était intitulée « Le changement linguistique est-il un progrès ou une dégénérescence ? ». Titre trompeur. Même si la chroniqueuse mentionne en passant l’enseignement de la nouvelle grammaire ou la question des anglicismes, son discours est centré sur l’orthographe et sa réforme. On est loin de ce que l’on entend normalement par changement linguistique.

Le changement linguistique est l’évolution d’une langue au fil du temps, par exemple comment on est progressivement passé du latin au français. J’ai trouvé sur Internet un curieux document produit par l’Université Concordia où on lit : « La perspective structuraliste de la linguistique contemporaine considérant la langue comme immuable, l'étude du changement linguistique fut longtemps reléguée à un second plan. » Je ne comprends pas comment on peut enseigner une telle sottise. Pourtant, dès le début du document, on cite Ferdinand de Saussure, précurseur du structuralisme soit, mais surtout à son époque connu pour ses travaux en « grammaire comparée », qui est l’ancien terme pour désigner l’étude de l’évolution des langues (par exemple, la grammaire comparée des langues indo-européennes). La recherche sur l’évolution des langues a été particulièrement active au xixe siècle et a dominé la linguistique jusque dans les années 1930. La chroniqueuse du Devoir n’aborde en aucun cas l’évolution de la langue française. Pourtant en la matière les travaux abondent, depuis ceux de Friedrich Diez (1794-1876) et de Gaston Paris (1839-1903).

La chroniqueuse aurait pu écrire sur l’évolution du français au Québec depuis l’adoption des lois linguistiques des années 1970. Évolution externe : comment on a géré les rapports du français et de l’anglais dans les entreprises et les commerces (évolution du bilinguisme). Évolution interne : comment des mots français ont remplacé des mots anglais (changement terminologique), comment les politiques linguistiques ont influencé la langue parlée au Québec (plus grande standardisation ? apparition d’une norme endogène ?), comment les médias, le film parlant d’abord, puis la radio, la télévision, les nouvelles technologies de l’information ont modifié la langue parlée. Au lieu de tout cela elle se focalise sur l’orthographe. Elle a elle-même intériorisé ce qu’elle dénonce, « le fait que la langue, c’est l’orthographe ».

Autre marotte de la chroniqueuse, l’affirmation que les modifications dans les programmes de français « s’appuient sur la science ». C’est-à-dire la science (bien molle) produite dans les facultés des sciences de l’éducation. Le récent scandale de Cambridge montre bien qu’il faut se méfier des savoirs émanant de ces institutions. Je ne peux, une fois de plus, que conseiller la lecture de La pédagogie du vide : Critique du discours pédagogique contemporain (Hervé Boillot et Michel Le Du, PUF, 1993).

En terminant, je ne résiste pas à citer un passage digne des grands auteurs endogénistes : « épauler ses enfants avec leurs devoirs ». Il aurait été tellement plus simple d’écrire les aider dans leurs devoirs.

 

mardi 25 août 2026

L’écriture woke ou l’art de la salade composée


Au cours de mes recherches sur l’affaire Jason Arday, le professeur de Cambridge accusé de plagiat, je suis tombé sur une vidéo, courte mais éloquente, dénonçant le langage jargonnant utilisé dans les sciences sociales. Cela m’a rappelé les critiques de la langue des endogénistes québécois dans Le maquignon et son joual de Diane Lamonde.

Je n’ai pas réussi à trouver le nom de l’auteur de la vidéo. Je crois que ce doit être une ancienne enseignante.

Pseudo-Academic Gobbledegook

https://www.youtube.com/watch?v=9wllIfYrMek

(Preuve de son honnêteté intellectuelle, elle s’est par après rendu compte qu’elle avait commis une erreur dans une explication étymologique et elle a immédiatement publié une vidéo de correction.)

J’ai aussi bien aimé son explication, en fait sa traduction en anglais normal, d’un paragraphe de la star du féminisme Judith Butler :

Gibberish and Judith Butler

https://www.youtube.com/watch?v=4fmKxV3sjv8&t=244s


lundi 24 août 2026

De toi à vous


Profitons du « temps [encore] doux [qui] ramène dans son sillage la bien-aimée rubrique Point de langue » du Devoir pour commenter la chronique du week-end dernier. La table est mise par cette citation de l’essai États d’âme, états de langue : « Plus qu’à taper sur une rondelle avec un bâton, le véritable sport national des Québécois consiste à parler de la langue. » Pourquoi alors contribuer à alimenter un phénomène que l’on semble déplorer ?

La bien-aimée chroniqueuse revient aux livres de Georges Dor décriant le français parlé au Québec et auquel l’essai États d’âme, états de langue constituait une réplique arrogante basée sur le « savoir expert » d’une caste d’universitaires (sur ce thème, voir mes billets « Retour en arrière » et « Non, il n’est rien que Nadine n’ignore »). Et elle enchaîne avec le discours convenu sur la variation linguistique. Rien de bien intéressant.

Le même numéro du Devoir nous offrait un plat (en apparence) plus substantiel, un article sur l’obligation pour les élèves de vouvoyer leurs enseignants. Extrait d’« On est tu vraiment rendus là ? » :

Imposer aux élèves de vouvoyer leurs enseignants, donc de leur interdire de les tutoyer, n’engendrera pas les effets miraculeux espérés. Les répercussions de cette restriction langagière se feront ressentir sur le plan linguistique plutôt que comportemental. Ce ne sera pas seulement le vil pronom à la deuxième personne du singulier qui se trouvera dans la ligne de mire, mais aussi ses malheureux homophones. En fait, le vernaculaire français québécois comprend trois « tu » : le pronom, la particule interrogative et la particule exclamative. Cette distinction est largement incomprise et même mal aimée.

« Distinction largement incomprise » : nous revoilà dans le savoir expert.

Les deux auteurs, un (ou une ?) « étudiant.e au deuxième cycle, bachelière en linguistiques » (j’imagine que ce pluriel souligne la non-binarité de la linguistique) et un professeur de linguistique (sans doute binaire parce qu’au singulier), tous les deux de l’Université Concordia, dénoncent le projet du ministère de l’Éducation d’imposer aux élèves le vouvoiement lorsqu’ils s’adressent à leurs enseignants.

Pour les auteur.e.s. ou auteurices, le « règlement contribue à la stigmatisation du vernaculaire français québécois chez les enfants ». Ils vont même jusqu’à écrire qu’ « apprendre aux élèves les subtilités de leur langue n’aidera pas à les civiliser ». On se croirait encore au temps du rapport Durham.

La langue et le style de ce texte mériteraient des commentaires. Je me contente de donner quelques exemples de cette prose de sachants :

La restriction langagière sur tout « tu » entraîneras (sic) les élèves à les éviter même à l’oral par peur de représailles.

Cette mesure est en fait complètement disloquée de son but…

Chercher à légiférer la parlance des enfants, surtout sur un territoire où l’insécurité linguistique règne, est sévèrement impertinent.

Si la ministre LeBel insiste [= persiste] à maintenir cette clause en place, peu importe son incongruence, alors les cours de français au Québec devraient comprendre de la matière sur la nature des multiples « tu » du vernaculaire français québécois.

Alors que le système d’éducation au Québec est en pleine hémorragie, ce n’est pas un simple « becquer bobo » de la part du gouvernement qui suffira à colmater la plaie (sic).

Comme les signataires travaillent dans une université anglophone, j’ose leur suggérer de passer de la parole aux actes et d’introduire dans leur établissement l’ancien tutoiement anglais : thou art a scholar, to thine own self be true.

 

Extraits de commentaires mis en ligne par des lecteurs :

Marc Therrien

Le tutoiement étant une notion assez élémentaire en français, il est surprenant de voir dans ce texte des utilisations du "tu" qui pourraient selon les auteurs être confondues avec du tutoiement alors qu'il est évident que les énoncés cités en exemple n’en comportent aucune marque.

Ce texte est un exemple qui montre les limites possibles de la surexpertise savante qui peuvent être rencontrées sur les chemins de traverse de la vie universitaire : à force de soumettre à l’analyse savante un phénomène que les locuteurs maîtrisent intuitivement, on peut finir par perdre de vue une distinction élémentaire que le sens commun ne peine pourtant pas à établir.

Patrice Boileau

On enseigne deux langues aux écoliers dès la première année du primaire depuis quelques années sous prétexte qu'ils en ont la capacité intellectuelle. Difficile ainsi de croire que l'imposition du vouvoiement sèmera la confusion dans l'esprit des jeunes.