mardi 25 novembre 2014

Du plan quinquennal au plan stratégique


L’Union soviétique avait lancé en 1928 son premier plan quinquennal. Les plans quinquennaux visaient une productivité économique maximale et annonçaient des lendemains qui chanteraient. Il suffisait de voir les queues devant les magasins pour se convaincre des résultats triomphaux obtenus dans la construction du socialisme. Comme on disait à l’époque, С каждым днем все радостнее жить, chaque jour chacun est un peu plus heureux.


Bien avant la chute du mur de Berlin, nos gestionnaires ont repris l’idée du plan quinquennal sous l’appellation de plan stratégique. Le simple fait que j’ai commencé mon billet en évoquant l’URSS montre assez bien ce que je pense de ces documents creux. Mais rien ne vaut des exemples.

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Le rapport qui devait être publié dans l’année financière 2013-2014 (donc avant le 1er avril 2014), ne l’a pas été : sur ce sujet, voir mon texte « Bilan de la situation linguistique : l’OQLF a-t-il respecté la loi ? »

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Dans le Plan stratégique 2013-2016 de l’OQLF, on ne trouve plus que ces indications sommaires sur le bilan de la situation linguistique que la loi l’oblige à produire à tous les cinq ans (article 160 de la Charte de la langue française) :



L’Office n’indique pas le «nombre et la nature des activités réalisées » ni le « nombre et la nature des indicateurs produits ». Dire que pendant la dernière campagne électorale ceux qui sont aux affaires aujourd’hui nous promettaient la transparence…


En 2010, l’Office avait mis en ligne son plan de travail pour évaluer l’évolution de la situation linguistique sur la période 2008-2013. Répétons-le : nous n’avons aucune information sur la programmation 2013-2018.

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Innovation intéressante dans le Plan stratégique 2013-2016 : plutôt que de proposer de traiter un plus grand nombre de plaintes dans un délai plus court, l’Office nous annonce qu’il a pour objectif de diminuer les plaintes, au motif que beaucoup ne sont pas fondées. Quelle logique est-ce donc ? Si une plainte n’est pas fondée, on clôt l’affaire et on passe à autre chose. Et ça fait un dossier de réglé de plus dans les statistiques.


Déjà que des associations comme l’Asulf et Impératif français font pour une bonne part le travail de l’Office en présentant annuellement des centaines de plaintes. Veut-on les démobiliser ? Pourtant, p. 15, le document affirme : « L’Office doit […] miser sur des relais pour prolonger et décupler son action, souvent dans des couches de la société qu’il ne saurait atteindre ».

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Je ne peux m’empêcher de relever cette curieuse formulation du Plan stratégique 2013-2016 de l’Office québécois de la langue française :

L’Office doit sensibiliser directement les citoyens et citoyennes tout comme les entreprises pour les associer au processus de francisation. Il peut aussi les atteindre par l’intermédiaire des groupes et des associations dans lesquels ils s’insèrent ou qui les encadrent, de manière à multiplier la force de son action. (p. 14)


Des citoyens et des entreprises qui s’insèrent dans des associations…

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Le Plan stratégique 2013-2016 a été déposé en septembre 2014, a-t-on pu lire sur le site de l’Office. On peut penser que les élections d’avril expliquent le retard à présenter le plan à l’Assemblée nationale. Mais il ne peut justifier qu’on ne l’ait pas mis à jour. Par exemple, p. 19, on indique au sujet de la fréquentation du site Web de la Commission de terminologie, « La cible de cet indicateur sera fixée d’ici au 31 mars 2014 ». Ou encore p. 21, au sujet du capital humain : « La cible de cet indicateur sera fixée d’ici au 31 mars 2014 ». Il me semble qu’on aurait pu communiquer aux élus en septembre la teneur des cibles définies six mois plus tôt.

mercredi 19 novembre 2014

Usito et la concordance des temps


Extrait de l’Infolettre Usito de novembre :


Selon que vous vouliez désigner un véhicule qui pousse la neige ou qui la souffle, et selon le registre de langue que vous choisissiez d’utiliser, vous avez donc à votre disposition différentes possibilités.

Et dire que ça a la prétention de nous apprendre à écrire le français !


mardi 18 novembre 2014

L’animisme d’Usito


Animisme : tendance qu’ont les enfants à considérer les choses comme animées et à leur prêter des intentions.
– Larousse en ligne

Dans l’Infolettre Usito de novembre, il y a un article intitulé « La neige est à nos portes… » où on peut lire cette perle : « Dans toute la francophonie, la déneigeuse est le véhicule qui procède à l’enlèvement de la neige. » Diane Lamonde, bête noire des endogénistes (Le maquignon et son joual, Anatomie d’un joual de parade), m’envoie ce commentaire : « elle fait ça, toute seule, comme une grande ! »



« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? »

lundi 3 novembre 2014

Formation des maîtres, dites-vous ? /2


Année après année, les futurs professeurs formés sur les bancs de nos universités échouent par dizaines au test de français (TECFEE) obligatoire pour la poursuite de leurs études au baccalauréat en enseignement. Au printemps dernier, un rapport de recherche présenté au congrès de l’ACFAS soulignait que de nombreux jeunes enseignants éprouvent des difficultés telles que certains affirment devoir s’appuyer sur des correcteurs informatiques lorsqu’ils communiquent avec les parents de leurs élèves.
— Pierre-Luc Brisson, « La fin de l’instruction », Le Devoir, 3 novembre 2014



Lire le premier billet sur ce thème en cliquant ici.

jeudi 30 octobre 2014

Bris d’eau


 
Le Soleil, 29 octobre 2014

Le 28 octobre, rupture d’une conduite d’eau principale à Québec, présentée dans plusieurs médias comme un « bris d’aqueduc ». Le lendemain, sur Radio-Canada Première, j’entends le chef d'antenne Jacques Beauchamp parler d'un « bris d'eau à Québec ». Évidemment, il fallait s'y attendre, « bris d'eau » est une traduction littérale de l'anglais. Voici ce que j'ai trouvé sur Internet :

Water breaks are common on older infrastructure due to ground shifting or deterioration of the pipe material and fittings. (site de la ville de Lloyminster située à cheval sur la frontière de l’Alberta et de la Saskatchewan)
Boil Water After a Water Break (site de la ville d’Athens en Ohio)
Sunset Boulevard reopens after huge UCLA water break (titre du Washington Post, 4 août 2014)


mercredi 29 octobre 2014

Lettre d’une ex-terminologue de l’OQLF


Le Devoir publie aujourd’hui une lettre de Monique Héroux sur la qualité de la langue. Mme Héroux est l’une des signataires du manifeste « Au-delà des mots, les termes » d’un groupe d’anciens terminologues de l’Office québécois de la langue française (OQLF).


lundi 27 octobre 2014

Le fond du panier


Libération, 27 octobre 2014


L’entreprise Caddie qui fabrique des chariots de supermarché fait parler d’elle ces jours-ci. Occasion pour moi de dénoncer une nouvelle fois la fiche « panier d’épicerie » que le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française s’acharne à donner comme équivalent de l’anglais shopping cart / trolley. Occasion aussi pour moi de rappeler les contradictions de l’OQLF.


Car on ne trouve que chariot d’épicerie dans le Vocabulaire illustré des chariots, des roues et des roulettes de manutention publié par le même Office « en collaboration avec les milieux de l’ingénierie, de la terminologie et de la traduction ainsi que les Presses internationales Polytechnique ». On peut même y lire la remarque suivante qui met en garde contre l’utilisation de panier d’épicerie à la place de chariot d’épicerie : « le terme panier d’épicerie, qui est parfois utilisé pour désigner le chariot d’épicerie, correspond plutôt à un type de panier qui sert à l’achat de marchandises en petite quantité ».


De plus, le Lexique panlatin des chariots de manutention, publié lui aussi par l’Office, n’a pas panier d’épicerie mais seulement chariot d’épicerie. Ce lexique a été publié en collaboration avec l’École polytechnique de Montréal et avec des universités de la Belgique, de la Catalogne, de l’Espagne, de l’Italie, du Mexique et de la Roumanie.


Lire aussi le billet « L’orientation de l’usage et la désorientation des usagers : nouvelle illustration »

 
Le Monde, 27 octobre 2014

Bis repetita placent

GDT, fiche « panier d'épicerie »


Le GDT croit-il donner plus de poids à sa remarque (par ailleurs inepte) en la répétant ?


Remarque inepte parce qu’il est normal de réduire un terme complexe dans la vie courante. Cela va tellement de soi que les dictionnaires ne l’indiquent pas (sauf le GDT, bien sûr, mais de manière peu systématique).