On peut lire dans le Devoir
de ce jour un texte de Suzanne G. Chartrand et Georges Legros intitulé « Pour une réforme cohérente du participe passé employé avec l’auxiliaire avoir ».
Les auteurs mentionnent un article de Philippe Barbaud, paru dans le même
journal et qui avait échappé à mon attention. Ne serait-il paru que dans l’édition
électronique ? Dans ce cas, on aurait affaire à la même stratégie que
celle utilisée pour réduire l’impact de la lettre de protestation contre le congédiement
de Chritian Rioux : on ne censure pas, on invisibilise un peu les
positions qui déplaisent à certains lobbys.
Le texte de Ph. Barbaud,
« Une réforme antiféministe de l’accord du participe passé »,
commence par ce paragraphe :
Le
Devoir nous apprenait ces jours-ci la publication du
« nouveau Bescherelle » de facture québécoise, dans lequel on
recommande l’invariabilité du participe passé (PP) conjugué avec l’auxiliaire
avoir. L’article signale ouvertement « la liesse des spécialistes de la
langue du Québec » en mentionnant un certain nombre d’organismes voués à
la réforme de l’orthographe de notre langue. Je note que les spécialistes en
question s’adonnent au militantisme identitaire de leur cause sociale sans que
leurs propositions aient été soumises à la contre-expertise des autres
spécialistes qui ne partagent pas leur point de vue.
Ph. Barbaud a été
victime de la désinformation du premier article paru sur le sujet le 18 avril
et qui ne sera corrigée que le 24 avril : le Bescherelle nouveau ne fait
que mentionner le projet de réforme, sans l'approuver.
Je note l’accusation de
militantisme identitaire et la constatation que le projet de réforme n’a pas
été soumis à une contre-expertise. Chartrand et Legros se contentent de
répondre que « la critique du linguiste Philippe Barbaud […] repose
sur une lecture très discutable de cette proposition de réforme. »
Discutable en quoi, on ne le saura pas. On ne saura pas en quoi
Ph. Barbaud a tort quand il écrit que la réforme se base « sur des
données empiriques défaillantes. En effet, dans le document du Conseil de la
langue française et de la politique linguistique [de Belgique], presque tous
les exemples qui servent à illustrer l’invariabilité du PP [= participe passé]
sont le fait des verbes du 1er groupe […]. »
Ph. Barbaud souligne
par ailleurs l’attitude contradictoire de « femmes partisanes de
l’écriture inclusive [qui] revendiquent la visibilité du féminin en prônant une
écriture pointée comme, par exemple, les gens sont parti.e.s ou encore Québécois.e.s. »
Un mot maintenant sur le
texte publié aujourd’hui par deux croisés de la réforme. Ils rejettent du
revers de la main les réactions outrées des lecteurs de l’article paru le 18 avril :
« On pouvait s’attendre à une déferlante de protestations de la part de
lecteurs du journal. Les commentaires, souvent violents, ne présentent
cependant pas d’arguments fondés sur la science linguistique au sujet du
système de la langue écrite. » Réaction typique des « sachants » :
vous avez beau être des locuteurs et des scripteurs, votre opinion ne compte
pas, nous savons ce qui est bon pour vous.
Un des arguments invoqués
pour justifier l’opportunité des rectifications orthographiques de 1990 était
que les accents (aigu, grave, circonflexe) rendaient difficile la prise en
charge du français en informatique. Et cela alors que les travaux du standard
Unicode avaient commencé en 1988 et que le Consortium Unicode publiait sa version
1.0 en octobre 1991 : quand l’informatique permet d’écrire le géorgien, l’arménien,
le russe, sans oublier les langues asiatiques, on comprend mal le problème que
peuvent présenter les accents du français. Le français serait-il dans la
situation du klingon (langue extra-terrestre de Star Trek) dont les caractères ne
sont pas officiellement encodés dans le standard Unicode principal ?
On peut se demander si, avec
le projet de réforme des accords de participe passé, nous ne sommes pas encore
un métro (informatique) en retard. L’intégration de l’intelligence artificielle
dans les correcteurs orthographiques, les traducteurs automatiques, etc., pourrait
rapidement rendre quasi inutile cette réforme.
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