vendredi 5 octobre 2012

Le québécois standard illustré par l’exemple / 6



Il y a longtemps que je n’ai pas écrit de billet sur le thème de la langue québécoise standard, plus d’un an en fait. C’est le sous-titre suivant d’un article du Devoir du 4 octobre qui me ramène à ce thème :

Dominic Champagne s’entretient sur son acclamée pièce Tout ça m’assassine reprise à la Cinquième Salle, son travail, son rôle d’humain.


« Son acclamée pièce », c’est de la même eau que « la romaine patrouille ».

Source : http://www.cbc.ca/news/arts/story/2012/07/06/exorcist-play-geffen-los-angeles.html

jeudi 4 octobre 2012

Comment peut-on affirmer à la fois une chose et son contraire ?


Dans le supplément que le Devoir consacrait aux dictionnaires (29-30 septembre 2012), l’une des responsables du dictionnaire Franqus affirmait :

«Toutes les définitions sont de notre cru, nous n’avons rien emprunté aux autres dictionnaires. De même, les citations que nous donnons en exemples proviennent en très grande majorité d’auteurs québécois.»


La même personne affirmait cinq ans plus tôt dans un colloque tenu à Trèves :

« Une entente particulière avec le Trésor de la langue française de Nancy nous permet par ailleurs de nous appuyer sur les bases de données de l’ATILF et du TLFi pour les renseignements d’ordre étymologique, les citations littéraires d’auteurs français (Frantext) et certaines définitions de mots ou de sens auxquels ne se greffe aucune spécificité québécoise[1]. »




[1] Français du Canada, français de France VIII, Actes du 8e colloque international de Trèves (12 au 15 avril 2007), Niemeyer, Canadiana Romanica, 2009  p. 121.

mardi 2 octobre 2012

Publier en temps de crise






Les négociations qualifiées de «la dernière chance» ont échoué. La ministre de l’Éducation Michelle Courchesne a choisi de quitter la table de négociations en début d’après-midi, soulevant l’ire des représentants des associations étudiantes.
Le Devoir, 31 mai 2012



Une heure et demie plus tard, on voyait la ministre en point de presse, lisant un texte. Les logographes contemporains travaillent de façon beaucoup plus rapide qu’Isocrate (Ve-IVe siècle av. J.-C.), c’est le moins que l’on puisse dire. Car on ne peut tout de même pas imaginer l’invraisemblable, que le discours était prêt avant la rupture des négociations.


Cela se passait le 31 mai. Le lendemain, 1er juin, l’Office québécois de la langue française publiait une flopée d’études sur la langue du commerce. Coïncidence malheureuse, l’actualité de la veille éclipsant presque totalement la publication des rapports de l’Office, ce qui n’était sûrement pas l’objectif recherché. Surtout qu’il y avait des rumeurs d’élections générales et que les études donnaient du grain à moudre à ceux qui affirmaient depuis des années que le français est en recul à Montréal.


Dans les semaines prochaines, je compte publier des commentaires sur ces études, tout en traitant parallèlement d’autres thèmes.

mercredi 19 septembre 2012

Les savates du savetier


Comme j’ai déjà publié un billet intitulé « Les chaussures du cordonnier », je dois me rabattre sur le savetier dans mon titre.

Dans une fiche du GDT de 2007 on lit la note : « La forme chercheure ne respecte pas la règle de formation du féminin des mots en -eur. Elle ne doit donc pas être utilisée.»

Pourtant, dans une des études publiées par l’OQLF le 1er juin dernier, on trouve le féminin chercheure…

vendredi 14 septembre 2012

Le grain de sable de la plage urbaine dans l’engrenage d’une définition terminologique


Depuis son lancement récent, le nouveau Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française met régulièrement trois fiches sous la lumière des projecteurs. On peut penser qu’il s’agit de trois fiches remarquables. L’une des trois fiches qui viennent d’être ainsi mises en vedette est effectivement remarquable. Il s’agit de la fiche plage urbaine.


Voyons la définition de plage urbaine : « Espace de détente aménagé en milieu urbain, qui recrée l'ambiance et le décor de la plage en ville et qui peut comprendre des jeux d'eau et diverses installations. ». Vous avez bien lu : espace … qui recrée l’ambiance et le décor de la plage en ville. Une plage urbaine est donc… une plage en ville ! La définition n’est plus une paraphrase synonymique mais une paraphrase tautologique.

Extrait de la fiche plage urbaine du GDT


Évidemment, il fallait écrire : espace de détente… qui recrée EN VILLE l’ambiance et le décor d’une plage.

jeudi 13 septembre 2012

On se fait les stéréotypes que l’on peut


« Non, assurément, la France n'est pas aimée en Algérie, même si sa langue, résistant à l'arabisation au rabais des seventies, continue à être pratiquée par des Algériens, considérés à juste titre comme de meilleurs francophones que les Québécois. »

Citation tirée d’un texte, au titre curieux, d’El Houari Dilmi, « La langue algérienne n'appartient pas qu'aux Français ! » paru dans Le Quotidien d’Oran, 13 septembre 2012

mardi 4 septembre 2012

L’avis mal avisé du CSLF


C’est fait, le Parti québécois revient aux affaires. On peut s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses en matière de défense du français. Mais pourra-t-il tenir celle d’abolir le libre choix de la langue d’enseignement au cégep ? Il se heurtera à l’avis du Conseil supérieur de la langue française qui recommande le maintien du libre choix. Avis qui a du plomb dans l’aile depuis que l’on sait que certaines statistiques sur lesquelles il s’appuie sont erronées. Rappelons les faits.

Dans son avis, le Conseil constate que les allophones fréquenteraient de plein gré le cégep français dans une proportion de 64,2 % (selon des données fournies par le ministère de l’Éducation). Or, on a appris depuis que la proportion est plutôt de 51,5 % (voir mon billet Seulement une bataille de chiffres, vraiment ?). Le Conseil a beau affirmer qu'« il convient de souligner que l'avis ne reposait pas sur ces seules données statistiques. Les principaux constats présentés dans l'avis du CSLF demeurent les mêmes, pour l'essentiel », il n’en demeure pas moins qu’il y a une bonne différence entre « guère plus de la moitié » et « presque les deux tiers ». Quoi qu’en dise le Conseil, la donnée erronée de 64,2 % a pesé dans la balance.


Le nouveau ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française devra demander au Conseil supérieur de la langue française et au ministère de l’Éducation de lui rendre des comptes.