jeudi 27 février 2014

Burqa burka burqua ou bourqua : Un deuxième commentaire


Pour lui donner plus de visibilité, je publie un deuxième commentaire que j’ai reçu concernant mon billet sur la burqa.


Burqa est une forme « exceptionnelle », justement inacceptable pour cette raison.


J’aime bien comment, en quelques mots, le Petit Robert affirme sans détour aux entrées « Q » et « K » (la lettre) que le « q » est toujours suivi du « u » et que la lettre « k » sert à rendre lisibles des mots grecs, slaves, germaniques ou orientaux. Translittérer est utile pour « illustrer » grosso modo la graphie ou la prononciation d’un mot étranger. Si on souhaite cependant apporter un nouveau terme au lexique français et enrichir la langue sans justement y apporter de nouvelles exceptions orthographiques* du type « burqa », mieux vaut se mettre à la terminologie en pensant dérivation et flexions normales du français.


Gaston Bergeron
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*Les Rectifications de 1990 déconseillent cette voie des exceptions orthographiques dans les créations lexicales. Ainsi que donnerait donc burqa : burqalisme, burqalité, burqaliser, burqaphile ? Bref, des exceptions à la tonne !



mardi 25 février 2014

Burqa, burka, burqua ou bourqua ? Un commentaire


J’ai reçu un commentaire intéressant concernant mon texte sur la burqa. Comme ce commentaire a été mis en ligne trois jours après la publication de mon billet et qu’il risque de passer inaperçu, je me permets de le reproduire ici.


Intéressant la translittération, mais les objectifs de la recherche terminologique ne sont pas les mêmes.

La translittération a pour but de permettre la « lecture » (le décodage) des mots étrangers en leur donnant une forme écrite approximative dans la langue d’arrivée. Elle est parfois arbitraire (la lettre v = f en russe; le v = u en latin ; etc.). La graphie rendue ne peut qu’accidentellement donner une équivalence lexicale correspondant à l’orthographe et à la morphologie de la langue réceptrice. Ex : burqa = translittération.


Ayant pour but l’enrichissement lexical, la recherche terminologique (la raison d’être du GDT) relève d’une méthode linguistique établie qui, appliquée, va plus loin que la simple translittération en cherchant à fournir un équivalent au terme étranger qui soit le plus parfaitement intégré au nouveau système linguistique (la langue réceptrice). À partir d’une recherche sur la forme et le sens, la terminologie permet d’en arriver à la proposition d’un terme équivalent au mot étranger, soit à partir d’un terme déjà existant, soit par l’adaptation de la forme étrangère ou par la création d’un nouveau terme. Ex. : bourqua ou burqua = intégration et adaptation.

Le plus désolant dans cette histoire, c’est qu’une personne ou une autorité a modifié une fiche diffusée dans le GDT depuis deux ans (+ ou -) et dont les graphies privilégiées étaient les formes les plus adaptées au système du français (burqua ou bourqua, selon la prononciation) pour privilégier une graphie faiblement adaptée (burka*1) et surtout pour diffuser une graphie qui n'est pas conforme à l'orthographe française (burqa*2). Cette modification est contraire au principe d’orientation de l’usage de l’OQLF et se trouve en contradiction nette avec la Politique de l'emprunt linguistique de l'Office dont un des grands principes directeurs est l'adaptation des emprunts au système du français, notamment à l'orthographe (http://www.granddictionnaire.com/Politiques_guides.aspx).

Ce qui étonne également, c’est la note de la nouvelle fiche : « Ces deux graphies (burka et burqa) sont bien implantées dans l'usage standard ».

Or, toute personne qui a un minimum de connaissances en linguistique sait qu’il n’existe pas encore de norme d’usage pour les nouvelles graphies qui correspondent à un terme étranger récemment attesté dans une langue. La prolifération des formes en témoigne, comme dans le cas de burqua. On trouve : burqua, bourqua, burqa, bourqa, burka, bourka. Cette trop grande prolifération crée une confusion et rend difficile l’enseignement, l’apprentissage et la maîtrise du français, d’où l’obligation d’orienter l’usage en privilégiant des formes qui peuvent s’intégrer à la langue française, une nécessité absolue dans un contexte de francisation et d’aménagement linguistique. En diffusant dans le GDT une fiche qui invalide les résultats d’une recherche soumise à cet impératif, l’OQLF n’a assurément pas compris toute l’importance de son rôle d’orientation de l’usage.

Christiane Loubier
Linguiste

lundi 24 février 2014

Jacques Godbout sur la langue



J’ai aussi comme défaut de penser que l’excuse de la colonisation anglaise, pour justifier la pauvreté du langage au Québec, ne tient plus cinquante ans après la Révolution tranquille.

– Jacques Godbout, « Du quasi-monopole Cornellier », Le Devoir, 24 février 2014

samedi 22 février 2014

Y aura-t-il un bilan de la situation linguistique ?


Texte mis en ligne sur Vigile.net le 20 février 2014

La loi fait obligation à l’Office québécois de la langue française (OQLF) de produire tous les cinq ans un bilan de la situation linguistique. Or, il ne l’a pas fait. Comment expliquer cette omission ?

Le dernier bilan a été rendu public en mars 2008. L’Office a ensuite mis en ligne un plan de travail pour la période 2008-2013. Dans son rapport annuel 2011-2012, l’OQLF écrit que « les travaux, qui s’échelonneront jusqu’en 2013, permettront de poser un diagnostic fiable sur la dynamique linguistique québécoise ». On aurait donc dû s’attendre à la publication d’un bilan en 2013. Or, en 2013, l’Office n’a publié qu’une seule étude, mais pas de bilan.

Les études effectuées dans le cadre du bilan 2008-2013 et qui ont été publiées à ce jour donnent de la situation du français un portrait parfois inquiétant. Mais on n’en a guère parlé. En effet, les études sur la langue du commerce et des affaires ont été opportunément lancées pendant le brouhaha du printemps étudiant.

Une de ces études montre qu’il y a eu un déclin léger, mais statistiquement significatif, de la présence du français dans l’affichage à Montréal de 1997 à 2010 et que 11 % de l’affichage de l’Ouest de l’Île est unilingue anglais.

Une autre étude a montré qu’en 2012, 18,3 % des commerces de la rue Sainte-Catherine (entre les rues Papineau et Atwater) avaient un affichage de leur nom (raison sociale) qui ne respectait pas les exigences de la Charte de la langue française.

Une troisième étude, portant sur la langue d’accueil et de service dans les commerces, a montré que, s’il y avait bien eu une amélioration dans certains secteurs comme le boulevard Saint-Laurent (où l’accueil en français est passé de 91 % en 1988 à 96 % en 2010), la situation du français s’était en revanche détériorée dans la Côte-des-Neiges et dans Snowdon (passant de 60 % à 44 %). Dans les centres commerciaux de ces deux derniers quartiers, la possibilité de se faire servir en français est passée de 97 % en 1988 à 91 % en 2010.

Enfin, une quatrième étude a porté sur la langue de commerce et de service dans la rue Sainte-Catherine de 2010 à 2012 : on y apprend que, sur une période de deux ans, l’accueil en français seulement y est passé de 89 % à 73 % mais ce « détail » est omis du résumé que l’Office a publié de l’étude. Parallèlement, l’accueil bilingue y est passé de 1 % en 2010 à 14 % en 2012.

L’Office avait aussi annoncé qu’il prévoyait aussi de traiter de la langue de l’administration publique et du secteur de l’enseignement, de la langue des activités culturelles ainsi que de la maîtrise du français au sein de différentes populations. Il n’y a eu aucune publication sur tous ces thèmes.

Nous ne disposons pas d’un portrait d’ensemble de la situation linguistique six ans après la publication du dernier bilan. Pourtant, la loi dit bien que l’Office doit produire un bilan à son ministre de tutelle « au moins tous les cinq ans » (article 160).

Il est de plus en plus question que des élections soient déclenchées prochainement. Souhaite-t-on que la question linguistique soit absente de la campagne électorale ?





vendredi 21 février 2014

Dangereuses liaisons à Downton Abbey

 
Lady Mary Crawley (Michelle Dockery)
Dans l’un des épisodes de la quatrième saison de Downton Abbey, on entend lady Mary dire : « papa r’and mama ». Ce type de liaison s’appelle le « r intrusif ».


Cette liaison apparaît après les voyelles /ɑ:/, /ə/ ou /ɔ:/ lorsqu’elles sont suivies par un mot commençant par une voyelle, comme dans :

China rand India
law rand order
pasta rand sauce


On peut même entendre le r de liaison entre deux syllabes d’un mot : drawring room.


Cette liaison est le propre des usages linguistiques des personnes qui habitent l’estuaire de la Tamise : on appelle maintenant « Estuary English » leur variété de langue.


Il semble que le r intrusif vienne du parler populaire de Londres. Márton Sóskuthy, qui a publié une synthèse de la question, conclut :

All sources from before 1870 describe the phenomenon as a vulgar feature of Cockney pronunciation that should be avoided, as opposed to sources from around the turn of the 20th century, which all admit that it is present even in the pronunciation of educated speakers, and take a much less negative attitude towards it.


Le sociolinguiste Peter Trudgill estime que le r intrusif fait probablement partie aujourd’hui de la prononciation standard.


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Le français québécois, en particulier le français de Montréal, connaît un phénomène analogue : le l de liaison, comme dans : ça l’arrive souvent. Pour Yves-Charles Morin, auteur d’une étude sur le sujet, la fréquence d’utilisation de ces l non étymologiques pourrait dépendre de la classe sociale (plus grande utilisation dans les milieux défavorisés) et peut-être de l’âge et de l’origine géographique (prononciation qui pourrait être surtout montréalaise).


Le l de liaison du français québécois est encore stigmatisé alors que le r intrusif anglais fait désormais partie de la prononciation standard.


jeudi 20 février 2014

Une calandre comme cache-nez




Aujourd’hui, je traiterai d’un cas de translittération dans le le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF), celui du mot burka (graphie préférée par le GDT).


Le mot arabe برقع, qui se prononce [bʊrqɑʕ], contient la consonne uvulaire [q] qui, dans la phonologie de l’arabe, est distincte de la consonne vélaire [k]. Cette distinction est fondamentale en arabe. On prononce [bʊrqɑʕ] et non [bʊrkɑʕ]. C’est pourquoi il vaudrait mieux que le GDT privilégie la graphie burqa, au moins lui donne la première place sur sa fiche. Comme le font d’autres ouvrages de référence. Ainsi, le Larousse en ligne donne d’abord la graphie burqa, ensuite burka.


On pourra toujours objecter que la graphie ‑qa, sans u, ne respecte pas les normes orthographiques du français selon lesquelles la consonne q est suivie de la voyelle u. Mais, précisément dans la translittération des mots empruntés à l’arabe, on a l’habitude d’utiliser le q sans le faire suivre d’un u : ainsi, on écrit le golfe d’Aqaba.


Sur la fiche du GDT, on trouve la formulation pour le moins curieuse : « Burka et burqa sont des emprunts adaptés à l'arabe ». On s’attendrait plutôt à ce que le GDT adapte les emprunts au français. N’y aurait-il pas ici une confusion paronymique particulièrement honteuse entre adopter  et adapter ?
 
Extrait de la fiche burka du GDT

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Ajoutons en terminant que l’anglais connaît lui aussi les prononciations [k] et [q], [k] dans kill et [q] dans call, mais dans cette langue la différence de prononciation n’entraîne pas de différence de sens (en termes techniques, il n’y a pas d’opposition phonologique entre [k] et [q]).

samedi 15 février 2014

Skeleton


Hier soir, sur le plateau de Bons Baisers de Sotchi, on se demandait quelle est la bonne prononciation de la discipline olympique qui s’appelle skeleton. Finalement, on s’est rabattu sur la prononciation de l’animateur radio-canadien Charles Tisseyre : [skɛltɔ̃].

Le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF) a bien une fiche skeleton mais ce qu’elle livre sur la prononciation de ce mot est bien laconique :

[…] bien que sa graphie ne concorde pas exactement avec sa prononciation française, d'un point de vue strictement phonétique sa prononciation s'apparente à celle de certains mots français. 


À consulter le GDT on n’apprend donc rien sur la prononciation de skeleton. Et le mot est absent de la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française.


Grâce à un fichier audio, le Larousse en ligne nous indique que la prononciation de skeleton est [skəltɔ̃].


J’ai aussi appris en consultant un site français le nom donné aux athlètes qui pratiquent ce sport :

Le slider (nom donné aux athlètes qui pratiquent le skeleton) prend de l’élan durant une trentaine de mètres, puis se glisse ensuite sur l’engin la tête en avant (contrairement à la luge où les pieds sont en avant).


Il n’y a pas de fiche slider dans le GDT, pourtant l’Office devait fournir la terminologie française pour les JO de Vancouver. On lit en effet dans la Francilettre du 18 octobre 2005 :

[…] l'Office produira les terminologies françaises se rapportant aux différentes disciplines sportives des Jeux de 2010 et offrira une assistance terminologique et linguistique avant et durant les Jeux.