lundi 13 novembre 2023

Imbuvable!


Comme je l’ai déjà dit dans ce blog, faire et défaire c’est toujours travailler. Voici un nouvel exemple de l’application de cette maxime dans le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF).

Je viens de tomber sur une page de la Gazette officielle du Québec du 26 mai 1979. On y trouve un avis de normalisation de l’Office (pas encore québécois) de la langue française sur la terminologie des boissons gazeuses. J’en retiens cette définition du terme nectar : « boisson résultant d'une addition d'eau et de sucre à un jus de fruit pratiquement non consommable à l'état pur comme boisson en raison de son caractère naturellement trop pulpeux ou trop acide. » On trouve exactement la même définition dans le Trésor de la langue française informatisé (TLFi) à un mot près : « produit résultant d'une addition d'eau et de sucre à un jus de fruit pratiquement non consommable à l'état pur comme boisson en raison de son caractère trop pulpeux ou trop acide ». Le TLFi a tiré cette définition du Dictionnaire des industries alimentaires de J.M. Clément (Paris, Masson, 1978). Une fiche du GDT qui a échappé à l’attention des révisionnistes précise que « les fruits pouvant produire un nectar appartiennent aux espèces suivantes : abricot, pêche, prune, quetsche, goyave, groseille, baies sauvages, grenadille, cerise aigre, cassis et framboise. »

L’OQLF a été saisi dans la décennie 2010 d’une frénésie de désofficialisation. C’est ainsi que le terme nectar a non seulement été désofficialisé le 15 février 2014 mais qu’on a aussi changé sa définition : « boisson non gazéifiée à base de jus concentré ou de purée de fruits, auxquels on ajoute de l'eau et du sucre ». Selon cette définition, les jus reconstitués (jus concentrés additionnés d’eau) qu’on trouve couramment dans le commerce pourraient s’appeler nectars.

La banque terminologique Termium du gouvernement fédéral canadien a plus ou moins avalisé ce nouveau sens. Si le nectar d’abricot y est défini comme résultant de l’« addition d'eau et de sucre à un jus de fruit très concentré et pulpeux » (on omet « non consommable à l’état pur »), le nectar de pomme y est présenté comme une « boisson à base de jus ou de purée de fruits, d'eau et de sucre ».

Comme le GDT, Termium a conservé une trace de l’ancienne définition. Le nectar de cachiman épineux (envie d’en boire ?) a la note suivante : « l'appellation ‘nectar’ est réservée au produit résultant d'une addition d'eau et de sucre à un jus de fruit pratiquement non consommable à l'état pur comme boisson en raison de son caractère naturellement trop pulpeux ou trop acide ».

Le plus curieux dans toute cette histoire, c’est la note de la fiche du GDT : « Si le nectar est composé d'une seule sorte de fruit, on écrira un nectar de fruit. S'il est composé de plusieurs sortes de fruits, on écrira plutôt un nectar de fruits. » S’il n’y a qu’un seul fruit, pourquoi ne pas indiquer lequel ? En fait, la note est mal rédigée. Il fallait écrire : on écrira le nom du fruit au singulier.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire