vendredi 12 novembre 2021

Peut-on parler de rédaction «épicène»?

 

Dans ses Polémiques, le professeur Guy Laflèche avait remis en cause l’appellation de « rédaction épicène » pour désigner la forme d’écriture non sexiste proposé par l’Office québécois de la langue française. Il préférait parler d’écriture bigenre. Il a repris son argumentaire dans L’Office québécois de la langue française et ses travailleuses du genre (Les Editions du Singulier, Laval, 2020). Dans son compte rendu de l’ouvrage, Lionel Meney écrit :

 

Les promoteurs de la « rédaction épicène » et de l’« écriture inclusive » sont des ignorants en matière de langue, mus uniquement par des raisons idéologiques. S’ils connaissaient le sens exact de l’adjectif épicène, ils ne prôneraient pas la rédaction « épicène », puisque cet adjectif qualifie un nom « qui désigne aussi bien le mâle que la femelle d’une espèce. Nom épicène masculin (ex. le rat). Nom épicène féminin (la souris) » (Le Petit Robert). On comprend que l’expression « style bigenre » est plus adéquate. 

 

Lionel Meney poursuit :

 

[Les promoteurs de la rédaction épicène] connaissent mal le fonctionnement réel du système du genre grammatical en français. Critiquant le prétendu « sexisme » de la langue française, ils ignorent le caractère véritablement féministe de ce système. En s’attaquant à la langue, ils se trompent de cible. Certes, il est plus facile d’obtenir des victoires sur papier, comme cette recommandation de l’OQLF, que de réelles avancées touchant la condition féminine (égalité salariale, etc.).

 

Lionel Meney résume ainsi la question du genre :

 

[…] le système du genre en français est un système binaire dans lequel le féminin est le genre marqué et le masculin, le genre non-marqué. Il résume ainsi en trois règles sa position : Règle n°1 : Les mots, les vocables ne sont pas marqués d’office en genre ; Règle n°2 : Il n’existe qu’une seule et unique marque de genre en français, et c’est le féminin ; Règle n°3 : La langue est un système très puissant qui sait utiliser de deux manières ce code binaire.

 

C’est pour l’essentiel la position que j’ai déjà présentée dans ce blog (« Le masculin continuera-t-il de l’emporter sur le féminin ? »).

 

Le terme de « rédaction épicène », utilisé par l’OQLF depuis au moins 2007, est impropre. Qu’à cela ne tienne ! S’étant rendu compte du problème (quatorze ans plus tard, tout de même), l’OQLF vient d’ajouter la fiche « rédaction épicène » dans son Grand Dictionnaire terminologique. En 2011, le Manifeste des anciens terminologues de l’Office reprochait au GDT d’enregistrer l’usage plutôt que de l’orienter, conformément à son mandat. Et voilà que l’OQLF franchit un pas de plus en enregistrant et normalisant son propre usage déviant !

 

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