vendredi 14 février 2014

Néologie en veilleuse


On dirait qu’il n’y a plus de veille en néologie à l’Office québécois de la langue française.


Le mot burkini, qui désigne un maillot de bain islamique, s’est pointé le nez dans nos gazettes à quelques reprises cette semaine :

Le maire de Québec est révolté par le port du burkini […]. Le Soleil révélait mardi que le port du maillot de bain islamique, appelé « burkini », est officiellement permis dans les piscines de l'arrondissement La Cité-Limoilou. […] Le burkini, un maillot intégral qui couvre le corps des chevilles à la tête et ne laisse voir que les pieds, les mains et le visage, est fait d'un tissu conçu spécifiquement pour la baignade, avait expliqué au Soleil la porte-parole de la Ville.
Stéphanie Martin, « Régis Labeaume révolté par le port du burkini », Le Soleil, 11 février 2014


Une recherche rapide sur Internet indique que le mot burkini était déjà utilisé dans des quotidiens québécois en 2008, par exemple :

Après l'épisode des vitres givrées, le YMCA du Parc fait face à un autre cas d'accommodement religieux. L'une de ses sauveteuses, qui est musulmane, travaille vêtue d'un « burkini », sorte de maillot de bain islamique qui ne laisse paraître que le visage, les pieds et les mains.
Sophie Ouimet-Lamothe, « Une sauveteuse en ‘burkini’, La Presse, 7 août 2008


On trouve sur le site du parc Jean-Drapeau à Montréal l’information suivante :

Pour les usagers ne pouvant découvrir leur corps, des alternatives sont possibles. À titre d'exemple, le burkini et le rashguard sont acceptables, puisque les mains et les pieds de l'usager sont libres, le cou et le visage sont dégagés et le tissu est près du corps pour ne pas nuire au mouvement.


Burkini et rashguard, deux mots attestés en français québécois depuis au moins cinq ans et demi et qui sont toujours absents du Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF). L’Office effectue-t-il encore une veille néologique ?


jeudi 13 février 2014

Bitcoin


L’arrivée du bitcoin suscite un appel à la prudence.
 Le Devoir, 6 février 2014


Si en 2009 le bitcoin a été créé par un collectif surnommé Satoshi Nakamoto, qui voulait échapper au contrôle des États en général et à l’usage de la planche à billets en particulier, source de bien des maux économiques selon ses créateurs, il est vite devenu un outil à la réputation sulfureuse.

Serge Truffaut, « Prudence, prudence », Le Devoir, 7 février 2014


L’univers du bitcoin, monnaie virtuelle qui échappe à l’encadrement des autorités, traverse une nouvelle crise.

François Desjardins, « À monnaie virtuelle, crise bien réelle », Le Devoir, 11 février 2014


Depuis quelques jours, bitcoin est un mot à la mode.


Pendant un temps, autour du 6 février, le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF) a retiré sa fiche bitcoin. Puis, le 11 février, je me rends compte qu’elle est de retour, mais modifiée pour la peine et en mieux. Je sais bien que bitcoin est un emprunt incontournable mais il présente des problèmes au plan phonétique et morphologique que d’autres emprunts, pourtant refusés par le GDT, ne présentent pas. Ne prenons qu’un exemple, le mot tray « plateau de service » dont j’ai traité dans le billet « Cabaret ou plateau ». Extrait de mon billet :

L’emprunt tray « s’intègre mal au système morphologique du français » [selon le GDT]. Vraiment ? Il est du genre masculin (comme gré et pré) et il suffit d’ajouter un s pour former son pluriel. La difficulté d’intégration est affirmée, elle n’est pas démontrée.


Par ailleurs, il est clair que l’emprunt tray, prononcé « tré », s’intègre aussi très bien phonétiquement puisqu’il vient s’ajouter à la série cré (pop.), gré et pré.


En comparaison, l’emprunt bitcoin, incontournable je le répète, présente de véritables problèmes d’intégration phonétique et morphologique. Mais on a préféré les passer sous silence.


Ainsi, quelle est sa prononciation ? J’ai récemment entendu trois ou quatre prononciations de ce mot à l’émission économique de la chaîne RDI. Doit-on prononcer le mot à française (comme dans « le petit coin »), doit-on prononcer coin [koïnne] en deux syllabes comme je l’ai entendu sur RDI ou encore à l’anglaise ?


Au plan morphologique, doit-on faire entendre la marque du pluriel ? Sur la chaîne RDI j’ai entendu deux prononciations, avec s final et sans.


Le GDT, si prompt à se servir, parfois mal à propos, des critères de sa politique de l’emprunt des mots étrangers, aurait au moins dû dire que, malgré les problèmes que le mot bitcoin posait par rapport à cette politique (et en indiquant lesquels), il l’acceptait quand même.


mardi 11 février 2014

3e anniversaire


Ce sera demain le troisième anniversaire du manifeste « Au-delà des mots, les termes » des anciens terminologues de l’Office québécois de la langue française. Pour lire le texte du manifeste, cliquer ici.


lundi 10 février 2014

Record d’incohérence ?


Dans sa page d’accueil, l’Office québécois de la langue française fait actuellement la promotion de certaines de ses fiches terminologiques ou linguistiques qui ont rapport aux Jeux olympiques. Il pose la question : « Vous vous demandez si l'expression briser un record est un anglicisme ? » On clique sur le lien et on a la réponse suivante :

Les Jeux olympiques fournissent souvent l’occasion à certains athlètes d’améliorer des marques mondiales. Rappelons-nous cependant que l’expression briser le, un record nous vient de l’anglais to break the, a record. En français, on dira plutôt qu’un athlète a battu le record, qu’il a établi un nouveau record ou qu’il a amélioré son propre record, et si l’ancienne marque a été de beaucoup dépassée, on pourra dire, un peu familièrement, que le record a été pulvérisé. Au Québec surtout, on entend également fracasser un record qui rappelle l’image de pulvériser.


Il y a pourtant un problème. C’est que le Grand Dictionnaire terminologique du même Office québécois de la langue française a une fiche (qu’il n’a pas produite lui-même, mais qu’il diffuse) où « briser un record » est accepté.



samedi 8 février 2014

Erreurs de casting


On a pu lire dans Le Figaro :

Geoffroy Didier, coprésident du collectif UMP "La droite forte", a estimé aujourd'hui que le premier ministre Jean-Marc Ayrault était "un problème", une "erreur de casting", en lui reprochant de n'avoir "aucune autorité".


Le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF) déconseille l’emploi du mot casting.


Il ne faut donc pas dire : le conseil des ministres vient de faire des erreurs de casting; mais : le conseil des ministres a fait des erreurs dans la distribution des rôles.


vendredi 7 février 2014

Famille reconstituée ou famille recomposée ?


Famille reconstituée, encore un calque entériné par le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF) !


L’Urban Dictionary définit ainsi reconstituted family :

A reconstituted family (also known as a blended family) is the sociological term for the joining of two adults via marriage, cohabitation or civil partnership, who have had previous relationships and children from them.


Le GDT donne comme équivalents français famille recomposée et famille reconstituée.


Dans un billet récent de son blog « Carnet d’un linguiste », Lionel Meney montre qu’il ne faut pas confondre famille recomposée et famille reconstituée :

… le verbe reconstituer signifie rétablir dans son état antérieur. La combinaison « famille reconstituée » ne peut donc désigner qu'une même famille qui se retrouve réunie après avoir été séparée pour diverses raisons (guerre, immigration, emprisonnement).


jeudi 6 février 2014

Du pain sur la planche !


L’Office québécois de la langue française profite des Jeux olympiques de Sotchi pour essayer de nous refourguer dans la page d’accueil de son site l’appellation planche à neige pour le sport que le site officiel du Comité olympique appelle surf des neiges.



On peut aussi lire dans la page « Du pain sur la planche » du site de l’OQLF la phrase suivante :

Bien que la terminologie de la planche à neige soit en général tout à fait conventionnelle, notamment en ce qui a trait aux installations sportives, aux parties de l'équipement et aux différentes techniques de base, une part de celle-ci est à l'image de ses adeptes, c'est-à-dire innovatrice et ludique.


Conventionnelle ? La Banque de dépannage linguistique du même OQLF a une fiche pour mettre en garde contre l’emploi fautif de l’adjectif conventionnel : « l’adjectif conventionnel pris au sens de ‘ traditionnel, classique ´ est un anglicisme sémantique à éviter ».