lundi 21 octobre 2019

Un dictionnaire qui n’a pas un écu vaillant


Depuis leur première diffusion le 8 octobre 1956, il n’y a guère d’années où Les Belles Histoires des pays d’en-haut n’ont pas été présentées à la télévision, en diffusion originale d'abord puis en reprise. Le prénom du personnage principal de la série, Séraphin, est devenu au Québec synonyme d’avare et le mot est à ce titre enregistré dans le dictionnaire en ligne Usito. On m’a raconté qu’il a même fait fortune au Mexique où, dans certaines stations balnéaires, l’appellation los serafinos, de concert avec los tabarnacos, sert à désigner les Québécois.


L’autre jour, j’écoutais un épisode des Belles Histoires où un personnage payait avec une pièce d’un écu (une pièce de cinquante cents). Ce sens n’a pas été enregistré dans Usito. On me dit que le mot écu reparaît dans plusieurs épisodes de la série. Terme vieilli certes, mais mot utilisé fréquemment dans une émission dont la popularité ne se dément pas depuis plus de six décennies et qui est reprogrammée année après année : comment a-t-il pu réussir à échapper à l’attention des rédacteurs d’Usito ? Ils montrent, une fois de plus, qu’en dépit de toutes leurs prétentions ils décrivent bien mal les usages du français au Québec. Comment un jeune d’aujourd’hui peut-il apprendre la signification de ce mot ? Il n’apparaît ni dans la nomenclature d’Usito ni dans celle du Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française (à juste titre d’ailleurs, car le GDT n’est pas un dictionnaire historique du français au Québec malgré les essais de certains de ses rédacteurs de se lancer dans cette voie, cf. le traitement réservé à vidanges dans la fiche « ordures ménagères »). Mais, à force de chercher, on finira par trouver écu dans la Base de données lexicographiques panfrancophone.


Dans le domaine monétaire, notre dictionnaire national a pourtant enregistré le désuet chelin (shilling), le trente sous (pièce de vingt-cinq cents) en nette perte de vitesse et même l’archaïque centin (« centième partie du dollar ») et une ancienne monnaie française, le liard (« quart d’un sou »), mot qui n’est plus utilisé de nos jours que dans des expressions qu’Usito ne mentionne même pas.


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