lundi 6 juillet 2026

Coup d’œil sur la baisse de la réussite scolaire au collégial


Dans mon billet du 18 juin 2026 (cliquer ici), j’avais mentionné que le ministère de l’Enseignement supérieur avait fait une mise en garde dans la présentation des résultats à l’épreuve de français du collégial : « au cours des années scolaires 2019-2020 et 2020-2021, en raison de la propagation de la COVID-19, seulement deux sessions de passation de l’épreuve ont été tenues. De plus, la passation de l’épreuve uniforme de langue d’enseignement et littérature (EULE) du trimestre d’été 2020 a eu lieu avec un nombre restreint d’étudiants, entre autres, pour permettre de respecter les consignes sanitaires de santé publique et celle d’hiver 2021 a eu lieu à distance (version électronique), selon des modalités différentes des passations précédentes. »

J’ai fait le graphique des taux de réussite de 1997 à 2023 en incluant les années de pandémie :

 


La courbe de tendance montre que le taux de réussite est stable depuis la création de l’épreuve. On arrive à ce résultat parce qu’il y a eu moins de candidats lors des années de pandémie.

Dans le graphique qui suit portant sur le nombre de candidats le creux correspond au pic du graphique précédent :



Le Ministère a produit un graphique de l’évolution du taux d’échec de 2016 à 2023 qui présente une courbe vaguement analogue à celle du graphique précédent :

 

Source : https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/education/publications-adm/enseignement-superieur/Portrait-Echecs-EUF.pdf

La diminution du nombre de candidats a pour effet d’améliorer le taux de réussite. On se trouve en fait à retirer du tableau les moins bons élèves. C’est la méthode qu’a utilisée l’Office québécois de la langue française (OQLF) en ne prenant pas en compte les résultats de la deuxième et de la troisième « passation ». En effet, en se basant uniquement sur les résultats à la première passation dans son Rapport sur l'évolution de la situation linguistique au Québec l’OQLF a pu affirmer en 2019 que les résultats étaient « stables » depuis l’année de la création de l’épreuve.

Le Ministère de l’Enseignement supérieur a publié récemment une analyse des taux d’échec selon différentes caractéristiques scolaires et sociodémographiques. C’est une première qu’il faut saluer. Le rapport est téléchargeable : Portrait des étudiantes et des étudiants ayant échoué à leur première passation de l’épreuve uniforme de français au collégial, février 2026.

Je vous suggère la lecture de l’analyse que j’ai produite en 2014 des moins bons résultats en orthographe : cliquer ici.

dimanche 5 juillet 2026

Douceur de l’été montréalais

 

« Le temps doux ramène dans son sillage la bien-aimée rubrique Point de langue… » (Le Devoir, 4 juillet 2026). Le temps doux ? Voyons voir les températures de ces derniers jours à Montréal (merci l’IA!) :

*1er juillet 2026 : La maximale a oscillé entre 30°C et 33°C, avec un indice humidex ayant généré des ressentis de près de 45.

*2 juillet 2026 : La maximale a atteint 33°C, avec un ressenti approchant 43.

*3 juillet 2026 : La canicule s'est maintenue avec des températures maximales de nouveau comprises entre 30°C et 33°C.

Bof, quand on a la clim’ on ne s’attache pas à ces détails.

La chronique du dernier week-end, loin d’être « dans une formule à mi-chemin entre l’essai et la vulgarisation scientifique », est simplement le programme à peine commenté d’un colloque tenu à l’Université de Victoria en Colombie britannique. La chroniqueuse était en panne d’inspiration (comme moi qui écris un billet sur une chronique aussi indigente).

Dans les commentaires publiés sur le site du journal, on voit qu’un lecteur a tiqué sur le passage suivant : « Le registre soigné est certes important, mais il ne constitue qu’une partie de ce qu’on fait avec la langue. » Il écrit : « Votre énoncé prête à rire, c’est le moins que nous puissions écrire… ». N’allons pas plus loin. D’ailleurs, ce n’est pas le seul passage curieux. Par exemple : « Myriam Bergeron-Maguire a présenté la mine de ressources dont regorgent les ‘ Prize Papers ’ pour l’étude du français en Amérique. » La mine de ressources dont regorgent…? La formulation est vraisemblablement influencée par le style de « lettres rédigées par des ‘ peu lettrés ’ ».

La chronique se termine par cette question : « Et si l’avenir du français résidait davantage dans une meilleure connaissance des principes qui régissent la langue et par une acceptation de toutes ses variations plutôt que par la défense du seul registre soigné ? » Revenons sur terre, les linguistes n’ont pas attendu le xxie siècle pour s’intéresser aux divers registres de langue. Ceux qui ont fait un minimum de philologie française savent qu’il n’y avait pas un seul ancien français et que Villon a écrit en jargon, les latinistes se sont intéressés à la langue parlée des comédies de Plaute et du Satyricon, on sait que les Grecs changeaient de dialecte selon le genre littéraire, les dialectologues comme Jules Gilliéron en Europe ou Gaston Dulong et Gaston Bergeron chez nous ont relevé maints usages populaires, Henri Frei a étudié des lettres de 'peu lettrés' (des soldats de la Grande Guerre), etc. Bref, il y a longtemps que l’Amérique a été découverte, ce n’est pas la peine de partir à sa redécouverte.