mercredi 28 juin 2017

L’anglicisation à Radio-Canada


La radio nous apprenait ce matin le décès de l’acteur suédois Michael Nyqvist, l’interprète du rôle de Mikael Blomkvist dans la saga Millénium. Michael évidemment prononcé à l’anglaise puisque c’est cette orthographe que l’on trouve dans la presse. Son vrai nom est Mikael Nyqvist, prononcé ['mi:ka.ɛl 'ny:.kvɪst].


Sur Radio-Canada Première à Québec, la journaliste a ajouté : il va être manqué. Il ne s’agit pas d’un soufflé, mais d’un anglicisme : he will be missed, on va regretter Mikael Nyqvist.

mardi 27 juin 2017

Un anglicisme qui devrait être évident



Remarquez que le maire Coderre amorce déjà nombre de ses discours en précisant que Montréal se trouve en territoire mohawk. Au faux-semblant des incantations sur les territoires non cédés s’ajoute ici un révisionnisme historique fâcheux. Les évidences archéologiques devraient en effet prévenir contre un tel raccourci.
– Jean-François Nadeau, « La mascarade », Le Devoir, 27 juin 2017

Dans le texte qui précède, le mot évidences est employé au sens de preuves (anglicisme sémantique). Si l’on consulte le Larousse anglais-français, la première traduction qui est donnée pour evidence est preuve. L’Oxford en ligne définit ainsi le mot anglais :

1The available body of facts or information indicating whether a belief or proposition is true or valid.
‘the study finds little evidence of overt discrimination’

Il précise:
1.1Law Information drawn from personal testimony, a document, or a material object, used to establish facts in a legal investigation or admissible as testimony in a law court.
‘without evidence, they can't bring a charge’
1.2 Signs or indications of something.
‘there was no obvious evidence of a break-in’

Cet anglicisme sémantique n’est plus inconnu en France mais il est sans doute encore très rare, sauf peut-être dans les milieux scientifiques :

Une partie de l’argumentation (les haches, le cheval) « ne peut être considérée comme décisive au regard de la masse d’évidences documentaires réunies par les avocats de la thèse germanique ».
– Jean-Paul Demoule, Mais où sont passés les Indo-Européens ? Le mythe d’origine de l’Occident, Paris, Seuil, 2017, p. 266


Évidences apparaît ici dans un texte de l'archéologue australien Vere Gordon Childe que Jean-Paul Demoule traduit lui-même de l’anglais. Le contexte indique clairement qu’il s’agit de preuves.


lundi 19 juin 2017

Le sous-ministre dans le champ*


M. Robert Auclair
Président fondateur
Association pour le soutien et l’usage de la langue française (ASULF)
5000 bd des Gradins, bureau 125
Québec (Québec) G2J 1N3


Monsieur le Président,

Vous avez écrit le 6 mars dernier au ministre de la Culture pour l’inviter à employer la formule « fait à [lieu où le document a été signé] » plutôt que « signé à… » dans les avis de classement patrimoniaux publiés par le ministère de la Culture. C’est le sous-ministre associé responsable de la politique linguistique qui vous a répondu après avoir consulté l’Office québécois de la langue française (OQLF). Vous m’avez demandé ce que je pensais de cette réponse. Voici donc mes commentaires.

La chose qui m’étonne le plus dans cette réponse, c’est qu’on n’a pas tenu compte de votre argument selon lequel la formule « fait à [lieu où le document a été signé] » s’utilise au Québec depuis le Régime français. D’habitude, les terminologues actuels de l’OQLF sont prompts à recourir à l’argument historique même pour des usages critiqués ou qui sont vieillis en français contemporain. Je rappellerai seulement que l’OQLF ne condamne pas l’emploi du mot vidanges au sens d’« ordures ménagères » au motif que le mot figure dans ce sens dans le dictionnaire de l’Académie de 1762. Ou encore cette phrase du Grand Dictionnaire terminologique (GDT) : « la locution être à l'emploi de est d'un usage ancien et généralisé au Québec, tant dans le registre spécialisé que dans le registre courant » (pourtant le Bureau des traductions à Ottawa considère qu’il s’agit d’un calque de l’anglais). Il est piquant de constater que, lorsque vous avez demandé à l’Office de normaliser le mot déviation (routière), l’Office vous a répondu :

Depuis le seizième siècle, dans la langue générale, le mot détour peut avoir le sens d'« action de parcourir un chemin plus long que le chemin direct qui mène au même point », et, par extension, « ce chemin ». [fiche du GDT de 2001]

On se sert de l’ancienneté de l’usage pour vous donner tort dans le cas de détour. Et quand vous invoquez à votre tour l’ancienneté de l’usage pour justifier la formule « fait à [lieu où le document a été signé] », on vous donne tort…

La formule « fait à [lieu où le document a été signé] » est mentionnée dans le Dictionnaire des particularités de l’usage de Jean Darbelnet et dans le Multidictionnaire de Marie-Éva de Villers. On la trouve même dans le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui dont l’auteur, Jean-Claude Boulanger, n’a pas la réputation d’être un puriste aligné sur la norme parisienne :
Fait à [+ nom de lieu] le [+ date] : formule qui apparaît au bas d’un document officiel qui doit être signé.

Le sous-ministre reconnaît d’ailleurs que la formule est « courante en Europe francophone ». En effet, c’est celle qu’impose le Code de rédaction institutionnel de l’Union européenne :

À la fin de l’acte, on trouve:
— d’abord les mots «Fait à …, le …» indiquant le lieu et la date de signature,
— ensuite la (ou les) signature(s).
Lieu et date
Dans les actes de droit dérivé, le lieu et la date se présentent comme suit:
Fait à Bruxelles, le 1er septembre 2010.
la date étant celle à laquelle l’acte a été signé (pour les actes arrêtés conjointement par le Parlement européen et le Conseil) ou adopté (autres cas).
Dans les traités, les accords internationaux, etc., le jour, le mois et l’année s’écrivent en toutes lettres:
Fait en double exemplaire à Bruxelles, le vingt-quatre mars deux mille dix, en langue anglaise.
Le lieu de signature des actes des institutions peut être Bruxelles (en général), Luxembourg (lorsque le Conseil y tient ses sessions en avril, juin et octobre), Strasbourg (notamment pour le Parlement européen, y compris lorsqu’il signe avec le Conseil) ou Francfort-sur-le-Main (pour la plupart des actes de la Banque centrale européenne).

Tout en admettant que la formule « fait à [lieu où le document a été signé] » est « très utilisée au Québec », le sous-ministre ajoute que « la formulation ‘signé à [lieu] le [date]’, qui est très répandue au Québec, est syntaxiquement recevable en français, selon l’OQLF ». Drôle d’argument ! L’expression « parler à travers son chapeau » est syntaxiquement recevable en français, cela ne l’empêche pas d’être un calque de l’anglais.

Le sous-ministre ajoute que la formule « signé à [lieu] le [date] » est « légitimée dans l’usage administratif et juridique ». L’Office se contente donc d’enregistrer l’usage de l’Administration. À ce compte, il n’a plus qu’à enregistrer les milliers de calques légitimés par l’usage parce qu’ils sont employés depuis longtemps dans des textes de lois ou dans des directives administratives. Avis donc à ceux qui croient encore que l’Office peut orienter et même déterminer dans certains cas (par l’officialisation à la Gazette officielle) l’usage de l’Administration. Il faudrait penser à en avertir le législateur qui n’a pas encore modifié la Charte de la langue française à ce chapitre :

116.1 L’Office québécois de la langue française peut, sur proposition du Comité d’officialisation linguistique, recommander ou normaliser des termes et expressions. Il en assure la diffusion, notamment en les publiant à la Gazette officielle du Québec.
118. Dès la publication à la Gazette officielle du Québec des termes et expressions normalisés par l’Office, leur emploi devient obligatoire dans les textes, les documents et l’affichage émanant de l’Administration ainsi que dans les contrats auxquels elle est partie, dans les ouvrages d’enseignement, de formation ou de recherche publiés en français au Québec et approuvés par le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport.

Bref, pour le sous-ministre qui se fie à l’Office de la langue française, la formule « signé à [lieu] le [date] » « s’intègre bien au système linguistique du français. » La belle affaire ! Moffleur (muffler), trader (prononcé [trédeur] comme le font les Français), ajouter l’insulte à l’injure (to add insult to injury), etc., s’intègrent eux aussi très bien au système linguistique du français. C’est ce qu’on appelle l’intégration des emprunts.

En conclusion, les arguments avancés par l’Office me paraissent faiblards. Même si je n’ai rien de sérieux à objecter à la formule « signé à [lieu] le [date] », je ne comprends pas pourquoi l’Office ne favoriserait pas et même n’imposerait pas dans l’usage administratif la formulation d’usage courant dans le monde francophone et d’usage ancien au Québec.
________
* Clin d’œil à Alphonse Daudet, auteur du Sous-préfet aux champs.


mardi 23 mai 2017

La mémoire courte


Le 4 mai dernier, je rendais compte (« Ça cloche à l’OQLF ! ») de la séance de la commission parlementaire consacrée à l’étude des crédits de l’Office québécois de la langue française (OQLF). La porte-parole de la deuxième opposition, Mme Claire Samson, avait posé une question au président de l’Office québécois de la langue française sur l’utilisation du mot place (« Place Bell ») pour désigner une salle omnisports à Laval. Le président de l’Office avait répondu :

Il s’agit ici d’une question de qualité de la langue […] c’est pas un article vraiment pénal, on pourrait pas arriver devant le DPCP avec un dossier comme ça, ça serait pas retenu […]


J’ai reçu du président fondateur de l’Asulf, M. Robert Auclair, copie du numéro de décembre 1998 du bulletin de son association, L’expression juste. Un article y porte sur l’utilisation du mot place pour désigner un théâtre à Jonquière : Place Nikitoutagan. En voici de larges extraits (veuillez excuser les problèmes de présentation) :




[...]

  
Comme on le voit, il y a un précédent qui contredit totalement l'affirmation du président actuel de l'Office. À la suite de l’intervention du Procureur général, la ville de Jonquière a accepté de changer l’appellation de son édifice. Pourquoi l’Office n’en tient-il pas compte aujourd’hui dans le traitement de la plainte que lui a transmise l’Asulf ? Aurait-on oublié d’informer son président de l’existence de ce précédent ?

mercredi 10 mai 2017

Le français québécois standard illustré par l’exemple /20


Samedi dernier, nous avons pu entendre l’animateur du Concours musical international de Montréal* annoncer : « nous allons prendre une pause ». Traduction littérale de to take a break, faire une pause. On aurait aussi pu parler d’une intermission.


Et on peut lire dans Le Devoir de ce jour :

« Est-ce que ça [la démarche du PLQ concernant les 65 documents] s’inscrit dans la foulée du témoignage de M. Lafrenière, qui nous indique qu’une des personnes d’intérêt [dans l’enquête Mâchurer] s’est prévalue de ce privilège avocat-client pour ne pas donner accès à des données ? a demandé le député péquiste Pascal Bérubé.


Une personne d’intérêt en français standard, c’est un suspect. Comme je l’ai déjà signalé, la télévision a contribué à répandre ce calque : la série Personne d’intérêt (diffusée en France sous le titre Person of Interest) de la chaîne V et la série District 31.

________
* Qu’évidemment on n’aurait pas pu appeler le Concours international de musique de Montréal.


vendredi 5 mai 2017

Un raisonnement spécieux


Dans le précédent billet, j’ai traité de la réponse qu’a faite le président-directeur général de l’Office québécois de la langue française (OQLF) à la question que lui posait la députée Claire Samson mercredi dernier sur la dénomination Place Bell pour désigner un édifice de Laval (une salle omnisports). Le président lui a répondu : « … parce que l’Office a normalisé le sens de place au sens d’espace public, est-ce que c’est le seul usage que la population est en droit d’utiliser ? » Le président confond la langue courante et la langue standard, qui est celle de l’État et de ses organismes. Ce que le président ne dit pas, c’est que dans la langue courante, on n’a le plus souvent pas le choix, il faut recourir aux dénominations officielles : on ne peut pas dire que l’on fréquente le lycée du Vieux-Montréal quand c’est cégep, ou collège, qui désigne ce genre d’établissement d’enseignement au Québec. Si la Place Bell s’appelait, par exemple, le stade Bell, eh bien, on dirait spontanément, sans contrainte aucune : nous irons au stade Bell, et non nous irons à la Place Bell.  À Québec, nous allons à la Place Sainte-Foy, un centre commercial, mais aux Galeries de la Capitale, autre centre commercial. Nous n'avons pas le choix d'aller aux Galeries Sainte-Foy ou à la Place de la Capitale: car Place Sainte-Foy et Galeries de la Capitale, désignations officielles quoique la première soit incorrecte, « c’est le seul usage que la population est en droit d’utiliser », pour reprendre les mots du président, parce que tout autre créerait de l'ambiguïté. Par ailleurs, l'Office ne peut utiliser l'argument de l'usage pour justifier son inaction. Car la loi lui donne le pouvoir de normaliser les dénominations des lieux publics et il s'est déjà prononcé à deux reprises contre l'utilisation du mot place pour désigner un édifice. Un peu de cohérence et de courage, que diable!


Un autre élément de la réponse du président est discutable : « on a la Place des Arts, ah bon, c’est une place publique mais on parle des fois de l’édifice à côté comme étant l’édifice de la Place des Arts. » J’ai eu beau chercher, je me suis servi de Google Maps, je n’ai pas trouvé de place publique qui s’appelle Place des Arts. Même dans la banque de la Commission de toponymie (le président de l’Office est aussi président de cette Commission), il n’y a pas de « Place des Arts » comme place publique. On n’y trouve que la station de métro Place-des-Arts. En fait, la place publique devant la Place-des-Arts est une esplanade.


jeudi 4 mai 2017

Ça cloche à l’OQLF !



Hier avait lieu à l’Assemblée nationale du Québec l’étude des crédits budgétaires du ministère de la Culture et des Communications, volet protection et promotion de la langue française. La porte-parole de la deuxième opposition, Mme Claire Samson, a posé une question au président de l’Office québécois de la langue française sur l’utilisation du mot place pour désigner un édifice à Laval :

La députée : … un citoyen avait porté plainte en prétendant que Place Laval [sic; en fait, il s’agit de Place Bell], c’était pas français…on peut pas désigner un immeuble comme étant une place… Et l’Office lui a donné raison et a communiqué avec la ville pour lui faire d’autres suggestions…. J’aimerais savoir quelle est la limite d’intervention de l’OQLF dans un dossier comme celui-là où l’Office reconnaît que la dénomination n’est pas correcte en français et que les autorités ne réagissent pas. Est-ce que ça arrête là, le dossier est fermé, on en parle pus, on dit au monsieur : ils veulent pas, merci, bonsoir, on passe à un autre appel…?


*   *   *

Petite mise en contexte. L’Association pour l’usage et le soutien de la langue française (Asulf) fait des pressions depuis des années pour faire changer la dénomination Place Bell. Voici un résumé de ces interventions que m’a fourni le président-fondateur de l’Asulf, le juge Robert Auclair :

1.         La Ville de Laval a annoncé en 2012 la construction d’un complexe sportif et multiculturel important de plus d’une centaine de millions de dollars, le gouvernement du Québec y contribuant pour plus de 46 millions. Elle a dénommé cette construction Place Bell.
2.         L’Asulf a signalé à la Ville et à ses partenaires que l’appellation choisie était fautive en français et illégale en plus, le mot place ne pouvant se dire d’un immeuble en vertu d’un avis de normalisation de la Commission de toponymie paru à la Gazette officielle en 1980, puis en 1990. À noter que cet avis s’applique à l’Administration au sens de la Charte, ce qui comprend les municipalités.
3.         Vu le refus de la Ville de modifier cette appellation, l’Asulf a porté plainte à l’Office le 11 juillet 2012. Neuf mois plus tard, le 8 avril 2013, notre association a reçu une réponse de cet organisme contenant, en particulier, les deux alinéas suivants :
Dans la situation faisant l’objet de votre plainte, l’utilisation du terme Place constitue effectivement une impropriété.
En conséquence, nous sommes intervenus auprès de la direction de la Ville de Laval pour l’informer de la non-conformité de la dénomination projetée et lui suggérer des pistes de solution pour le choix d’une dénomination plus appropriée. Cette démarche nous mène à procéder à la fermeture de ce dossier.
4.         Dans cet avis, l’Office reconnaît que le mot place est une impropriété dans ce cas et il suggère à la Ville « des pistes de solution » pour corriger cette appellation, mais sans plus.
5.         À noter également que l’Office mentionne que sa démarche l’amène à la fermeture du dossier, alors qu’il ne sait nullement si la Ville va abandonner ou non l’appellation place et accepter l’une ou l’autre de ses suggestions. Il ferme donc prématurément ce dossier puisqu’il ne s’assure pas du respect de la Charte par la Ville avant de le fermer.
6.         Si l’Office a communiqué avec la Ville par la suite, comme il le prétend, il faut constater que ses communications n’ont pas donné de résultats puisque la Ville se fout encore de ses suggestions en 2017.
7.         L’Asulf n’a cessé depuis 2012 de talonner l’Office pour qu’il ordonne à la Ville d’abandonner l’appellation choisie. Cette dernière a gardé la même appellation et l’Office ne lui a pas ordonné de corriger la situation comme il doit le faire en vertu de la Charte. Il n’a donc pas pris les moyens appropriés pour faire respecter la loi.
8.         Finalement, de guerre lasse, l’Asulf s’est adressée au ministre responsable de l’application de la Charte le 13 janvier 2017 lui exposant le problème et lui demandant d’intervenir. Deux mois et demi plus tard, elle a reçu une courte réponse signée par un sous-ministre, réponse difficile à comprendre et ne corrigeant nullement la situation. […]
9.         Le 24 avril 2017, notre association a récrit au ministre. […]
Une telle situation constitue une violation évidente de la Charte qui perdure depuis cinq ans et l’Office n’ordonne pas à la Ville de se conformer à la loi. Pourquoi se comporte-t-il ainsi ? Pourquoi ?


*   *   *

Le contexte étant maintenant décrit, voyons la réponse que le président de l’Office a faite à la députée :

Robert Vézina : Dans un cas comme ça, ce que vous venez de décrire, c’est à peu près la limite de nos interventions. Il s’agit ici d’une question de qualité de la langue […] c’est pas un article vraiment pénal, on pourrait pas arriver devant le DPCP avec un dossier comme ça, ça serait pas retenu et en plus, mais là, on est dans une question de norme, de valeur linguistique, c’est pas tout le monde qui est d’accord avec cette prise de position-là, v’ dire, on a la Place des Arts, ah bon, c’est une place publique mais on parle des fois de l’édifice à côté comme étant l’édifice de la Place des Arts. Donc… Place Bell… hum pis au Québec y a beaucoup de places, Place Bonaventure, Place Ville-Marie, Place Québec à Québec, il y avait Place Laurier qui est maintenant devenue Laurier mais il y a toujours Place Sainte-Foy, etc., donc ça fait partie de l’usage courant, han, donc là c’est une question de norme, est-ce que là parce que l’Office a normalisé le sens de place au sens d’espace public, est-ce que c’est le seul usage que la population est en droit d’utiliser? C’est un long débat. Euh, donc, c’est assez délicat, donc nous on peut pas aller plus loin que ça, on a effectivement, je vous confirme, exprimé à la ville de Laval que c’était pas la meilleure expression au regard de la qualité de la langue. Là, là, là, la décision leur revient.


L’intervention de l’Asulf, la question de la députée portaient sur la dénomination d’un organisme de l’Administration. Or, le président de l’Office a fait dévier le débat vers la langue courante : « est-ce que c’est le seul usage que le population est en droit d’utiliser ? » Là n’est pas la question, M. le Président ! Il s’agit de la langue officielle, de la langue de l’Administration. Si le président de l’Office n’est pas d’accord avec l’article de la loi qui ordonne aux organismes de l’Administration d’utiliser les termes normalisés par son Office, qu’il les « dé-normalise » ou qu’il propose à son ministre de changer la loi ! Pour l'instant, son mandat est de faire appliquer la loi, pas de faire de l'objection de conscience.


On notera aussi que les exemples servis par le président sont plutôt anciens : Place Bonaventure, Place des Arts, etc. Depuis, bien des fausses places ont disparu du paysage québécois. Il n’y a pas eu à Québec de Place de la Justice : l’Asulf a réussi à faire valoir son point de vue et on a conservé l’appellation de Palais de justice. Et le président donne lui-même le contre-exemple de Place Laurier devenue Laurier Québec.