dimanche 19 février 2017

Nouvelle parution


Les Presses de l’Université Laval viennent de publier Le Français québécois entre réalité et idéologie. Un autre regard sur la langue de Lionel Meney.


Présentation de l’éditeur :

Au Québec, en matière de langue, le choix d'un modèle de "bon usage" devant guider les locuteurs est l'objet d'un débat permanent. Deux camps s'opposent. D'un côté se trouvent les partisans de l'adoption d'une norme "endogène" (nationale), qu'ils désignent sous le nom de "français québécois standard". De l'autre se situent les défenseurs de l'utilisation d'un français international commun à tous les francophones, tel qu'il est décrit dans les dictionnaires de référence. Ils l'appellent le "français standard international". Les "endogénistes" affirment qu'il existe véritablement une norme propre au Québec, distincte de la norme internationale, et qu'il convient de la privilégier. Dans Le Français québécois entre réalité et idéologie. Un autre regard sur la langue, Lionel Meney déconstruit leur théorie. Pour la première fois, en s'appuyant sur une étude objective approfondie de la langue des journaux québécois, il montre à l'aide de nombreux exemples qu'il n'y a pas, sur le marché linguistique québécois, une seule norme, qui serait ce "français québécois standard", mais deux, un français québécois et un français international. Les deux coexistent et se font concurrence. Une conclusion s'impose : le "français standard international" fait autant partie du paysage linguistique québécois que le "français québécois standard". Vouloir privilégier le seul français québécois est un choix purement idéologique. Imposer le second contre le premier, c'est aller contre la tendance de fond du marché linguistique, qui montre les progrès constants du français international.




Extrait de la préface d’Yves Laberge :

L’auteur du présent ouvrage s’est toujours attaché à décrire le plus justement possible la variété de français en usage au Québec et à déconstruire les idéologies qu’elle a suscitées. Dans son Dictionnaire québécois-français (1999), premier dictionnaire bivariétal francophone, il s’est donné pour tâche de délimiter objectivement le français québécois, en dressant un inventaire de ses particularismes, sans jugement de valeur et en comparaison avec le français de référence. Par la suite, dans Main basse sur la langue, il a entrepris de déconstruire les idéologies linguistiques dominantes au Québec telles qu’on les retrace dans les dictionnaires publiés au cours des dernières décennies et sur certains sites gouvernementaux. Aujourd’hui, Le français québécois entre réalité et idéologie représente une nouvelle étape dans cette recherche de la description la plus objective possible de la vraie nature du français québécois et du marché linguistique d’ici, ainsi que dans cette déconstruction des idéologies linguistiques endogénistes


vendredi 17 février 2017

Sixième anniversaire


C’est cette semaine le sixième anniversaire de la publication, dans Le Devoir, du manifeste des anciens terminologues de l’Office québécois de la langue française (OQLF), Au-delà des mots, les termes. Le manifeste dénonçait le changement d’orientation dans les travaux terminologiques de l’Office. « L’Office ne peut se limiter à observer et à enregistrer l'usage, ou les usages en concurrence, comme l’exigerait la démarche lexicographique, car il a le mandat de déterminer quel usage il faut préconiser », affirmaient les signataires. Le manifeste a été signé par dix-neuf anciens terminologues de l'OQLF. Il a reçu l’appui d’une centaine de professionnels de la langue, linguistes, terminologues, traducteurs, correcteurs ou réviseurs.



jeudi 9 février 2017

Recul ou progrès de l'anglicisation ?


Dans Le Devoir de ce jour, la linguiste Louise-Laurence Larivière signe un court texte intitulé « Le français recule-t-il au Québec ? » : 



Oui, il recule. Voici quelques exemples. Autrefois, les artistes partaient en tournée, se produisaient sur une scène et se donnaient la réplique. Maintenant, ces artistes sont sur la route (on the road), sur un stage et oublient parfois leurs lignes (lines). Autrefois, les joueurs de hockey jouaient à l’étranger. Maintenant, eux aussi sont sur la route. Certains titres d’émissions de télévision possèdent un mot français : Star Académie, Star Système, mais la structure inversée n’est pas française, mais anglaise. On devrait dire L’Académie des stars et Vedettariat (non pas le Système des stars). Le titre inversé Fatale-Station est aussi un anglicisme, alors que l’on devrait dire Station fatale. De plus, pourquoi ces germanismes : Oktobierfest (à Sainte-Adèle) et Igloofest (à Montréal) ? Le Festival de la bière et le Festival de la neige ou le Festival d’hiver ne sont pas des titres assez accrocheurs ? Que dire, finalement, de ce cri du cœur de France Beaudoin lors de l’émission En direct de l’univers du Jour de l’An : « Hallelujah de Leonard Cohen est la plus belle chanson québécoise » ? Quand on en est à qualifier une chanson en anglais de « plus belle chanson québécoise » (indépendamment de la qualité de cette chanson), on peut se poser des questions sur l’avenir du français au Québec !

Il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour trouver d’autres exemples. Il y en a déjà beaucoup dans Le Devoir lui-même. Il y a quelques semaines, la chroniqueuse Francine Pelletier parlait d’une « démonstration » au lieu d’une manifestation. La semaine dernière, dans un article sur la fusillade de la mosquée de Québec qui lui a valu une volée de bois vert, elle parlait de loner et de nerd. Dans sa chronique du 25 janvier, elle écrivait : « près de trois millions de personnes ont pris la rue partout sur la planète». Prendre la rue, to take to the street : en français, on descend dans la rue. Radio-Canada n’est pas en reste avec des titres d’émission comme « Médium large » et « La soirée est encore jeune » (the evening is still young). Et dans la vie de tous les jours on peut entendre l’interjection oh my God ! alors qu’il n’y a quand même pas si longtemps on disait mon Dou ! ou mon Dieu !


La question qu’on doit se poser est toujours la même : les Québécois utilisent-ils plus d’anglicismes aujourd’hui que naguère ? Difficile d’y répondre. Car on peut trouver des exemples d’anglicismes disparus ou en voie de disparition. Dans le numéro du Devoir d’aujourd’hui, la journaliste Odile Tremblay parle à propos de livres de meilleures ventes plutôt que de meilleurs vendeurs (best sellers). Et dans la vie de tous les jours (du moins à Québec), rupture de stock semble avoir éliminé back order.

Mais les mauvaises traductions continuent de fleurir :




mercredi 25 janvier 2017

L’influence d’un blog / 6


Le 15 mai 2016, j'écrivais dans un billet intitulé « Néologie en veilleuse » :

On se rend compte à quel point la veille néologique est loin d’être une priorité à l’Office québécois de la langue française quand on apprend que, parmi les néologismes qui font leur entrée dans l’édition 2017 du Petit Larousse, il y a le mot ciabatta, « pain à l'huile d'olive, plat et rectangulaire, dont la mie très aérée est recouverte d'une fine croûte lisse ». Le mot est absent du Grand Dictionnaire terminologique (GDT). Quand, en 2002, l’Office est allé s’établir au 750 boul. Charest Est à Québec, le café Agga, situé à un coin de rue, au 600 boul. Charest Est, et ouvert depuis 2000, vendait des sandwichs faits avec du ciabatta, ce qui semble avoir échappé à nos terminologues. Je pense déjà depuis un certain temps que l’usage, pour les rédacteurs du GDT, est plus souvent fantasmé qu’observé.


Le GDT a dorénavant une fiche « ciabatta », datée de 2016.

Déjà au mois de mai 2016, la maison Larousse avait annoncé que ciabatta ferait son entrée dans la prochaine édition de son célèbre dictionnaire. Une longueur d'avance sur le GDT.


mardi 24 janvier 2017

La néologie à l’ère Trump





Dans l’espace de quelques mois, on est retourné 50 ans en arrière. Comment est-ce possible ? Qui aurait cru, de plus, que les balises démocratiques que nous tenons pour acquis [sic], l’analyse des faits, l’absence de conflits d’intérêts, l’importance de respecter sa parole, de dire la vérité, la suprématie du savoir sur l’argent, la méritocratie avant l’aristocratie… tout ça serait haché menu par un « narcissomane » ? […]Aux dernières nouvelles, mis à part les artistes qui ont refusé de se prêter aux célébrations, il n’y a que le leader noir John Lewis, un héros de la déségrégation, qui a clairement désigné la « kakistocracie » (le gouvernement du pire) de Trump comme illégitime.
– Francine Pelletier, « Résister », Le Devoir, 18 janvier 2018


Francine Pelletier devrait avoir plus souvent recours à son dictionnaire. Trump et son entourage ne forment pas une aristocratie mais une ploutocratie (gouvernement des riches). Et le mot narcissomane, qu’elle a eu la prudence de mettre entre guillements, n'apparaît pas dans les dictionnaires français : on parle de narcissisme, de narcissique, de névrose ou de perversion narcissique, etc.


Quant au mot kakistocratie (la journaliste écrit kakistocracie sous l'influence de l'anglais), encore peu employé en français, il risque d'avoir un bel avenir devant lui... J'ai hâte de voir comment le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF) le traitera. Se contentera-t-on de dire qu’il est « acceptable en vertu des critères de traitement de l’emprunt linguistique en vigueur à l’Office québécois de la langue française » selon la formule passe-partout que l’on utilise désormais ? Le mot formé de deux mots grecs peut facilement être adopté dans les langues indo-européennes occidentales. Mais il ne faudrait pas négliger le problème de l’intégration orthographique en français. Le k est une lettre peu utilisée dans notre langue, apparaissant en particulier dans les emprunts à des langues non indo-européennes (koala, kimono, kibboutz…) ou aux langues indo-européennes non classiques, c’est-à-dire autres que le grec et le latin (kronprinz, knout, korrigan, kilt…). Dans les mots empruntés au grec, le kappa est généralement représenté par un c : cinéma, cycle, cryogénie, etc. Il arrive qu’on le conserve toutefois dans certains domaines spécialisés : kyste, kératite et kinésithérapie (médecine), kérygme (religion)… Pour certains mots, l’orthographe hésite : kola ou cola, korê ou corê (mais on a toujours kouros au masculin, non couros). Alors que fera l’Office ? Osera-t-on franciser et écrire caquistocratie ?


Visite incognito à Paris



La nouvelle administration américaine fait déjà sentir son influence jusque dans le domaine lexical : en anglais, le mot post-truth est déjà de plus en plus utilisé (terme non encore traité par le GDT). Et depuis cette semaine on parle de « faits alternatifs » (alternative facts) depuis que l’équipe de Trump conteste les chiffres de présence à l’investiture du nouveau président : 160 000 personnes selon le New York Times, contre 470 000 pour la marche des femmes le lendemain.

Cliquer sur l'image pour l'agrandir: ça vaut le coup

jeudi 19 janvier 2017

One step backward for a country, a giant leap for a man


Alt-right est, selon le dictionnaire Oxford, un des dix mots qui ont marqué l’année 2016 :

An ideological grouping associated with extreme conservative or reactionary viewpoints, characterized by a rejection of mainstream politics and by the use of online media to disseminate deliberately controversial content.


jeudi 12 janvier 2017

Voilà du boudin (air connu)


Il y aura bientôt trois ans, j’ai écrit deux billets sur les andains de neige (« Andains de neige » et « Andains de neige, bourrelets et merlons »). Un lecteur, M. Daniel Lavoie, m’a envoyé récemment le commentaire suivant :

J'ai aussi entendu lors d'un voyage récent en France « boudin de neige », expression que l'on pourrait qualifier de plaisante, du fait de son analogie avec un certain type de nourriture.