vendredi 28 juillet 2017

L’OQLF ouvre les vannes /3


Réflexions sur la nouvelle politique de l’emprunt linguistique de l’Office québécois de la langue française

Je continue mon analyse de la nouvelle Politique de l’emprunt linguistique de l’Office québécois de la langue française. J’arrive maintenant à ce que le document appelle les calques sémantiques et les calques morphologiques :

Un calque en usage en français au Québec est accepté :
a) s’il est non récent, généralisé, implanté et légitimé, et qu’il est intégrable au système linguistique du français […]
b) s’il est non récent, généralisé, implanté, partiellement légitimé et qu’il est intégrable au système linguistique du français […] (p. 15)


On trouve la même totologie que précédemment : « généralisé, implanté ». Et le même flou artistique en ce qui concerne la légitimation : Qui légitime ? L’Office ? Un calque est-il légitimé parce qu’il n’est pas critiqué dans les ouvrages normatifs auxquels on fait allusion page 26 ? Les terminologues de l’Office décideront-ils de la légitimité au cas par cas selon leur humeur ? Que fait-on quand un autre organisme normatif, par exemple le Bureau des traductions à Ottawa, décide de bannir une expression comme « être à l’emploi de » approuvée par l’Office ?


La tarte à la crème de l’intégrabilité au système linguistique du français revient aussi dans ce cas-ci mais on voit bien que les auteurs de la politique linguistique n’ont rien compris à la question. Car le calque est justement le moyen d’intégrer un emprunt : le français n’utilise pas l’emprunt intégral sky scraper mais le calque gratte-ciel. Dès sa première apparition en français, gratte-ciel était intégré au système linguistique !


Les auteurs de la politique linguistique confondent aussi allégrement emprunt sémantique et calque. Ce qu’ils appellent calque sémantique est en fait un emprunt sémantique et ce qu’ils appellent calque morphologique est un calque tout court.


Mais il y a pire dans la confusion. L’emprunt lexical est défini (p. 25) comme une « unité lexicale empruntée intégralement (forme et sens) ou partiellement (forme ou sens seulement) à une autre langue ». Essayons d’être le plus clair possible. Un emprunt lexical, c’est l’emprunt d’un mot. Quand on emprunte un mot, on emprunte à la fois non seulement sa forme sonore et graphique mais aussi son sens : par exemple, le mot iceberg en français a la même forme et le même sens qu’en anglais. Comment peut-on emprunter la forme seulement, sans le sens ? Pour ce faire, il faudrait, par exemple, que j’emprunte le mot anglais crumble et que je lui donne un sens qu’il n’a pas dans sa langue d’origine : au lieu de « croustade », je décide qu’il signifiera « pâté chinois ». Quelle absurdité !


Je note en terminant ce billet que, pour l’Office, les « calques de locutions, de collocations anglaises » « ne sont généralement pas acceptés». L’Office, qui trouve que la locution « être à l’emploi de » est une « adaptation […] parfaitement conforme au système linguistique du français » (GDT, 2003), devrait donc réviser sa position et s’aligner sur celle du Bureau des traductions à Ottawa.


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