Samedi dernier, Le Devoir
publiait une critique de Macbeth, pièce actuellement à l’affiche du théâtre
du Nouveau Monde dans une traduction (vieille) de Michel Garneau et dans une
mise en scène de Robert Lepage. On a dit que c’était Macbeth chez les
motards criminels : « Les motos, les vêtements de cuir, les armes,
les chaînes et les crinières, ça sert essentiellement à déclencher quelques
fous rires, et ce, dès la scène d’ouverture, dans laquelle un homme est
malencontreusement entraîné au fond du fleuve par un bloc de béton» (Christian
Saint-Pierre, «’Macbeth’ : varser l’sang », Le Devoir,
23 janvier 2026).
Pour le critique du Devoir,
« […] le spectacle présente une sobriété (pour une création de Robert
Lepage) qui permet à la véritable vedette, la traduction limpide et truculente
de Garneau, inspirée du français colonial du XVIIe siècle, de
briller de tous ses feux. ‘ J’ai quasiment oublié l’goût d’la peur. Y
fut un temps où c’qu’des cris pareils m’ara’ent glaçé ’es sensses, qu’les
ch’feux m’a’ra’ent dressé su’a tête comme des couleuv’ en entendant hurler
d’même. Mé j’doés t’ête ben rassasié d’horreurs. Pardu dans mes pensées
meurtriéres, l’effrayant, l’épouvantabe arrivent pus à m’fére de quoé.’ »
Sur QUB radio, Richard
Martineau n’a pas aimé cette version en québécois datant de 1978. Il estime que
les Québécois sont aujourd’hui plus instruits et qu’ils doivent avoir accès à
une version en français contemporain. On peut entendre ses commentaires dans
cette vidéo:
Ce que je trouve le plus
curieux, c’est que les deux critiques cités font référence à l’humour de la
mise en scène. Pour celui du Devoir, « […] Dominique Quesnel
provoque certainement les plus grands rires d’une soirée qui démontre, pour le
meilleur et pour le pire, que Robert Lepage n’a rien perdu de sa propension au
gag, quitte à rendre la scène finale plus grotesque que tragique. » Peut-on
pousser l’appropriation culturelle et le non-respect de l’auteur jusqu’à introduire
des éléments de comique dans une tragédie ? À vrai dire, cela est une
question oiseuse dans un pays qui s’est doté d’une École nationale de l’humour.
Et où l’on prend au tragique la moindre déclaration du président Trump et au
sérieux celles de l’histrion Macron.