dimanche 25 janvier 2026

Tragediante, commediante

 

Samedi dernier, Le Devoir publiait une critique de Macbeth, pièce actuellement à l’affiche du théâtre du Nouveau Monde dans une traduction (vieille) de Michel Garneau et dans une mise en scène de Robert Lepage. On a dit que c’était Macbeth chez les motards criminels : « Les motos, les vêtements de cuir, les armes, les chaînes et les crinières, ça sert essentiellement à déclencher quelques fous rires, et ce, dès la scène d’ouverture, dans laquelle un homme est malencontreusement entraîné au fond du fleuve par un bloc de béton» (Christian Saint-Pierre, «’Macbeth’ : varser l’sang », Le Devoir, 23 janvier 2026).

Pour le critique du Devoir, « […] le spectacle présente une sobriété (pour une création de Robert Lepage) qui permet à la véritable vedette, la traduction limpide et truculente de Garneau, inspirée du français colonial du XVIIe siècle, de briller de tous ses feux. ‘ J’ai quasiment oublié l’goût d’la peur. Y fut un temps où c’qu’des cris pareils m’ara’ent glaçé ’es sensses, qu’les ch’feux m’a’ra’ent dressé su’a tête comme des couleuv’ en entendant hurler d’même. Mé j’doés t’ête ben rassasié d’horreurs. Pardu dans mes pensées meurtriéres, l’effrayant, l’épouvantabe arrivent pus à m’fére de quoé.’ »

Sur QUB radio, Richard Martineau n’a pas aimé cette version en québécois datant de 1978. Il estime que les Québécois sont aujourd’hui plus instruits et qu’ils doivent avoir accès à une version en français contemporain. On peut entendre ses commentaires dans cette vidéo:

 


Ce que je trouve le plus curieux, c’est que les deux critiques cités font référence à l’humour de la mise en scène. Pour celui du Devoir, « […] Dominique Quesnel provoque certainement les plus grands rires d’une soirée qui démontre, pour le meilleur et pour le pire, que Robert Lepage n’a rien perdu de sa propension au gag, quitte à rendre la scène finale plus grotesque que tragique. » Peut-on pousser l’appropriation culturelle et le non-respect de l’auteur jusqu’à introduire des éléments de comique dans une tragédie ? À vrai dire, cela est une question oiseuse dans un pays qui s’est doté d’une École nationale de l’humour. Et où l’on prend au tragique la moindre déclaration du président Trump et au sérieux celles de l’histrion Macron.


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