mercredi 7 janvier 2026

La baisse de la réussite scolaire n’est pas récente


Dans plusieurs centres de services scolaires (CSS) de la province, la réussite scolaire des élèves s’est effritée l’an dernier, a constaté Le Devoir. […]

[…] le rapport annuel [du CSS de Montréal] mentionne que « les taux de réussite en français ont baissé, notamment chez les élèves du primaire ayant un plan d’intervention », de même que chez ceux du secondaire ayant fréquenté une classe d’accueil au cours des cinq dernières années.

Le taux de diplomation et de qualification des élèves après sept ans a par ailleurs diminué de 2 % à l’échelle du Québec entre 2023 et 2024. Une descente qui s’élève à 3,2 %, en moyenne, dans l’ensemble du réseau montréalais.

— Zacharie Goudreault, « Les taux de réussite des élèves préoccupent au Québec », Le Devoir, 7 janvier 2026.

 

Il est curieux que Le Devoir présente la baisse de la réussite scolaire comme s’il s’agissait d’un phénomène qui daterait de 2023. En 2024, il titrait : « Des résultats à la baisse aux examens ministériels de français » et il expliquait : « le taux de réussite à l’épreuve ministérielle d’écriture de 5e secondaire se chiffre à 70,7 % dans l’ensemble de la province, une diminution de quatre points de pourcentage [< percentage point, point, tout court, en français] par rapport à 2023 (74,8 %). »

En 2000, le taux de réussite était de 90 % en 5e secondaire. En 2024, il était tombé à 71 %.

Pour plus de détails, voir mon billet « Des chiffres et des lettres : les résultats de 5e secondaire ».

 

 

lundi 5 janvier 2026

Des nouvelles du Daily Myles


Le Devoir a publié dimanche sur son site le texte de la pétition concernant le congédiement du chroniqueur Christian Rioux, avec la liste des 420 signataires. Rien, bien évidemment, dans l’édition papier d’aujourd’hui.

Les personnes qui n’étaient pas prises par les festivités de la nouvelle année ont eu hier la possibilité de faire des commentaires sur le site du journal, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

La direction a réaffirmé sa position : « La fin de cette collaboration n’est aucunement liée aux opinions exprimées par M. Rioux. Elle s’inscrit plutôt dans un contexte où les conditions nécessaires à des échanges professionnels respectueux et à un fonctionnement harmonieux de la rédaction ne pouvaient plus être pleinement réunies. » À 5 500 km de distance, Christian Rioux réussissait à empoisonner le climat de travail à Montréal. Bravo l’artiste !

La gestion de la crise a été parfaite. Congédiement au début de la période des Fêtes pendant que les gens étaient occupés ailleurs. Publication de la pétition juste avant la reprise des activités normales. Où était l’urgence de signer la lettre avant le 1er janvier à minuit ?

Pour l’instant, les pétitionnaires semblent les dindons de la farce. À moins qu’il n’y ait une reprise de la mobilisation. Des dizaines de personnes qui n’étaient pas au courant de la démarche ont manifesté leur volonté d’y adhérer.

Daniel Turp indique sur sa page Facebook que « [p]lusieurs signatures nous sont parvenues depuis lors et la liste complète et actualisée des signatures est accessible à l’adresse : https://e4db1137-1275-470c-bd18-7eebcf33e2a9.usrfiles.com... Il est possible d’ajouter d'autres noms à cette liste en faisant parvenir un courriel aux adresses suivantes : daniel.turp (à) umontreal.ca et ericouellet.avocat (à) gmail.com. »

 

 

lundi 29 décembre 2025

Le beau cadeau de Noël de Christian Rioux


C’est par sa page Facebook que nous avons appris que Christian Rioux avait été congédié par le Devoir. Le quotidien s’est déjà débarrassé de Normand Baillargeon, Lise Payette, Antoine Robitaille de façon tout aussi élégante.

Sur la page Facebook de Richard Martineau, Christian Rioux explique les raisons de son départ. Extraits : « …depuis le changement de direction, je n’étais pas dans les grâces de la nouvelle équipe. […] …la rédactrice en chef a décidé de resserrer son contrôle sur les chroniqueurs. On m’a par exemple refusé une chronique sur le changement de nom des Dix petits nègres d’Agatha Christie. C’était un mois exactement avant que ce débat n’éclate au Québec avec la suspension de Verushka Lieutenant-Duval à l’Université d’Ottawa. Il y a deux ans, ce contrôle s’est encore resserré virant en une sorte de guérilla permanente. […] Ce harcèlement s’est accentué avec la mise en place d’un groupe de « fact checking » qui est aussi en partie un comité de censure destiné à remettre les chroniqueurs dans la droite ligne. […] sous prétexte d’éthique, ce « fact checking » s’exerce minutieusement sur tous les textes qui concernent l’islam, l’immigration ou le genre, mais à peu près pas sur ceux qui concernent la politique française, la culture ou l’Union européenne. »

Comme par hasard, une note de service de la direction du journal a en partie fuité :

 


On notera que la direction prévoyait qu’il y aurait « une petite tempête ». Ce genre de fuite est typique de la gestion de crise et laisse supposer que la tempête est plus grosse qu’on l’avait prévu. Il pouvait donc être utile d’instiller l’idée que le comportement de Christian Rioux était de nature à nuire à « un environnement de travail sain et respectueux pour l’ensemble du personnel du Devoir, syndiqués et cadres compris ». Quelle est donc cette direction incapable de gérer un chroniqueur basé à 5 500 km du siège social ?

La note de service mérite quelques commentaires linguistiques. La datation est en anglais. L’appellation « groupe pour la rédaction » est pour le moins bancale. « Un dernier texte de salutation » : serait-ce donc que Christian Rioux avait l’habitude d’écrire des textes de salutation ? On notera l’euphémisme : on n’ose pas dire faire ses adieux. Je crois deviner l’identité de l’auteur (oserais-je dire de l’autrice ?) de ce texte.

Plus de 200 personnalités ont accepté de se joindre au mouvement lancé par le constitutionnaliste Daniel Turp « pour interpeller Le Devoir afin qu’il soit fidèle à sa propre exigence ». Il écrit sur sa page Facebook : « je vous invite à me contacter directement par courriel à l’adresse daniel.turp(à)umontreal.ca et vous ferai parvenir l’information relativement à cette mobilisation ».

 

 

mercredi 17 décembre 2025

Phénomènes identitaires


Dans les années 1980, j’ai participé à un colloque dans une fac de gauche, expression qui est rarement un oxymore en France. Une linguiste communiste a tenu à commencer son intervention en précisant son lieu de parole, comme c’était la mode alors : je vous parlerai du lieu de la praxématique.

Aujourd’hui la mode a évolué. Dans le monde anglo-saxon, on trouve maintenant des gens qui précisent les pronoms que l’on doit utiliser pour parler d’eux (cliquer ici). On en a eu récemment une illustration lors d’une assemblée au Royaume-Uni de Your Party, nouveau parti qui rêve d’une alliance communiste, islamiste et trans. Un participant, j’use du masculin parce que j’ai d’abord pensé que c’était un homme, a commencé son intervention en disant « I use she pronouns » (voir la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=ECMde0hTOpQ&t=551s).

 


Rêvons un peu et réécrivons l’histoire. Imaginons le président Félix Faure expirant dans un boudoir à l’Élysée en suçurant :

 



mercredi 19 novembre 2025

Brownie, brown, brun : l’argot québécois, le parent pauvre de la lexicographie subventionnée

Les querelles intestines du Parti libéral du Québec révélées par le Journal de Montréal/de Québec, nous ont appris le sens argotique du mot brownie : « Ce que dit le journal, c’est que dans le jargon populaire, un brownie peut vouloir dire un billet de 100 $ » (Radio-Canada, mercredi 19 novembre 2025, « Le PLQ en crise : Marwah Rizqy suspendue »). Pour Isabelle Porter du Devoir, le mot aurait plutôt été utilisé dans une conversation en anglais : « l’une des deux personnes affirme en anglais que les membres reçoivent un ‘ brownie ‘ pour voter. Cette expression est parfois utilisée pour faire référence à des billets — bruns — de 100 $ ».

J’ai consulté Usito, notre dictionnaire national (au sens qu’il est payé à même nos impôts), mais il n’est d’aucune utilité dans ce cas, il n’enregistre brownie qu’au sens de « carré au chocolat et aux noix ». L’intelligence artificielle est ici plus utile :

While "brownie" isn't a common Canadian slang term for $100, the slang term "brown" or "brun" is used, particularly in Quebec, to refer to a $100 bill due to its color.

"Brown": This slang term is used in both English and French-speaking parts of Canada. For example, a Québécois person might say, "ça va te coûter une coup' de bruns" (it will cost you a couple of brown notes).

Québécois often refer to the 100$ note as "un brun".

Dans Usito, vous ne trouverez pas brun au sens de « billet de 100 dollars ». C’est de l’argot québécois.

L’entrée brun dans Usito est particulièrement déficiente. On n’y trouve que deux sens : « couleur brune » et « matière colorante brune ». Aucune mention d’un beau brun ni d’une belle brune. Ni de brune pour désigner une cigarette ou une bière. Acceptions que l’on trouve dans le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui (le Robert québécois).

 


Perplexité


À la suite de la sotte affirmation des linguistes atterré·e·s que « l’anglais ne connaît pas de genre grammatical » (p. 17), j’ai écrit un billet où je rappelais qu’en anglais contemporain on se servait du pluriel dans certains cas pour éviter de préciser le sexe d’une personne : Every child expects their mother to love them (cliquer ici pour lire mon billet « Un pluriel fort singulier »).

J’ai reçu ces jours derniers un courriel de mon libraire annonçant la parution d’un ouvrage d’un auteur vivant à Québec. Dans ce message, l’utilisation du pluriel pour désigner une seule personne est particulièrement déroutante :

Before becoming a science-fiction writer, Geoffreyjen Edwards led a successful career as a full-time scientist. They populates their world-building by drawing on experience in fields as diverse as astrophysics, AI, geomatics, design, disability studies and more. Messioph: The First Book of Ido is the sequel of their first published science-fiction novel, Plenum: The First Book of Deo.

Having taken on the role of Editor-in-Chief of their publisher, Untimely Books, Dr. Edwards will present other books in addition to their own. 

 

Je parviens difficilement à suivre l’évolution de la grammaire woke. Ou bien, dans ce cas-ci, s’agit-il tout simplement de l’accumulation de bourdes ?

 

jeudi 30 octobre 2025

In memoriam Louis-Jean Calvet


Je viens d’apprendre le décès de Louis-Jean Calvet, figure marquante de la sociolinguistique francophone.

Extrait du communiqué de Michelle Auzanneau :

C’est avec une grande tristesse que je vous annonce le décès de Louis-Jean Calvet. Il est parti hier, 29 octobre, dans le pays qui l’a vu naître en 1942, la Tunisie.

Pionnier de la sociolinguistique française, son travail a marqué et influencé la réflexion de nombre de chercheuses et de chercheurs à travers le monde. Après avoir enseigné à l’université René Descartes-Sorbonne, créé le Laboratoire de sociolinguistique et la revue Plurilinguismes dans cette même université, il a poursuivi ses activités à l’université d’Aix-en-Provence jusqu’à sa retraite. Une retraite qui n’a pas mis de terme à ses activités, bien au contraire.

Défricheur, érudit, chercheur infatigable, ayant continuellement un ouvrage en cours, une conférence à donner, un avion à prendre, il nous laisse un héritage intellectuel considérable dans de nombreux domaines. Spécialiste de la chanson française, il connaissait ce monde de l’intérieur, y comptait des amis proches et a produit plusieurs biographies d’auteurs. Les nombreux hommages qui lui ont été rendus (colloques, ouvrages, BD) et son autobiographie témoignent de son œuvre.

*   *   *

J’ai connu personnellement Louis-Jean Calvet en 1997 quand je suis devenu membre du comité scientifique du réseau Sociolinguistique et dynamique des langues de l’Agence universitaire de la Francophonie. Nous avons participé ensemble aux Journées scientifiques du réseau à Rabat et à Ouagadougou. Ensemble nous avons été membres du comité scientifique des revues Marges linguistiques et de la Revista de Llengua i Dret. Il s’intéressait beaucoup à la chanson et j’ai été étonné, lors de sa dernière visite à Québec, de l’entendre me parler des Cowboys fringants.

 

Journées scientifiques de Rabat
Au premier rang, LJC est le deuxième à partir de la droite