dimanche 2 août 2026

Tant qu’à parler de bizarreries

 

Dans « la bien-aimée rubrique Point de langue » que « l’été ramène dans son sillage », nous avons pu lire ces dernières semaines une chronique à moitié écrite par Vaugelas et une autre portant sur quelques obsessions de nos endogénistes comme bonhomme Sept-Heures et breuvage. « La littérature française », nous a-t-on appris, « offre plusieurs attestations du mot breuvage avec le sens de ‘ boisson ‘ ». Rien d’étonnant, le mot ne peut quand même pas désigner une viande. Ce que la bien-aimée chroniqueuse oublie (en supposant qu’elle l’ait jamais su), c’est qu’elle aurait dû tenir compte de la connotation, pas seulement de la dénotation. Elle donne un exemple : « Citons Voyage au centre de la Terre de Jules Verne (1864) : ‘ Au dessert, il nous servit quelques tasses de café, et jamais ce délicieux breuvage ne me parut plus agréable à déguster. ’ » Le contexte indique clairement que le mot ne désigne pas une simple boisson, qu’il est pris au sens de « boisson composée, préparée en vue d'un certain effet, ayant des propriétés particulières, réelles ou supposées (curatives, magiques, bénéfiques ou néfastes) » (Trésor de la langue française informatisé).

La dernière chronique, « De quelques bizarreries visées par les Rectifications de l’orthographe » (Le Devoir, 1er août 2026), m’offre l’occasion de mentionner une « bizarrerie » qui a échappé à l’attention de la lexicologue-professeure qui nous apprend qu’« … on supprime le circonflexe s’il ne joue pas un rôle distinctif entre deux homophones (maitrise et aout, mais l’adjectif sûr demeure pour le distinguer de la préposition sur)… ». J’ajoute que les Rectifications imposent d’écrire mûr (adjectif) avec le circonflexe pour éviter la confusion avec mur (substantif, ouvrage de maçonnerie) mais indiquent qu’il faut l’écrire sans accent au féminin. Pourtant, au féminin, cela introduit bel et bien une confusion avec le fruit, mûre que les Rectifications écrivent sans accent : les mures sont mures. Dans mûre, l’accent joue « un rôle distinctif entre deux homophones ». Je ne doute pas qu’on puisse trouver d’autres invraisemblances dans les Rectifications. Rappelons qu’un « banc d’essai » conduit par l’équipe du Robert peu après la publication des Rectifications concluait que ces dernières ajoutaient de nouvelles exceptions à une langue qui en contient déjà beaucoup.