dimanche 22 mars 2026

Des deps au pays des Kebs

 

Ces jours derniers, sur la page Facebook d’un membre de l’Asulf (Association pour l’usage et le soutien de la langue française), il y a eu quelques échanges sur le bien-fondé d’appeler dépanneur un commerce de proximité. Rappelons que dans les années 1970 l’habitude avait commencé à se répandre d’appeler ces commerces des accommodations (« je vais à l’accommodation acheter du lait, de la bière) ». Dans les premières années de cette décennie, sous la direction linguistique de Jean-Claude Corbeil, l’Office de la langue française avait proposé l’appellation dépanneur alimentaire (je me rappelle qu’une terminologue de l’époque, Thérèse Villa, tenait fermement à l’adjonction de l’adjectif). La proposition a été bien acceptée mais l’usage l’a immédiatement tronquée pour ne conserver que dépanneur. C’est sans doute la proposition de l’Office qui s’est répandue le plus rapidement. Le mot s’est même intégré très tôt non seulement dans l’anglais parlé à Montréal, où il a été réduit à dep, mais aussi dans la langue écrite. Dans le Montreal Star du 15 novembre 1973 on pouvait lire : « Business Opportunities... grocery licenced, butcher, fruit and vegetables. Near Verdun metro. Ideal for ‘depanneur’. » Même le Trésor de la langue française au Québec (TLFQ) n’a pas d’attestation plus ancienne en français. Dans la McGill Tribune du 28 novembre 2017: « Deps are ubiquitous all over Quebec, especially near McGill’s Downtown campus. » On peut trouver aussi des attestations dans la presse anglophone hors Québec.

Dépanneur a été normalisé par l'Office de la langue française en 1983. Il est entré en 2015 dans l’Oxford English Dictionary sous la forme depanneur :

Canadian.

Esp. in Quebec: a small local shop selling goods such as groceries, newspapers, cigarettes, beer, and wine; a convenience store.

Also shortened to dep.

Je ne vois pas ce qu’on peut reprocher à cette proposition de l’Office. Pour une fois, à l’époque contemporaine, que le Québec exporte un mot dans la langue majoritaire de l’Amérique du Nord (exception faite, évidemment, des noms propres : Cirque du Soleil, Céline, etc.).

 

 

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