jeudi 13 septembre 2012

On se fait les stéréotypes que l’on peut


« Non, assurément, la France n'est pas aimée en Algérie, même si sa langue, résistant à l'arabisation au rabais des seventies, continue à être pratiquée par des Algériens, considérés à juste titre comme de meilleurs francophones que les Québécois. »

Citation tirée d’un texte, au titre curieux, d’El Houari Dilmi, « La langue algérienne n'appartient pas qu'aux Français ! » paru dans Le Quotidien d’Oran, 13 septembre 2012

mardi 4 septembre 2012

L’avis mal avisé du CSLF


C’est fait, le Parti québécois revient aux affaires. On peut s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses en matière de défense du français. Mais pourra-t-il tenir celle d’abolir le libre choix de la langue d’enseignement au cégep ? Il se heurtera à l’avis du Conseil supérieur de la langue française qui recommande le maintien du libre choix. Avis qui a du plomb dans l’aile depuis que l’on sait que certaines statistiques sur lesquelles il s’appuie sont erronées. Rappelons les faits.

Dans son avis, le Conseil constate que les allophones fréquenteraient de plein gré le cégep français dans une proportion de 64,2 % (selon des données fournies par le ministère de l’Éducation). Or, on a appris depuis que la proportion est plutôt de 51,5 % (voir mon billet Seulement une bataille de chiffres, vraiment ?). Le Conseil a beau affirmer qu'« il convient de souligner que l'avis ne reposait pas sur ces seules données statistiques. Les principaux constats présentés dans l'avis du CSLF demeurent les mêmes, pour l'essentiel », il n’en demeure pas moins qu’il y a une bonne différence entre « guère plus de la moitié » et « presque les deux tiers ». Quoi qu’en dise le Conseil, la donnée erronée de 64,2 % a pesé dans la balance.


Le nouveau ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française devra demander au Conseil supérieur de la langue française et au ministère de l’Éducation de lui rendre des comptes.


vendredi 24 août 2012

Cyniques, les Québécois?


J’en ai plus qu’assez d’entendre notre classe politique répéter que les Québécois sont cyniques. Car qu’est-ce que le cynisme ? Pour Littré, le mot est synonyme d’« effronterie, impudence, obscénité ». Wikipédia précise qu’« on parle de nos jours de cynisme pour désigner un mode de pensée qui diffère tellement des normes établies (en particulier dans le domaine de la morale) qu’il en deviendrait choquant ». Les citoyens ne sont pas cyniques, ils sont désabusés, écœurés, désillusionnés, voire tout simplement lucides. Ce sont certains politiciens qui sont cyniques, c’est-à-dire impudents et effrontés quand ils émettent des opinions sarcastiques sur les étudiants ou quand ils se permettent des jugements méprisants sur les jeunes, comme de dire qu’ils ne pensent qu’à faire la belle vie.

Ce texte a paru dans Le Devoir du 24 août 2012.

lundi 13 août 2012

Retour sur la campagne de publicité de l’OQLF


Dans cinq billets, j’ai traité de la campagne de promotion menée en 2011 et 2012 par l’Office québécois de la langue française en matière d’affichage des noms d’entreprise : Le français et son image de marque (14 novembre 2011), Mais où est donc passée la nette prédominance du français ? (17 novembre), À la recherche de la prédominance perdue (18 novembre), L’incohérence d’une campagne de promotion (22 novembre), La campagne de promotion de la nette prédominance de l’anglais (7 février 2012).


Dans sa publicité, l’OQLF affirme que lorsqu’une marque de commerce est affichée comme nom d’entreprise elle doit être accompagnée d’un générique, d’un terme descriptif ou d’un slogan en français. Me basant sur un avis officiel du Conseil de la langue française publié en 2000, je mettais en doute le bien-fondé de l’action de l’Office. N’étant pas un lecteur régulier de La Presse, ce n’est que maintenant que je découvre l’article du 15 mars de Denis Lessard montrant qu’« en haut lieu » aussi on trouve que les assises juridiques de la campagne de l’Office sont fragiles. Voici quelques extraits de l’article « Tensions linguistiques en haut lieu » :

La campagne récente de l’Office québécois de la langue française (OQLF) sur la francisation des raisons sociales a fait grincer des dents au gouvernement Charest. En dépit des prétentions de l’organisme, rien ne force les sociétés à ajouter un « descriptif en français » à leur raison sociale si elle est en anglais.
[…]
Dans sa campagne lancée en novembre, l’Office affirme que « respecter la Charte de la langue française dans l’affichage d’une marque de commerce comme nom d’entreprise, c’est au minimum afficher un descriptif en français ». À Québec, on a sursauté. Non pas parce que la publicité a été préparée par Brad, firme dirigée par Dany Renaud, proche de Jean Charest. Mais parce que l’on sait que l’Office n’a aucune assise juridique pour étayer son affirmation.
[…]
Le site internet mis en place pour la campagne de l’Office induit les sociétés en erreur, a-t-on confié à La Presse. On dit par exemple que « la Charte prévoit que les expressions tirées d’une autre langue doivent être accompagnées d’un descriptif (générique) en français dans les noms d’entreprise. Le descriptif (générique) peut être, par exemple, un mot, un groupe de mots ou un slogan, mais pour être acceptable il doit être visible et permanent, et décrire les activités de l’entreprise ».
Selon l’Office, « même si elle est enregistrée, lorsque cette marque de commerce est utilisée comme nom d’entreprise, la Charte de la langue française exige qu’elle soit accompagnée d’un descriptif (générique) en français ». Or, dans la loi, rien ne force l’entreprise dont la raison sociale [sic; il s'agit plutôt de la marque de commerce] est en anglais à ajouter un générique pour préciser son champ d’activités.
[…]
La campagne de l’Office fait fi d’un avis formel du Conseil de la langue, fourni au gouvernement de Lucien Bouchard en 2000, à l’époque où Louise Beaudoin était ministre responsable. Le gouvernement péquiste s’était fait dire qu’il devrait se rabattre sur des mesures incitatives pour que les entreprises francisent leur raison sociale [encore une erreur : il s'agit de la marque de commerce affichée comme nom de l'entreprise], puisque du point de vue de la loi, il n’était pas en terrain solide.



mardi 17 juillet 2012

Qu’il est difficile de faire avancer le schmilblick !


Il y a un mois (« Premières impressions »), je notais la présence d’un anglicisme dans une fiche que le Grand Dictionnaire terminologique venait de mettre en ligne :

« … le transport par navette peut s'effectuer selon des intervalles d'une journée, d'une semaine ou d'un mois, dépendant du rythme de rotation des équipes de travail ».


La phrase a depuis été corrigée :

« … le transport par navette peut s'effectuer selon des intervalles d'une journée, d'une semaine ou d'un mois, l'intervalle dépendant du rythme de rotation des équipes de travail. »


L’Office québécois de la langue française se décide enfin à réagir… un petit peu. Mais on n’a toujours pas corrigé un autre problème signalé dans le même billet, les fautes d’orthographe dans la définition anglaise de la fiche « house league » : « A leaque, in U.S. english, is an association of sports clubs or teams ». Et on n’a toujours pas non plus apporté de corrections à de nombreux autres problèmes que j’ai signalés depuis des mois.


lundi 16 juillet 2012

Seulement une bataille de chiffres, vraiment ?



Le 5 juillet dernier, le Conseil supérieur de la langue française (CSLF) émettait un communiqué sur les données statistiques sur la langue d’enseignement au cégep que lui avait fournies le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS). Le MELS avait en effet publié le 27 juin 2012 des indicateurs statistiques « dont certains diffèrent de ceux qui ont été fournis au CSLF » et que ce dernier avait cités dans son avis La langue d’enseignement au cégep rendu public en 2011. « Or, la publication des indicateurs linguistiques [du MELS], le 27 juin 2012, fait ressortir le fait que les chiffres employés dans les tableaux et graphiques 1 à 5 de l'avis du CSLF sont différents de ceux qui lui ont été envoyés en 2011. La plus grosse différence concerne le pourcentage d'allophones qui se sont inscrits pour une première fois dans des cégeps français en 2009 : 64,2 % selon les données obtenues en mars 2011, et 51,5 % selon les données qui viennent d'être rendues publiques. Le CSLF reconnaît que cet écart est important et il attend toujours des explications à ce propos de la part du MELS. »


Le communiqué du Conseil ajoute : « il convient de souligner que l'avis ne reposait pas sur ces seules données statistiques. Les principaux constats présentés dans l'avis du CSLF demeurent les mêmes, pour l'essentiel ». Le MELS a surévalué de plus d’une douzaine de points la présence des allophones dans les cégeps français et le Conseil nous dit tout uniment que son constat va rester le même. Il y a de quoi s’inquiéter.


Le CSLF écrit dans son communiqué qu’il « attend toujours des explications » de la part du MELS. Nous aussi.



Cette histoire m’a amené à vérifier si les données statistiques remontant au début des années 1980 et publiées dans les indicateurs du MELS en 2012 concordaient bien avec celles, fournies par lui, que l’Office québécois de la langue française avait utilisées dans son bilan de 2008. Une petite surprise m’attendait. Pour le tableau 3.9 du bilan de l’Office (Rapport sur l’évolution de la situation linguistique, p. 88), certaines données ne concordent pas même si les différences sont minimes.


Voici le tableau 3.9 du bilan de l’Office. J’ai ajouté en bleu des titres de colonnes car cela sera utile dans les explications qui vont suivre.



Dans sa publication du 27 juin 2012, le MELS nous avertit que « depuis 2007, la langue d'enseignement "Bilingue" n'existe plus au collégial. Le ministère a modifié sa collecte de données auprès des collèges qui ont désormais le choix entre le français et l'anglais. Les informations ont été corrigées en conséquence de façon rétrospective. » Vous avez bien lu : on corrige les statistiques de façon rétrospective. Comme dans le roman 1984 de George Orwell, c’est l’application du principe de la « mutabilité du passé ». La catégorie « bilingue » a disparu en 2007 et on l’a aussi fait disparaître des données statistiques antérieures. Curieuse façon de procéder.


Dans le tableau suivant, les données publiées par le MELS en 2012  concernant les élèves allophones qui étudient en français apparaissent en caractères rouges. On voit que ces données sont le résultat de l’addition des colonnes C et E qui apparaissent en vert. Toutes les données de l’ancienne catégorie « bilingue » ont été additionnées aux données du français plutôt que réparties à parts égales entre le français et l’anglais. Bien qu’il s’agisse de petits nombres, on peut quand même se demander pourquoi.




Pour terminer ce billet, un autre élément d’information concernant le MELS. Dans le dernier numéro des Échos, le bulletin de liaison de l’Association des démographes du Québec, on peut lire ceci (p. 7) :


Depuis quelques années, Robert Maheu tente en vain d'obtenir des statistiques sur le dossier linguistique de la part du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS). D'autres chercheurs ont connu les mêmes mésaventures que lui: courriels laissés sans réponse, messages téléphoniques sans rappel, échéanciers non respectés (sans explications ni excuses) etc. Il s'est adressé à la responsable de l'accès à l'information du MELS qui lui a répondu qu'à partir de 2008-2009, les statistiques sur le dossier linguistique ne sont pas encore rendues publiques ou diffusées car elles sont à l'état d'ébauche ou de projet. Il pense que cela sent l'embargo politique à plein nez. Ayant maintenant la preuve que certaines des statistiques demandées ont bel et bien été produites dans une forme propice à leur diffusion, il a le sentiment amer d'avoir été dupé et trompé par le MELS, un ministère auquel il a consacré 25 années de sa vie. Il plaint ceux qui doivent gérer cet embargo.



mercredi 4 juillet 2012

L’Office et l’usage québécois : la géométrie variable à l’œuvre


Le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française a pris, depuis une dizaine d’années, un virage lexicographique : consignation des usages (attestés essentiellement à l’écrit) en les affublant d’une « marque », le plus souvent « langue courante ». On se contente donc d’enregistrer les usages plutôt que de déterminer quelle est la meilleure dénomination pour un objet ou un concept dans un domaine donné. C’est ce virage qu’ont dénoncé dix-neuf anciens terminologues de l’Office dans le manifeste Au-delà des mots, les termes.


Le GDT procède à la description des usages québécois au petit bonheur la chance. Certains mots échappent au révisionnisme lexicographique qui s’est emparé du GDT. Prenons un exemple, le mot vidéo. Il est donné comme étant de genre féminin. La fiche ne fait pas mention du fait que, dans l’usage québécois, le mot est très souvent (peut-être majoritairement ?) utilisé au masculin, même sur le site Internet de Radio-Canada :


Source : http://www.radio-canada.ca/emissions/une_heure_sur_terre/2011-2012/Chronique.asp?idDoc=201872


Extrait de la fiche du GDT :