lundi 18 janvier 2021

Ambulanciers et paramédicaux

 

À la une du Devoir aujourd’hui :


  

Des ambulanciers de diverses régions du Québec sont prêts à aider les infirmières débordées et à bout de souffle dans les hôpitaux. La Coopérative des techniciens ambulanciers de la Montérégie (CETAM) lance un appel au gouvernement. « J’ai des effectifs disponibles, affirme Martin Benoit, directeur général de la CETAM. Ne nous oubliez pas ! »

M. Benoit dit avoir interpellé Québec à ce sujet avant Noël. « Un paramédic pourrait-il être utilisé à l’urgence pour faire du triage ? demande-t-il.

[…]

Les paramédicaux pourraient jouer un rôle au triage…

 

Que de termes pour désigner la même fonction ! Il faut dire que le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF) multiplie les synonymes :

 

Le GDT met en vedette « technicien ambulancier paramédical » et précise dans une note que « paramédic » ne s’intègre pas au système linguistique du français. À partir du moment où l’OQLF accepte « paramédical », tout court, il est difficile de comprendre que l’on rejette « paramédic », qui n’est qu’une simple apocope (comme « télé »).

 

Notons que sur le site de l’Asulf (Association pour le soutien et l’usage de la langue française) on trouve une fiche beaucoup plus simple :

Cliquer sur l'image pour l'agrandir

 

Dans le Trésor de la langue française informatisé, j’ai découvert ceci :

 

Empl. subst. Une relation suivie avec les entraîneurs, un rapport constant avec les médecins fédéraux, un travail conjoint avec les paramédicaux qui entourent les athlètes (Le Monde, 22 déc. 1982, p.12, col. 2)

 

On comprend de la citation que les paramédicaux ne sont pas des ambulanciers.

 


 

lundi 11 janvier 2021

Vers la suppression de l'épreuve uniforme de français?

 

 Une directive ministérielle suspendant exceptionnellement, en raison de la pandémie, l’exigence de réussir l’Épreuve uniforme de français pour obtenir un diplôme d’études collégiales sème de vives inquiétudes chez les profs de cégep. Pour plusieurs d’entre eux, cette nouvelle directive, qui suggère que l’épreuve n’est plus obligatoire pour quiconque y a échoué depuis que sa réussite a été rendue nécessaire à l’obtention du diplôme en 1998, vient dévaluer les efforts de tous les étudiants qui l’ont réussie et laisse présager, à terme, son abandon.

– Lisa-Maire Gervais, « 22 ans d’épreuve uniforme de français risquent d’être jetés à l’eau », Le Devoir, 9 janvier 2021

 

La directive ministérielle suspendant l’exigence de réussite à l’épreuve ministérielle de français cache peut-être une volonté de la faire disparaître. Car les résultats sont gênants depuis plusieurs années. Depuis 1997-1998, le taux global de réussite est à la baisse. Le Ministère a tenté d’atténuer cette baisse en ne publiant des graphiques sur l’évolution du taux de réussite qu’à partir de 2000-2001, ce qui lui a permis de montrer qu’il y a eu une hausse en 2002-2003 mais ce qui cache le fait que la cote la plus haute a été atteinte plus tôt, en 1998-1999. Et la tendance demeure de toute façon à la baisse.

L’évaluation de la réussite se fait selon trois critères, les deux premiers ne sont pas discriminatifs puisque le taux de réussite y dépasse les 95 %. Ce qui permet de ne pas trop attirer l’attention sur les résultats au troisième critère, celui de maîtrise de la langue : la tendance y est nettement à la baisse depuis 1997-1998.

On constate la tendance inverse pour les cotes les plus faibles du sous-critère de l’orthographe : les cotes E (21 à 30 fautes) et F (31 fautes et plus) sont en progression.

J’ai publié neuf articles analysant l’évolution des résultats à l’épreuve uniforme de français de l’année scolaire 1997-1998 à 2015-2016. Le résumé se trouve à la page suivante :

http://linguistiquement-correct.blogspot.com/2018/04/epreuve-uniforme-de-francais-langue.html

En partant de cette page, vous trouverez les analyses plus détaillées de chaque critère et sous-critère.

Je ne suis pas parvenu à trouver sur le site du Ministère les résultats postérieurs à l’année scolaire 2015-2016.

 

mercredi 30 décembre 2020

Propos d’Alain Rey

 

Le lexicographe Alain Rey nous a quittés le 20 octobre 2020. J’ai eu l’occasion de travailler avec lui lorsque les Éditions Le Robert ont accepté de coéditer trois des ouvrages que j’avais dirigés (La crise des langues, Politique et aménagement linguistiques et, le premier, La norme linguistique, codirigé avec Édith Bédard). Le jour même de sa mort le hasard a fait que j’ai publié dans ce blog un article où je citais sa biographie d’Émile Littré.

 

Pour rappeler la mémoire d’Alain Rey, je citerai aujourd’hui des extraits de deux conférences qu’il a faites et que l’on peut écouter sur Youtube.

 

Alain Rey et la qualité de la langue : « …la déperdition de la qualité du français par certaines couches de la société qui est un très grand danger pour la démocratie. Et la seule solution, il n’y en a pas deux, c’est la pédagogie, c’est l’école ». Il ajoute que l’école est le gardien principal de la langue.

 


 

Alain Rey sur les mots racistes : «On ne combat pas ce qu’on fait semblant d’ignorer », « les injures racistes, il faut les décrire ». Ce n’est pas l’avis qu’a suivi Usito : notre dictionnaire national en ligne, à la suite d’une plainte, a fait disparaître l’expression « travailler comme un nègre » de son article « travailler ».

 


 


mardi 1 décembre 2020

L’imparfait forain dans le Bas-Saint-Laurent

Dans l’édition d’aujourd’hui du Devoir, l’ancien journaliste Jean-Pierre Proulx raconte sa découverte d’un usage peu connu de l’imparfait en français :

 

L’écrivaine Andrée Michaud a déclenché une tempête d’indignations avec son texte « Alerte à l’imparfait », publié dans l’édition de samedi dernier de ce journal. En commandant un café, raconte-t-elle, elle s’est fait demander par un jeune homme : « Preniez-vous du lait ? » Et ce n’était pas la première fois qu’elle était confrontée à ce curieux usage de l’imparfait.

Je comprends parfaitement son étonnement pour avoir vécu la même expérience. J’habite l’été dans le Bas-Saint-Laurent. J’entre un jour chez ma coiffeuse de Trois-Pistoles. Elle me demande, avant même de me faire asseoir dans sa chaise : « On les lavait ? » C’était pourtant la première fois que je la voyais !

Quelques jours plus tard, à Esprit-Saint (c’est dans l’arrière-pays de Saint-Fabien), le pompiste me demande : « On le remplissait ? » Et encore, quelque temps après, à Dégelis, le caissier du dépanneur où je me suis acheté un sac de croustilles, m’interroge : « On prenait autre chose ? » Et chaque fois, ce sont des jeunes qui ont utilisé cette forme de l’imparfait.

 

Pour Jean-Pierre Proulx, il s’agit tout simplement de l’« imparfait forain » dont je traitais dans mon billet d’hier, formulation devenue rare en français contemporain.

 

Reste à savoir comment un régionalisme a pu s’implanter à Montréal où les conditions sociolinguistiques font que le français est constamment soumis à la pression de l’anglais.

 

Une autre explication possible de l’apparition de cet usage en français montréalais est l’influence de l’anglais où existe un passé d’atténuation : « Did you need any help, madam? – No, thanks. I’m just looking ».

 

Il n’est pas impossible de combiner les deux solutions : cela rappellerait alors (sans y être tout à fait identique) le cas de ce que Jean Darbelnet a appelé l’anglicisme de maintien : des mots ou expressions jadis courants en français d’Europe mais depuis disparus ou marginaux se sont maintenus en français québécois sous l’influence de l’anglais, p.ex. canceller, à tout événement, marier quelqu’un (au sens d’épouser), etc. Dans cette hypothèse, l’usage du Bas-Saint-Laurent continuerait l’usage ancien. L’usage montréalais pourrait être soit un simple calque de l’anglais, soit l’adoption d’un usage régional facilitée par l’influence de cette langue.

 

Pour décider de l’explication la plus plausible, nous ne disposons malheureusement pas de renseignements sur les utilisateurs de cet imparfait forain à Montréal : leur âge, leur lieu de naissance, leur degré d’instruction, etc., bref de variables sociolinguistiques de base.