dimanche 15 mai 2016

Néologie en veilleuse


L'ancien café Agga, situé à un coin de rue des bureaux de l'OQLF à Québec

On se rend compte à quel point la veille néologique est loin d’être une priorité à l’Office québécois de la langue française quand on apprend que, parmi les néologismes qui font leur entrée dans l’édition 2017 du Petit Larousse, il y a le mot ciabatta, « pain à l'huile d'olive, plat et rectangulaire, dont la mie très aérée est recouverte d'une fine croûte lisse ». Le mot est absent du Grand Dictionnaire terminologique (GDT). Quand, en 2002, l’Office est allé s’établir au 750 boul. Charest Est à Québec, le café Agga, situé à un coin de rue, au 600 boul. Charest Est, et ouvert depuis 2000, vendait des sandwichs faits avec du ciabatta, ce qui semble avoir échappé à nos terminologues. Je pense déjà depuis un certain temps que l’usage, pour les rédacteurs du GDT, est plus souvent fantasmé qu’observé.


Une question demeure pendante : trouvera-t-on que le mot ciabatta « s’inscrit dans la norme sociolinguistique du français au Québec en vertu des critères de traitement de l'emprunt linguistique en vigueur à l'Office québécois de la langue française » ?


vendredi 13 mai 2016

On ne sait plus sur quel pied se lever pour aller faire une collecte de fonds


Extrait du site RTL, 13 mai 2016



Lorsque l’on tape « fund raising » dans le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF), on obtient quatre équivalents français, proposés par autant d’organismes : activité de financement (Bureau de normalisation du Québec), campagne de financement (OQLF), collecte de fonds (Culture Montréal), levée de fonds (Commission générale de terminologie et de néologie, France).



Quand on regarde la fiche produite par l’OQLF lui-même, on a le choix entre six propositions : campagne de financement, collecte de fonds, campagne de collecte de fonds, collecte de dons, campagne de collecte de dons, campagne d’appel de fonds ! Avec, cerise sur le gâteau, cette note : « les expressions levée de fonds et campagne de levée de fonds constituent des calques à éviter ». Levée de fonds est pourtant accepté par la Commission générale de terminologie et de néologie de France et figure dans la banque FranceTerme avec son synonyme collecte de fonds.


Puisque le GDT et FranceTerme s’accordent sur collecte de fonds, pourquoi ne pas privilégier, dans le GDT comme dans FranceTerme, ce qui est commun plutôt que de mettre en vedette les différences ?


jeudi 12 mai 2016

Googler ou googliser, telle est la question !



Pour Régis Labeaume toutefois, quel temps perdu, que d’énergie dépensée en vain pour un projet risqué, potentiellement ruineux, qui ne passionnait de toute façon à peu près personne dans la capitale. On serait tenté de dire : encore… Contrairement aux Olympiques, le retour des Nordiques fait rêver. Mais que d’énergie, que d’encre gaspillées là aussi. Il suffit de googler pour s’en rendre compte.
— Antoine Robitaille, « L’athlète de la diversion », Le Devoir, 9 mai 2016.


Le verbe « to google » est entré dans l’Oxford English Dictionary en 2006 : « intr. To use the Google search engine to find information on the Internet. trans. To search for information about (a person or thing) using the Google search engine. ». La même année, il faisait aussi son entrée dans le Webster.


Sur le site de l’OED, j’ai trouvé ce commentaire pertinent: « Google as a verb to describe searching is just as legitimate as using Toyota as a verb to describe driving.»


En 2016, quand on tape « google » dans le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF), on tombe sur la fiche « moteur de recherche ». L’OQLF n’a toujours pas enregistré que « google » est aussi un verbe en anglais et que googler s’utilise en français (le Larousse a aussi googliser). J’ai hâte de voir quel équivalent le GDT va « inscrire dans la norme sociolinguistique du français au Québec en vertu des critères de traitement de l'emprunt linguistique en vigueur à l'Office québécois de la langue française » (selon la nouvelle formulation que l’on trouve sur les fiches du GDT).


mercredi 11 mai 2016

Raccourci saisissant


On apprenait la semaine dernière que le gouvernement du Québec, après des années de tergiversations, avait finalement pris une décision en ce qui concerne les marques de commerce en anglais affichées comme noms d’entreprise : les entreprises devront s’assurer que le français occupe une « présence suffisante » sur leur façade. Dans son article « Le retour du mouton » (Le Devoir, 10 mai 2016), le chroniqueur Michel David a bien résumé l’évolution des exigences en matière de francisation de l’affichage :

De la règle de l’unilinguisme français, on est d’abord passé à la « nette prédominance » et maintenant à la « présence suffisante ». Quelle sera la prochaine étape ? Le minimum symbolique ?


samedi 7 mai 2016

L’influence d’un blog /5



Le 14 février 2014, je notais dans mon billet « Néologie en veilleuse» :
  
Burkini et rashguard, deux mots attestés en français québécois depuis au moins cinq ans et demi et qui sont toujours absents du Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF). L’Office effectue-t-il encore une veille néologique ?


Plus tard en 2014, l’Office avait produit une fiche « burkini ». Mais je notais le 3 avril qu’il n’y avait toujours pas de fiche « rashguard ». Un mois plus tard, le vide a été comblé : on sait maintenant que l’équivalent français est maillot dermoprotecteur. Comme ce maillot est surtout utilisé dans la pratique du surf, le GDT précise que l’on peut aussi dire maillot de surf.


mercredi 4 mai 2016

Francisation de façade


Hier après-midi, l’édition électronique du Devoir nous apprenait que le gouvernement québécois avait finalement pris une décision sur la question des marques de commerces en anglais et qu’il allait intervenir non en modifiant la Charte de la langue française mais l’un de ses règlements. L’article de la version papier du Devoir de ce matin apporte des précisions. Extraits commentés de cet article :


Les Toys “R” Us, Starbucks, Best Buy et autres Burger King du Québec n’auront pas à traduire leur image de marque ni à y apposer un générique tel que « restaurant » ou « café », a confirmé le gouvernement, mardi. Tout au plus, ces multinationales devront assurer « une présence suffisante » du français sur leur façade, qui pourra prendre la forme tantôt d’un slogan, tantôt d’un descriptif ou d’une autre mention située sur la devanture, mais pas nécessairement au même endroit que le logo.


Comme je l’avais déjà expliqué dans ce blog en me basant sur l’avis produit en 2000 par le Conseil de la langue française, l’exigence de l’Office québécois de la langue française d’obliger les entreprises à ajouter un générique ou un descriptif n’avait pas d’assise juridique. Le Conseil recommandait plutôt de prendre des mesures pour que les entreprises accroissent la présence du français sur leur façade lorsqu’elles affichent une marque de commerce anglaise.

Le Conseil du patronat a accueilli favorablement la mesure, qui laisse suffisamment de temps et de latitude aux entreprises, selon le président Yves-Thomas Dorval. 


L’accueil favorable du Conseil du patronat suffit à prouver que la décision prise par le gouvernement libéral ne bousculera rien.

À défaut de pouvoir forcer les entreprises à franciser leur image de marque comme l’ont fait volontairement Shoppers Drug Mart (Pharmaprix) et Staples (Bureau en gros) au fil des années, Québec français aurait souhaité que le gouvernement oblige la présence d’un descriptif français « collé » au nom de marque, a expliqué son porte-parole Éric Bouchard.


Il y a quelques années, en effet, l’Office québécois de la langue française a essayé de faire croire que les commerçants étaient tenus d’ajouter un descriptif en français à leur marque de commerce anglaise (cliquer ici pour avoir accès à la liste des billets que j’ai publiés sur ce thème). L’Office a été débouté en Cour d’appel.


On modifiera finalement le règlement sur la langue du commerce plutôt que la loi 101, en évoquant notamment le fait que les marques de commerce sont de compétence fédérale.


La dernière phrase n’est que partiellement vraie : les marques de commerce sont effectivement de compétence fédérale. Mais les entreprises qui choisissent de déposer une version française de leur marque de commerce sont tenues de l’utiliser au Québec – on ne propose pas au gouvernement fédéral d’inciter les entreprises à déposer une marque française, ce qui aurait été la moindre des choses. Qui plus est, on omet de mentionner un élément d’importance : les marques de commerce sont protégées par des accords internationaux signés par le Canada. C’est pourquoi le gouvernement américain ne pourrait pas, par exemple, obliger le Cirque du Soleil à s’appeler Sun Circus lorsqu’il donne des spectacles aux États-Unis.


*   *   *

Attendons de voir le texte du règlement. Il pourrait être plus décevant pour les défenseurs du français au Québec que ce que donne à entendre la mise en scène médiatique d’hier.



mardi 3 mai 2016

Seize ans plus tard


Il aura fallu seize ans au gouvernement du Québec pour arriver à la même conclusion que le Conseil de la langue française en 2000 :

 
Le Devoir en ligne, 3 mai 2016

Le gouvernement semble avoir retenu la proposition du Conseil d’augmenter la présence du français sans toucher aux marques de commerce en langue étrangère :

Les messages en français n’auront pas nécessairement à se retrouver au même endroit que le nom de la marque sur la façade des magasins et restaurants dont le nom n’est pas français, tranche le gouvernement Couillard. Ces mentions devront toutefois se situer « dans le même champ visuel », par exemple ailleurs sur la devanture (Le Devoir, 3 mai 2016).


J’ai écrit plusieurs billets sur cette question. On en trouvera la liste dans le billet « Tout ça pour ça ».