samedi 29 mars 2014

Le français en Outaouais


Monique Bisson, cosignataire du manifeste des anciens terminologues de l’Office québécois de la langue française, publie aujourd’hui dans Le Devoir un texte sur le français en Outaouais. Cliquer sur ce lien pour lire le texte.


vendredi 28 mars 2014

Le paradis fiscal des grands Zarzais


Victor Hugo est allé chercher l’asile politique dans l’île anglo-normande de Guernesey, d’autres aujourd’hui lui préfèrent l’île-sœur de Jersey comme abri fiscal comme nous venons de l’apprendre dans la présente campagne électorale. Ce qui peut être l’occasion de ramener dans le discours québécois le mot vieilli zarzais.


Qu’est-ce qu’un zarzais ?


Narcisse-Eutrope Dionne nous donne la réponse dans Le parler populaire des Canadiens français (1909) :

Zarzais, n. m. — Jersiais, habitant de l’Ile de Jersey.


Il y a quelques années, la série L’Ombre de l’épervier, basée sur le roman de Noël Audet, nous a rappelé la place qu’ont occupée les Jersiais dans l’histoire de la Gaspésie. C’est que les Anglais leur avaient octroyé les territoires de pêche de la péninsule.


La Banque de données lexicographiques panfrancophone indique que le mot zarzais a aussi le sens suivant :

Fam. Personne qui est simple d'esprit, qui manque d'intelligence, qui n'est pas délurée.



mardi 25 mars 2014

Ubu linguiste

  
C'est gros comme le poing. Ces choses-là sont rudes.
Il faut pour les comprendre avoir fait ses études.

Victor Hugo, La légende des siècles : Les pauvres gens


Deux vers de Victor Hugo pour introduire deux citations remarquables. Il vaut mieux ne pas ajouter le nom des auteurs (des universitaires).


Le Québec, après la France, est l’un des seuls « pays » francophones à avoir intégralement répertorié les descriptions lexicographiques avec notamment le Robert, le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui (1992). Ces descriptions officielles ont permis l’édification de la norme québécoise, reconnue par tout le corps francophone. 

L’espace et le temps auront été à la source de références culturelles qui obligent l’emploi d’un vocabulaire in vivo dans différentes sociétés francophones.


Quel extraterrestre êtes-vous si vous n’utilisez pas un vocabulaire in vivo quand vous parlez ? Et si vous entravez quelque chose à cette phrase, c’est que vous êtes sûrement un extraterrestre !


En ce qui concerne la première citation, on nage en plein délire : répertorier intégralement les descriptions lexicographiques ? Et qui aurait produit ces « descriptions officielles » ? Il y a bien quelques centaines de descriptions officielles, d’avis de normalisation de l’Office québécois de la langue française, mais cela ne suffit pas à produire un dictionnaire, même le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, qui serait bien exsangue s’il s’était contenté de reproduire ces avis. Et qu’est-ce que le « corps francophone » ?


Comme souvent en lisant des écrits endogénistes, on doit prendre garde à ne pas être saisi par l’ivresse des profondeurs.

lundi 24 mars 2014

Faire de la terminologie les deux pieds sur la bavette du poêle / 4 : Commentaire


Commentaire reçu sur le billet publié hier :

Dans le Petit Robert, le terme « poêle » (au sens de « cuisinière ») porte la marque suivante : RÉGIONAL (Canada; critiqué).


Il est très difficile de croire qu'un usage ancien, critiqué, et utilisé surtout à l'oral, puisse faire partie de ce que l'Office nomme « la langue standard », c'est-à-dire la norme linguistique.


Encore une incohérence sur plusieurs plans : de l'analyse, de la compréhension et du traitement. Assez navrant !


Christiane Loubier
Linguiste


dimanche 23 mars 2014

Faire de la terminologie les deux pieds sur la bavette du poêle / 4


Suite et sans doute fin de mes commentaires sur la fiche poêle (au sens d’appareil de cuisson) du Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF).


Dans mon billet du 18 octobre 2011, j’avais signalé l’existence d’un problème de formulation dans la note accompagnant la fiche. Deux ans et demi plus tard, aucune correction n’a été apportée.

  
Je rappelle la dernière phrase de la note : « Désignant le même concept que cuisinière, poêle est attesté comme québécisme de langue standard […] ». Le rédacteur vient d’expliquer que poêle a deux sens – qu’il désigne deux concepts : 1) un appareil de chauffage ; 2) un appareil de cuisson. Telle qu’elle est formulée, la phrase est absurde. Il aurait fallu écrire : lorsqu’il désigne l’appareil de cuisson… Et, au fait, que signifie l’expression « attesté comme québécisme de langue standard » ? J’imagine que l’auteur voulait dire que le mot fait partie de la langue standard au Québec. Mais, comme je l’ai montré dans les billets précédents, cela est très discutable.




vendredi 21 mars 2014

Faire de la terminologie les deux pieds sur la bavette du poêle / 3


Dans le billet précédent, j’ai cité des données de mon enquête sur le vocabulaire des Québécois, effectuée en 2006 et publiée en 2008. Permettez-moi d’y revenir.


On a demandé en 2006 à un échantillon représentatif d’habitants des régions métropolitaines de Montréal et de Québec comment ils nommaient un certain nombre d’objets dont on leur présentait l’illustration. À l’image d’une cuisinière, 52,3 % ont déclaré utiliser le terme standard. Précisons tout de suite qu’il s’agit de leur usage déclaré, pas nécessairement leur usage réel. Par ailleurs, 22,7 % ont déclaré utiliser plutôt le québécisme poêle. Il est même possible que, dans la vie réelle, le québécisme soit plus utilisé que le terme standard. Il est tout aussi possible que les enquêtés ont pensé qu’on leur demandait plutôt quel est le bon terme, ou le terme que l’on utilise en bon français, et pour cette raison ils ont été plus nombreux à répondre cuisinière. Peu importe la motivation de la réponse, il n’en demeure pas moins que la majorité des personnes interrogées ont déclaré utiliser le terme standard.


On a aussi posé la question : « existe-t-il un autre mot ? » pour désigner l’objet représenté sur l’illustration : 22,7 % des personnes ont alors donné cuisinière comme réponse.


52,3 % + 22,7 % = 75 % des enquêtés connaissent le terme cuisinière.


Ces données remettent fortement en question l’affirmation « le terme cuisinière appartient au vocabulaire spécialisé du domaine de l'équipement ménager » que l’on trouve sur la fiche poêle du Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF).


Dans le document Politique éditoriale du Grand Dictionnaire terminologique, on lit : « Les données des fiches du GDT sont traitées en vertu d’une approche socioterminologique. » Il est étonnant de constater que le rédacteur de la fiche cuisinière n’a pas pris en considération les données d’enquêtes effectuées à l’Office lui‑même.





mercredi 19 mars 2014

Faire de la terminologie les deux pieds sur la bavette du poêle / 2

  
Je continue mes commentaires sur la fiche poêle (au sens de cuisinière, « appareil de cuisson ») du Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF), fiche datant de 2009.


On peut lire sur la fiche : « Alors que le terme cuisinière appartient au vocabulaire spécialisé du domaine de l'équipement ménager, poêle appartient plutôt à la langue courante. »


Qu’en est-il vraiment ?


Nous avons des données chiffrées sur ce terme précisément, alors voyons voir.


Dans une enquête effectuée pour le compte de l’Office québécois de la langue française en 2006 et publiée en 2008[1], on apprend que 47,2 % des adultes francophones des villes de Québec et de Montréal déclarent utiliser le plus souvent poêle contre 36 % qui déclarent utiliser le plus souvent cuisinière.


Dans ces conditions, on voit mal comment on peut affirmer « que le terme cuisinière appartient au vocabulaire spécialisé du domaine de l'équipement ménager […]. »

Comment peut-on affirmer pareille fausseté alors que les données contredisant cette affirmation étaient disponibles depuis un an à l'Office même ?




[1] Le vocabulaire des Québécois, étude comparative (1983 et 2006), OQLF, 2008, p. 20.