mardi 5 janvier 2016

Les mots de l’année 2015


J’ai lu récemment sur le site de RTL un petit article sur les mots de l’année 2015. Pas sur les nouveaux mots mais sur les mots les plus significatifs de cet annus horribilis (expression naguère employée par Babette*) : carnage, massacre, guerre, violence, etc. Parmi ces mots, il y avait tout de même quelques néologismes : ubérisation, cyber-djihadisme, transition climatique, justice climatique, etc. Néologismes qui n’ont pas encore été traités par les terminologues du Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF).


L’équipe responsable des dictionnaires Oxford a révélé en novembre dernier que le mot de l’année n’en était pas tout à fait un : un emoji, c’est-à-dire un pictogramme ou « smiley », représentant une figure avec des larmes de joie.



Un smiley, c’est ce que l’OQLF appelle une « binette » et, en France, la Commission générale de terminologie une « frimousse ». La Commission prend la peine d’ajouter : « Le terme ‘ binette ’ est recommandé au Québec. ‘ Frimousse ’ doit être préféré à ‘ binette ’ ». Sans autre explication. Vive la coopération francophone !


Le mot emoji, largement mentionné dans les médias anglophones en novembre dernier, n’apparaît toujours pas dans le GDT. Dire qu’il y a encore des naïfs qui croient que l’une des missions de l’OQLF est de fournir des équivalents français aux néologismes anglais (bon, disons nippon dans le cas présent). On a même pensé à une époque que le Québec, étant aux avant-postes de la francophonie, avait pour rôle de proposer au monde francophone des équivalents aux néologismes américains, ce qui avait entraîné dans les années 1970 la création d’une équipe de néologie à l’Office (pas encore québécois) de la langue française. Époque révolue. Pour savoir aujourd’hui ce que signifie emoji, il vaut mieux se fier à Wikipédia :

Emoji (japonais : 絵文字 ou えもじ, prononcé [emodʑi]) est le terme japonais pour désigner les émoticônes utilisées dans les messages électroniques et les pages web japonaises, qui se répandent maintenant dans le monde entier. Signifiant à l'origine pictogramme, le mot emoji signifie littéralement « image » (e) + « lettre » (moji)Ces caractères sont utilisés de la même façon que les émoticônes ASCII, mais un plus grand nombre sont définis, et les icônes sont standardisées et intégrées aux appareils.

L’équipe d’Oxford avait établi une liste des dix mots de l’année 2015. Les neuf autres mots étaient les suivants :

ad blocker, noun: A piece of software designed to prevent advertisements from appearing on a web page.
Brexit, noun: A term for the potential or hypothetical departure of the United Kingdom from the European Union, from British + exit.
Dark Web, noun: The part of the World Wide Web that is only accessible by means of special software, allowing users and website operators to remain anonymous or untraceable.
on fleek, adjectival phrase: Extremely good, attractive, or stylish.
lumbersexual, noun: A young urban man who cultivates an appearance and style of dress (typified by a beard and check shirt) suggestive of a rugged outdoor lifestyle.
refugee, noun: A person who has been forced to leave their country in order to escape war, persecution, or natural disaster.
sharing economy, noun: An economic system in which assets or services are shared between private individuals, either for free or for a fee, typically by means of the Internet.
they (singular), pronoun: Used to refer to a person of unspecified sex.


Le dernier mot relève de la grammaire anglaise et n’a pas à être pris en compte dans le GDT. Six mots n’ont pas d’équivalent dans le GDT. Seuls sont traités refugee et dark Web. Mais même un mot comme refugee reçoit un traitement des plus sommaires, une simple équivalence refugee = réfugié, sans définition. Le GDT a pourtant les termes réfugié climatique, de la mer, de l’environnement, etc. Comme le travail terminologie est visiblement taylorisé, avec une répartition des tâches qui sépare la conception de l’exécution, personne ne s’est avisé qu’il faudrait peut-être commencer par refaire la vieille fiche réfugié (datant de 1978). Finalement, seul le mot dark Web fait l’objet d’une fiche acceptable avec ses équivalents : Web invisible, Web caché, Web profond, Internet invisible, Net invisible. Mais pense-t-on vraiment aider les usagers et orienter l’usage en multipliant les équivalents français ?



Au final, la néologie apparaît comme le parent pauvre du GDT.
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* Surnom cher à ma feue collègue Thérèse, dont ce serait l'anniversaire aujourd'hui.

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