mercredi 29 juillet 2020

Perseverare diabolicum


Il fut un temps où la locution latine errare humanum est était plus courante qu’aujourd’hui mais on en ignorait souvent la version complète : errare humanum est, perseverare diabolicum. Persister dans son erreur est diabolique.


Eu feuilletant récemment le second tome des Problèmes de linguistique générale de Benveniste, j’ai trouvé un exemple qui montre le côté diabolique, pour ainsi dire, des dictionnaires qui se transmettent de l’un à l’autre la même erreur. Quelques-uns le savaient, plusieurs s’en doutaient, les dictionnaires se copient les uns les autres depuis des siècles. Dans un texte publié pour la première fois en 1966, Benveniste étudie l’étymologie de microbe, mot créé au xixe siècle par un savant français : du Dictionnaire général (1890) au Petit Robert, on dit que le mot est un emprunt au grec μικρόϐιος et qu’il signifie « dont la vie est courte ». Double erreur !


En effet, le mot μικρόϐιος n’existe pas en grec ancien. On voit qu’il est absent du Dictionnaire grec-français de Bailly :





En second lieu, μικρός ne signifie pas « court », mais « petit ». Court se dit plutôt βραχύς.


En fait, le mot a été créé par le savant Sédillot à partir de deux mots grecs, μικρός (petit) et βίος (vie). C’est d’ailleurs l’étymologie que donne Wikipédia.


Doit-on s’étonner qu’Usito, pourtant produit un demi-siècle après l’article de Benveniste repris dans un ouvrage publié en 1980 et qui devrait être une lecture obligatoire dans les cours de linguistique, perpétue la fausse étymologie de ses prédécesseurs ?

Source: Usito, s.v. microbe


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