lundi 29 janvier 2024

Saisir la balle au bond

 

Sur une chaîne d’info française l’animateur annonçait hier que l’équipe de France venait de remporter l’Euro de handball, la dernière syllabe du mot prononcée comme dans football. Un de ses invités lui fit remarquer que l’on disait plutôt hand balle, le mot étant d’origine allemande. Je saisis donc la balle pour en faire un billet.

Balle est la prononciation indiquée dans le Trésor de la langue française informatisé (TLFi) et dans le Multidictionnaire qui précise qu’il faut faire « attention à la prononciation ». Usito propose plutôt la prononciation ['andbɑl] (comme pour football), le phonéticien du dictionnaire ayant fait fi de l’avis de son collègue étymologiste.

Je profite de l’occasion pour aborder le cas de la prononciation d’asile, mot que l’on entend quotidiennement puisque la question des réfugiés est d’actualité. Je ne m’étais pas imaginé que l’on pouvait prononcer autrement qu’àsile [azil] mais je me rends compte que dans les médias québécois on prononce régulièrement âsile [αzil]. Le TLFi et le Multifictionnaire donnent [azil] mais Usito [αzil].

On a peu discuté de la description phonétique proposée par Usito. Je m’y mettrai peut-être un jour.

Sur le dictionnaire Usito, voir les commentaires de Lionel Meney en cliquant ici.

 

mercredi 10 janvier 2024

Carpette anglaise


 

Cette image (sous une forme animée) accompagnait un courriel adressé aux membres d’une association de linguistes francophones. Cette université s’annonce déjà comme une candidate sérieuse au prix de la Carpette anglaise. Rappelons ce qu’est ce prix (source : Wikipédia) :

L’Académie de la Carpette anglaise est une académie parodique décernant chaque année depuis 1999 un prix d’«indignité civique » à un membre des élites françaises qui, selon son jury, s’est distingué par son acharnement à promouvoir la domination de l’anglais en France et dans les institutions européennes au détriment de la langue française.

 


dimanche 24 décembre 2023

Jaunisme

 

[…] cette propension des masses à abandonner toute retenue — au nom du bien — pour lyncher celui qui, coupable ou pas, a été désigné à la vindicte.

La triste séquence qui vient de se dérouler concernant Gérard Depardieu nous en aura offert un nouvel exemple. Le procédé ne varie pas beaucoup. Ici, une émission connue pour son jaunisme et spécialisée dans les règlements de compte étale à profusion les propos vulgaires et provocants du comédien.

— Christian Rioux, « La meute », Le Devoir, 22 décembre 2023

 

Le québécisme jaunisme vient de l’anglais américain (yellow journalism, « featuring sensational or scandalous items or ordinary news sensationally distorted » selon le Webster) et n’est attesté qu’une seule fois dans le fichier lexical du Trésor de la langue française au Québec (dans un texte humoristique du Goglu du 28 mars 1930). Il est absent d’Usito.

Le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF) a une fiche de 2022 « presse à sensation » où l’on peut lire cette remarque :

L'adjectif jaune, dans presse jaune et journalisme jaune, viendrait du fait que le papier utilisé pour éditer ce type de presse était de piètre qualité et jaunissait rapidement. Une autre hypothèse veut que l'association à cette couleur provienne de la récurrence d'un personnage de caricatures du New York World, appelé The Yellow Kid, qui est vêtu d'une longue chemise jaune et qui symbolise la presse à sensation de la fin du XIXsiècle. En outre, la couleur jaune était souvent utilisée dans ce type de journaux, notamment imprimés à Montréal jusque dans les années 1970.

 

jeudi 30 novembre 2023

C’est fort de liqueur!


Dans un billet précédent, j’ai cité l’avis de normalisation publié à la Gazette officielle par l’Office de la langue française le 26 mai 1979 et désofficialisé le 15 février 2014. L’avis précisait que le terme liqueur « doit être réservé au produit alcoolisé » et ne pas être utilisé pour désigner des sodas. Le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) réhabilite, dans la fiche « boissons gazeuses », l’usage du mot liqueur pour désigner un soda « dans certains contextes » (lesquels ???).

Les tâcherons du GDT n’hésitent pas à recourir à l’argument d’autorité de l’Académie française pour revamper nos archaïsmes (on l’a vu aussi dans le cas de vidanges, « ordures ménagères ») :

Les termes liqueur et liqueur douce sont employés en langue courante et dans des situations de discours familier au Québec. Le terme liqueur y est d'usage très fréquent; il découle, par extension, du sens de « boisson rafraîchissante non alcoolisée » qui a eu cours en français jusqu'au XIXe siècle et qui est notamment attesté dans l'édition de 1835 du Dictionnaire de l'Académie française.

Il y a toutefois un petit problème. Voyons ce que dit précisément l’Académie dans la sixième édition de son dictionnaire (le GDT aurait pu tout aussi bien citer la quatrième édition, celle de 1762) :

Liqueurs fraîches, Boissons rafraîchissantes, telles que la limonade, l’eau de groseille, de grenade, etc.

Le mot liqueur n’est pas employé seul mais dans une expression.

Dans ce cas précis, à trop vouloir récupérer, le GDT commet une erreur d’interprétation.

Au fait, invoquer des usages qui datent d’il y a deux siècles, ne serait-ce pas faire preuve de purisme ? Qui sont les vrais puristes ? Les promoteurs d’une norme contemporaine ou les terminologues nostalgiques de l’Ancien Régime ?

 

mercredi 29 novembre 2023

Partagez mes pronoms!


Je suis abonné à une liste de diffusion d’un groupe de sociolinguistes. Je viens de recevoir l’appel à communications pour un colloque portant sur les variétés de français. Sous la signature de l’expéditrice, je lis cette indication mystérieuse : « Pronouns: she/her/hers ».

Je trouve cette explication sur Internet :

If a person notes their pronouns in their bio, then those are the pronouns you should use for them. Their mention of it means that they are giving you the information needed to refer to them in the third person. While it used to be a less common practice, sharing one's pronouns has become very commonplace in recent years.

On ajoute plus loin : « If you want to know someone's pronouns, just ask. The best way to do that is by saying, "What are your pronouns?" or "What pronouns do you use?" »

Cela se passe de commentaire.

 

lundi 13 novembre 2023

Imbuvable!


Comme je l’ai déjà dit dans ce blog, faire et défaire c’est toujours travailler. Voici un nouvel exemple de l’application de cette maxime dans le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF).

Je viens de tomber sur une page de la Gazette officielle du Québec du 26 mai 1979. On y trouve un avis de normalisation de l’Office (pas encore québécois) de la langue française sur la terminologie des boissons gazeuses. J’en retiens cette définition du terme nectar : « boisson résultant d'une addition d'eau et de sucre à un jus de fruit pratiquement non consommable à l'état pur comme boisson en raison de son caractère naturellement trop pulpeux ou trop acide. » On trouve exactement la même définition dans le Trésor de la langue française informatisé (TLFi) à un mot près : « produit résultant d'une addition d'eau et de sucre à un jus de fruit pratiquement non consommable à l'état pur comme boisson en raison de son caractère trop pulpeux ou trop acide ». Le TLFi a tiré cette définition du Dictionnaire des industries alimentaires de J.M. Clément (Paris, Masson, 1978). Une fiche du GDT qui a échappé à l’attention des révisionnistes précise que « les fruits pouvant produire un nectar appartiennent aux espèces suivantes : abricot, pêche, prune, quetsche, goyave, groseille, baies sauvages, grenadille, cerise aigre, cassis et framboise. »

L’OQLF a été saisi dans la décennie 2010 d’une frénésie de désofficialisation. C’est ainsi que le terme nectar a non seulement été désofficialisé le 15 février 2014 mais qu’on a aussi changé sa définition : « boisson non gazéifiée à base de jus concentré ou de purée de fruits, auxquels on ajoute de l'eau et du sucre ». Selon cette définition, les jus reconstitués (jus concentrés additionnés d’eau) qu’on trouve couramment dans le commerce pourraient s’appeler nectars.

La banque terminologique Termium du gouvernement fédéral canadien a plus ou moins avalisé ce nouveau sens. Si le nectar d’abricot y est défini comme résultant de l’« addition d'eau et de sucre à un jus de fruit très concentré et pulpeux » (on omet « non consommable à l’état pur »), le nectar de pomme y est présenté comme une « boisson à base de jus ou de purée de fruits, d'eau et de sucre ».

Comme le GDT, Termium a conservé une trace de l’ancienne définition. Le nectar de cachiman épineux (envie d’en boire ?) a la note suivante : « l'appellation ‘nectar’ est réservée au produit résultant d'une addition d'eau et de sucre à un jus de fruit pratiquement non consommable à l'état pur comme boisson en raison de son caractère naturellement trop pulpeux ou trop acide ».

Le plus curieux dans toute cette histoire, c’est la note de la fiche du GDT : « Si le nectar est composé d'une seule sorte de fruit, on écrira un nectar de fruit. S'il est composé de plusieurs sortes de fruits, on écrira plutôt un nectar de fruits. » S’il n’y a qu’un seul fruit, pourquoi ne pas indiquer lequel ? En fait, la note est mal rédigée. Il fallait écrire : on écrira le nom du fruit au singulier.

 

mercredi 1 novembre 2023

À vos marques!


Dans mon billet d’hier, au sujet de la phrase d’Emmanuel Macron « le masculin fait le neutre », j’ai rappelé que l’idée qu’en français le masculin joue aussi le rôle d’un neutre provient d’une mauvaise vulgarisation des thèses des linguistes du Cercle de Prague. J’ai mis en ligne dans mon blogue anglais un document que j’ai produit il y a bien longtemps et qui explique les notions de terme marqué (comme le féminin en français) et de terme non marqué (le masculin) : cliquer ici.