mercredi 29 novembre 2023

Partagez mes pronoms!


Je suis abonné à une liste de diffusion d’un groupe de sociolinguistes. Je viens de recevoir l’appel à communications pour un colloque portant sur les variétés de français. Sous la signature de l’expéditrice, je lis cette indication mystérieuse : « Pronouns: she/her/hers ».

Je trouve cette explication sur Internet :

If a person notes their pronouns in their bio, then those are the pronouns you should use for them. Their mention of it means that they are giving you the information needed to refer to them in the third person. While it used to be a less common practice, sharing one's pronouns has become very commonplace in recent years.

On ajoute plus loin : « If you want to know someone's pronouns, just ask. The best way to do that is by saying, "What are your pronouns?" or "What pronouns do you use?" »

Cela se passe de commentaire.

 

lundi 13 novembre 2023

Imbuvable!


Comme je l’ai déjà dit dans ce blog, faire et défaire c’est toujours travailler. Voici un nouvel exemple de l’application de cette maxime dans le Grand Dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF).

Je viens de tomber sur une page de la Gazette officielle du Québec du 26 mai 1979. On y trouve un avis de normalisation de l’Office (pas encore québécois) de la langue française sur la terminologie des boissons gazeuses. J’en retiens cette définition du terme nectar : « boisson résultant d'une addition d'eau et de sucre à un jus de fruit pratiquement non consommable à l'état pur comme boisson en raison de son caractère naturellement trop pulpeux ou trop acide. » On trouve exactement la même définition dans le Trésor de la langue française informatisé (TLFi) à un mot près : « produit résultant d'une addition d'eau et de sucre à un jus de fruit pratiquement non consommable à l'état pur comme boisson en raison de son caractère trop pulpeux ou trop acide ». Le TLFi a tiré cette définition du Dictionnaire des industries alimentaires de J.M. Clément (Paris, Masson, 1978). Une fiche du GDT qui a échappé à l’attention des révisionnistes précise que « les fruits pouvant produire un nectar appartiennent aux espèces suivantes : abricot, pêche, prune, quetsche, goyave, groseille, baies sauvages, grenadille, cerise aigre, cassis et framboise. »

L’OQLF a été saisi dans la décennie 2010 d’une frénésie de désofficialisation. C’est ainsi que le terme nectar a non seulement été désofficialisé le 15 février 2014 mais qu’on a aussi changé sa définition : « boisson non gazéifiée à base de jus concentré ou de purée de fruits, auxquels on ajoute de l'eau et du sucre ». Selon cette définition, les jus reconstitués (jus concentrés additionnés d’eau) qu’on trouve couramment dans le commerce pourraient s’appeler nectars.

La banque terminologique Termium du gouvernement fédéral canadien a plus ou moins avalisé ce nouveau sens. Si le nectar d’abricot y est défini comme résultant de l’« addition d'eau et de sucre à un jus de fruit très concentré et pulpeux » (on omet « non consommable à l’état pur »), le nectar de pomme y est présenté comme une « boisson à base de jus ou de purée de fruits, d'eau et de sucre ».

Comme le GDT, Termium a conservé une trace de l’ancienne définition. Le nectar de cachiman épineux (envie d’en boire ?) a la note suivante : « l'appellation ‘nectar’ est réservée au produit résultant d'une addition d'eau et de sucre à un jus de fruit pratiquement non consommable à l'état pur comme boisson en raison de son caractère naturellement trop pulpeux ou trop acide ».

Le plus curieux dans toute cette histoire, c’est la note de la fiche du GDT : « Si le nectar est composé d'une seule sorte de fruit, on écrira un nectar de fruit. S'il est composé de plusieurs sortes de fruits, on écrira plutôt un nectar de fruits. » S’il n’y a qu’un seul fruit, pourquoi ne pas indiquer lequel ? En fait, la note est mal rédigée. Il fallait écrire : on écrira le nom du fruit au singulier.

 

mercredi 1 novembre 2023

À vos marques!


Dans mon billet d’hier, au sujet de la phrase d’Emmanuel Macron « le masculin fait le neutre », j’ai rappelé que l’idée qu’en français le masculin joue aussi le rôle d’un neutre provient d’une mauvaise vulgarisation des thèses des linguistes du Cercle de Prague. J’ai mis en ligne dans mon blogue anglais un document que j’ai produit il y a bien longtemps et qui explique les notions de terme marqué (comme le féminin en français) et de terme non marqué (le masculin) : cliquer ici.

 

mardi 31 octobre 2023

« Le masculin fait le neutre » (sic)


Lundi dernier, à l’occasion de l’inauguration de la Cité internationale de la langue française, le président Emmanuel Macron a déclaré qu’en français « le masculin fait le neutre. » On se demande qui est le scribouilleur qui a pu lui faire dire une telle absurdité. En français, le neutre n’existe qu’à l’état résiduel (par exemple « ça »).

 

L’idée que le masculin est un neutre est apparue à l’époque où l’Académie française s’est servi des expressions terme marqué (le féminin) et terme non marqué (le masculin) du Cercle linguistique de Prague pour justifier son opposition à la féminisation des titres de fonction. Malheureusement elle a très mal vulgarisé ces notions. On trouvera des explications plus complètes à la fin de mon billet du 8 novembre 2017 en cliquant ici.

Pour des explications plus détaillées (en anglais), cliquer ici.

lundi 23 octobre 2023

À mer haute


Dans la page Facebook « Français de nos régions », je vois cette carte présentant les diverses façons de dire « porter un pantalon trop court » :

 


 

Au Québec, il y a une expression que j’ai entendue dans mon enfance mais dont je n’ai trouvé que deux exemples sur Internet : avoir les culottes à mer haute. Les voici (sans correction) :

 

Rien de plus drôle que de voir circuler cette gente d’acheteurs qui portent généralement des blouses qui ont déjà attrapées plusieurs coups de soleil, de grands chapeaux mous qui sont de grande mode chez les Boers, la culotte à mer haute, et des bottes sauvages faites à la babiche, montées jusqu’aux genoux. (Le Canard, journal humoristique, dimanche 2 mai 1937, p. 10)

 

On n’était pas riche, mais les mères avaient à cœur que leurs enfants ne soient pas «habillés comme la chienne à Jacques». Il demeure que les petits garçons qui grandissaient trop vite se retrouvaient bientôt avec «les culottes à mer haute». On leur demandait en riant : «Y a t-y de l’eau dans la cave chez vous?» (Blog Le grain de sel de Mado [Madeleine Genest Bouillé], 15 mars 2015)

 

Selon les commentaires qui ont été laissés sur la page Facebook « Français de nos régions » par des Québécois, l’expression serait typique de la Côte-du-Sud (d’où je viens), du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. 

 

On trouve une expression similaire en allemand : meine Hose hat Hochwasser, que le Larousse allemand-français traduit par une autre image: j’ai un feu de plancher (hochwasser haben: être en crue). 

 

mercredi 18 octobre 2023

Comment traduire «there is such a thing as»


À au moins trois reprises dans ce blogue j’ai attiré l’attention sur la tournure « il existe une telle chose que », calque de « there is such a thing as » : cliquer ici, ici et ici.

 

Quand on ne pense pas en anglais tout en essayant de parler français, on dit, comme Éric Naulleau ce matin : il y a un truc qui s’appelle. Voilà un équivalent idiomatique.

 

mercredi 4 octobre 2023

L’anglicisme comme tic de langage

 

 

S’adressant à l’alors président haïtien, Michel Martelly, présent, [François] Hollande rappela ce que personne, etc.

— Jean-François Lisée, « L’étran-glement français d’Haïti », Le Devoir, 4 octobre 2023.

 

Ce n’est pas la première fois que je note cet anglicisme syntaxique sous la plume de Jean-François Lisée : l’alors président, the then president. J’avais déjà signalé cet usage en 2021 (cliquer ici). Pour l’instant J.-F. Lisée me semble le seul à utiliser cette formulation.